Mercosur-Ceta...
La loi du plus fort
Alors que le premier bilan de l’accord conclu entre l’UE et le Canada (Ceta) est présenté comme favorable par la commissaire européenne au commerce, Cécilia Malmström, la dernière session de la Chambre d’agriculture de Côte d’Or a fait une large place aux conséquences des accords de libre-échange entre l’Europe et ses compétiteurs. Jean-Pierre Fleury a défriché ce terrain miné. Le malheur des uns fait bel et bien le bonheur des autres…
25 % d’exportation en plus pour les vins, cidres et vinaigres, à destination du canada, 33 % en plus pour le fromage, 16 % pour les pâtes et pâtisseries et 10 % pour le vin… Mais dans le sens contraire, du Canada vers l’Europe il a fallu absorber 116,7 % d’exportation de viandes bovines en plus et 96,2 % de plus de céréales autres que le blé et le riz. Ainsi que +118,5 % pour les tourteaux… Gens qui rient… gens qui pleurent… Les éleveurs en tout cas sont à la peine et même à la double peine, comme le rappelle Jean-Pierre Fleury, qui a détaillé la formidable mécanique qui a éliminé une quantité de droits de douane et laissé sans protection nos propres productions de viande.
Ces «cadeaux royaux» ne se limitent pas au Ceta, ils concernent tout autant le Mercosur et des accords avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande, sans parler «des coups qui se préparent côté États-Unis d’Amérique».
Des opportunités mais limitées encore
Face à cela, nous conservons certaines opportunités à l’export, avec l’Asie notamment où des travaux sont en cours côté européens. Mais la France n’est pas la mieux placée pour le moment sur ces créneaux, où les pays du Nord se taillent la part du lion. «Nous assistons à une mondialisation des échanges complètement folle» et hors contrôle car «la viande bovine importée, notamment dans le cadre du Mercosur, reste toujours moins chère du fait de l’instabilité monétaire de certains pays soumis à des vagues de dévaluations».
Il ne faut pas se cacher la réalité en évoquant les quantités assez limitées concernées par ces contingents, au vu des pièces en jeu il existe «bel et bien un risque accru de déséquilibrer le marché français de la viande bovine». C’est l’aloyau en effet qui domine sur le marché français alors que 60 % de la viande bovine consommée est transformée en haché. Quand on sait que 75 % des contingents étrangers se retrouvent dans le circuit de la RHD, on comprend mieux la nécessité de se battre pour que la viande bovine produite localement bénéficie d’une priorité d’achat par le réseau de la RHD.
L’enjeu n’est pas seulement économique d’ailleurs, il est aussi sanitaire du fait de l’insuffisance des contrôles et d’une réglementation peu contraignante. On voit même réapparaître le spectre des farines animales, largement utilisées dans certains pays et sur lesquelles la réglementation européenne ne s’applique pas pour les importations. Le Ceta ne comporte aucune clause concernant cet épineux sujet. «On ne contrôle pas ce qui n’est pas interdit»… Circulez, il n’y a rien à voir. Quand aux activateurs de croissance et autres maillons faibles sur lesquels l’Europe porte un regard pour le moins complaisant, il faudra bien s’en accommoder. Pourtant les alertes ne manquent pas et les députés de la commission de l’Agriculture du Parlement européen s’en sont encore fait l’écho récemment, en exprimant leurs inquiétudes quant aux impacts négatifs du Mercosur sur le secteur agricole européen.
Ceux qui tirent les ficelles…
La commission se veut toujours aussi rassurante… En fait, elle est pressée. Pressée d’en finir avant qu’elle passe la main, ce qui explique qu’elle fasse le forcing avant la date du 31 octobre et la constitution d’une nouvelle commission. Mais, remarque Jean-Pierre Fleury, «quoi qu’il arrive, la machine continue de tourner» et fonctionne dans le cadre d’une application provisoire. Un accord mixte d’association Ceta et Mercosur ne peut cependant pas être conclu sans une unanimité au conseil des présidents. Il doit aussi être voté à la majorité des 2/3 du Parlement européen. Un garde-fou subsiste donc : il suffit qu’un État membre ne ratifie pas l’accord pour que l’application provisoire en cours s’arrête. Qui va gagner ou perdre, le bœuf ou les vins et les fromages ? Tout le monde vraisemblablement risque de se trouver perdant à un moment ou à un autre et surtout le consommateur qui n’y verra que du feu en déjeunant dans son restaurant d’entreprise.
