La mécanisation mieux prise en compte
Dans l'équilibre économique d'une exploitation agricole, les charges de mécanisation sont désormais regardées pour ce qu'elles sont : un levier important à prendre en compte. La Chambre d'agriculture de Côte-d'Or proposait récemment une formation sur ce thème.
Dans un contexte économique global incertain, en particulier pour les exploitations en grandes cultures, avec un prix du blé au plus bas depuis deux ans, prendre en compte tous les postes de dépenses, et en particulier les charges de mécanisation, devient très important. Depuis plusieurs années, la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or propose des formations sur ce thème. Ce fut encore le cas en novembre dernier. Le constat est clair : les charges de mécanisation (achats ou coûts d'utilisation) s'envolent depuis une dizaine d'années (+ 50 % en grandes cultures). « On dit toujours, précise Amélie Fercoq, formatrice à la Chambre d'agriculture 21, que ces charges représentent environ 55 % des charges de structure. On considère qu'à partir du moment où elles représentent plus de 35 % de l'ensemble produit + aides, c'est que quelque chose ne va pas dans le système. » Pour cette formation, Amélie Fercoq avait fait intervenir le référent régional Richard Willman, très bon connaisseur des problématiques de la mécanisation agricole. Malgré tous les leviers que l'on peut mettre en œuvre, au niveau de la maîtrise des charges opérationnelles, certains agriculteurs ont le sentiment qu'ils sont parvenus au bout des possibilités de leur système et reconnaissent qu'ils ne savent plus comment faire pour trouver des voies d'optimisation.
Une diversité d'aspects
« Derrière la mécanisation, on trouve plein de choses, poursuit Amélie Fercoq : cela implique beaucoup de stratégies sur une exploitation, et c'est complexe ». Sur certaines exploitations, la mécanisation est un moyen d'optimisation fiscale. On investit pour payer moins d'impôts. Dans ces cas-là le surinvestissement « de confort » arrive très vite. On peut vite faire le choix d'options supplémentaires sur un tracteur, mais cela coûte très cher. « Depuis longtemps, poursuit-elle, à notre niveau de conseiller en charge des questions de transmission-reprise d'exploitations, on souhaitait disposer d'éléments permettant d'inclure ces questions de charges de mécanisation dans notre travail. On sent que sur cette thématique, il y a des demandes de la part des jeunes installés. On constate que si les gens se posent des questions sur ces charges de mécanisation, il y a aussi beaucoup de fatalisme : on se dit « de toute façon, ça coûte toujours trop cher » mais, ce faisant, on perd de vue les leviers qu'on peut activer pour aller contre ça. Sans tout révolutionner il possible d'optimiser. » Changer une stratégie en matière de charges de mécanisation qu'on a pu mettre en œuvre il y a quelques années peut prendre énormément de temps, avec la même inertie qu'un paquebot qui change de cap. L'idéal est de faire en sorte que le nouvel installé prenne, dès le départ, une bonne orientation sur cet aspect. En novembre, lors de formation, se sont retrouvés de jeunes installés, des salariés et des personnes installées depuis plusieurs années et qui, pour certaines, se posent la question de la meilleure stratégie à adopter sur le matériel dans l'optique de la transmission de leur exploitation. Au début de la formation, un point est fait sur où en est l'exploitant sur ses charges de mécanisation. Cela implique aussi de réfléchir à son organisation de travail. « Le changement, conclut Amélie Fercoq, ne peut pas se faire de manière brutale : ces charges se réfléchissent sur du long terme. »
Témoignage : « Interroger ses propres pratiques »
Céréalier polyculteur en conventionnel à Longecourt-en-Plaine, au sud de Dijon, Alban Maillotte a suivi la formation de novembre, en compagnie de son salarié, Théo Guinet. « J'avais déjà suivi une formation sur ce thème en 2017, précise-t-il, mais j'estimais nécessaire de mettre à jour mes connaissances en 2025, avec un contexte général qui a beaucoup évolué en 8 ans. La formation m'a permis de remettre des chiffres sur mes investissements, qui étaient relativement importants. Il faut toujours avoir en tête de ne pas dépasser un certain montant, si on ne veut pas mettre sa ferme en péril, a fortiori par rapport au prix des céréales. Quand la tonne de céréales est à 300 euros, ce n'est pas trop compliqué, mais quand elle est à 150 euros comme actuellement, cela devient un problème. » Théo Guinet, devrait, pour sa part, devenir chef de cultures au sein de l'exploitation. Il était auparavant technicien dans le secteur du matériel agricole : « j'aurai, précise-t-il, la responsabilité de conseiller le futur exploitant sur les investissements en matériel pour l'exploitation. » « Je suis bien équipé, reconnaît Alban Maillotte. Je n'ai pas besoin, actuellement, d'investir. Mon pulvé a une douzaine d'années, nous venons de refaire tous les joints de pompes et il peut continuer sans problème. Réparer, faire durer le matériel, c'est essentiel. J'ai la chance d'avoir Théo à mes côtés, qui est mécanicien : c'est un aspect important du point de vue économique. » Le contexte céréalier, tel qu'il se présente depuis deux ans, oblige à réfléchir sérieusement avant d'investir. La formation de la Chambre d'agriculture lui a apporté une vision claire : « Aujourd'hui, pour mon exploitation il ne faudrait pas que je dépasse 50 000 euros/an d'investissement en matériel. » Ces charges de mécanisation, on ne les appréhende pas toujours dans leur globalité : à l'occasion de la formation, Alban Maillote a notamment réalisé qu'il fallait aussi y inclure le stockage du matériel sous hangar, qui implique le coût des assurances du matériel et du bâtiment. « Pour moi, c'est de l'ordre de 300 euros/an. Un tracteur qui ne tourne pas coûte quand même… ». La formation leur a aussi permis de faire des arbitrages entre les frais de réparation que peuvent entraîner un matériel usé et la nécessité de le changer. « Dans ces formations, conclut l'exploitant de Longecourt-en-Plaine, il est toujours intéressant d'être confronté à d'autres manières de travailler. C'est mieux que de se mettre la tête dans le sable. L'expérience des autres vous amène à interroger vos propres pratiques. »