Pour Jean-Pierre Fleury, la vraie bataille est menée en sous-main par «les poids lourds de l’abattage mondial qui tirent les ficelles : Cargill et JBS». Leur stratégie ? «dézinguer la production européenne en jouant sur le caractère exotique de la viande et en ventant leur élevage extensif, quitte à gommer la réalité des feedlots». Tout se joue en effet sur l’export de viande de très haute qualité, en confrontation directe avec les productions européennes et françaises déjà mises à mal. Le profit est la seule loi que connaissent ces grands groupes internationaux aux moyens d’influence démesurés.
Ces «cadeaux royaux» ne se limitent pas au Ceta, ils concernent tout autant le Mercosur et des accords avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande, sans parler «des coups qui se préparent côté États-Unis d’Amérique».
Des opportunités mais limitées encore
Face à cela, nous conservons certaines opportunités à l’export, avec l’Asie notamment où des travaux sont en cours côté européens. Mais la France n’est pas la mieux placée pour le moment sur ces créneaux, où les pays du Nord se taillent la part du lion. «Nous assistons à une mondialisation des échanges complètement folle» et hors contrôle car «la viande bovine importée, notamment dans le cadre du Mercosur, reste toujours moins chère du fait de l’instabilité monétaire de certains pays soumis à des vagues de dévaluations».
Il ne faut pas se cacher la réalité en évoquant les quantités assez limitées concernées par ces contingents, au vu des pièces en jeu il existe «bel et bien un risque accru de déséquilibrer le marché français de la viande bovine». C’est l’aloyau en effet qui domine sur le marché français alors que 60 % de la viande bovine consommée est transformée en haché. Quand on sait que 75 % des contingents étrangers se retrouvent dans le circuit de la RHD, on comprend mieux la nécessité de se battre pour que la viande bovine produite localement bénéficie d’une priorité d’achat par le réseau de la RHD.
L’enjeu n’est pas seulement économique d’ailleurs, il est aussi sanitaire du fait de l’insuffisance des contrôles et d’une réglementation peu contraignante. On voit même réapparaître le spectre des farines animales, largement utilisées dans certains pays et sur lesquelles la réglementation européenne ne s’applique pas pour les importations. Le Ceta ne comporte aucune clause concernant cet épineux sujet. «On ne contrôle pas ce qui n’est pas interdit»… Circulez, il n’y a rien à voir. Quand aux activateurs de croissance et autres maillons faibles sur lesquels l’Europe porte un regard pour le moins complaisant, il faudra bien s’en accommoder. Pourtant les alertes ne manquent pas et les députés de la commission de l’Agriculture du Parlement européen s’en sont encore fait l’écho récemment, en exprimant leurs inquiétudes quant aux impacts négatifs du Mercosur sur le secteur agricole européen.
Ceux qui tirent les ficelles…
La commission se veut toujours aussi rassurante… En fait, elle est pressée. Pressée d’en finir avant qu’elle passe la main, ce qui explique qu’elle fasse le forcing avant la date du 31 octobre et la constitution d’une nouvelle commission. Mais, remarque Jean-Pierre Fleury, «quoi qu’il arrive, la machine continue de tourner» et fonctionne dans le cadre d’une application provisoire. Un accord mixte d’association Ceta et Mercosur ne peut cependant pas être conclu sans une unanimité au conseil des présidents. Il doit aussi être voté à la majorité des 2/3 du Parlement européen. Un garde-fou subsiste donc : il suffit qu’un État membre ne ratifie pas l’accord pour que l’application provisoire en cours s’arrête. Qui va gagner ou perdre, le bœuf ou les vins et les fromages ? Tout le monde vraisemblablement risque de se trouver perdant à un moment ou à un autre et surtout le consommateur qui n’y verra que du feu en déjeunant dans son restaurant d’entreprise.
Pour Jean-Pierre Fleury, la vraie bataille est menée en sous-main par «les poids lourds de l’abattage mondial qui tirent les ficelles : Cargill et JBS». Leur stratégie ? «dézinguer la production européenne en jouant sur le caractère exotique de la viande et en ventant leur élevage extensif, quitte à gommer la réalité des feedlots». Tout se joue en effet sur l’export de viande de très haute qualité, en confrontation directe avec les productions européennes et françaises déjà mises à mal. Le profit est la seule loi que connaissent ces grands groupes internationaux aux moyens d’influence démesurés.