Accès au contenu
Moutarde

Là aussi, la récolte frappe à la porte plus tôt

Comme pour beaucoup d'autres cultures, celle de la moutarde a démarré, en Côte-d'Or, avec une bonne quinzaine de jours d'avance sur les prévisions.

Par Berty Robert
Là aussi, la récolte frappe à la porte plus tôt
Chaque année, la Côte-d'Or produit entre 6 000 et 7 000 t de graines de moutarde.

Vendredi 26 juin, 6 heures du matin, au bord d'une parcelle de moutarde située à Longecourt-en-Plaine, au sud-est de Dijon. Depuis le milieu de la nuit, une moissonneuse est à l'oeuvre dans cette parcelle de 32 ha appartenant à Damien Jolibois et semée en mélange de variétés. Bon nombre de journalistes sont présents pour assister au lancement officiel de la campagne de récolte moutardière pour 2026. Et là comme ailleurs, les conditions météorologiques de ces dernières semaines ont entraîné une récolte beaucoup plus précoce. Damien Jolibois remarquait que c'était la première fois qu'il récoltait au mois de juin. A 6 heures du matin, au moins, la température était encore supportable, en ces jours de canicule ! En plus des journalistes, on trouvait en bordure de champs Marika Zimmerman, directrice générale du site de fabrication Reine de Dijon, venue elle aussi découvrir les premiers grains fournis par cette production toujours délicate à mener. Les graines produites en Bourgogne représente 50 % des achats totaux de graine de moutarde chez Reine de Dijon. Mais la marque Reine de Dijon n'utilise que de la graine française. 

Un marché qui évolue

Ce marché de la moutarde, en France, est confronté à des évolutions de consommation, avec des jeunes qui en consomment moins que leurs aînés. Chez Reine de Dijon comme chez ses concurrents, on réfléchit à de nouvelles manières d'attirer ces clientèles. Depuis plusieurs années maintenant, les industriels de la moutarde ont accompli d'importants efforts pour relancer localememt cette production. En bonne concertation avec l'Association des producteurs de graines de moutarde de Bourgogne (APGMB), qui fédère 600 producteurs et qui est présidée par Damien Baumont, et la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or, des prix d'achat de bon niveau ont été obtenus et se maintiennent au fil des années, assurant à cette production une véritable rentabilité. « La récolte 2026 sera payée 1500 euros/t au producteur, précise Damien Baumont. Un prix stable depuis trois ans, avec des volumes identiques. » L'AGPMB a 11 000 t de commandes à assurer, dont 60 % rien qu'en Côte-d'Or. Le démarrage précoce de la récolte pose un défi aux organismes de stockage de ces graines. Il va falloir libérer de la place pour stocker cette nouvelle récolte, alors que celle de 2025 n'a pas encore été entièrement transformée. Damien Baumont le signale : « on recherche des capacités de stockage, spécifiques pour la moutarde. On a quelques agriculteurs qui apportent ces capacités. » 

Une année très particulière

Si, au printemps, la récolte s'annonçait exceptionnelle, les « coups de chaud » survenus depuis ont un peu refroidi les enthousiasmes. « L'année aura été très particulière, confirme Jérôme Gervais, spécialiste moutarde à la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or, avec des semis dans de bonnes conditions et une bonne avancée jusqu'au printemps. Nous nous attendions alors à une très belle récolte. Mais en avril, au début de la floraison, des soucis se sont posés avec du froid et des coups de gel la nuit, puis de la pluie et, fin mai, un coup de chaud historique dans son intensité et sa précocité. Il a commencé à pénaliser les plantes. L'autre coup de chaud de ce mois de juin a aussi eu un impact : on a beaucoup de graine sur les plantes, mais très petites. Il y a eu un problème de remplissage. » Pour sa part, Damien Jolibois décrivait une conduite culturale qui s'est adaptée, au fil des années, notamment pour limiter les risques d'attaques d'insectes : « nous avons décalé nos dates de semis à la mi-octobre, mais le risque, c'est d'avoir des plantes qui ne seront pas assez fortes pour passer l'hiver. Il y a un risque de perte de culture. C'est un compromis à trouver. » Comme beaucoup d'agriculteurs de la plaine dijonnaise, il s'est lancé dans la moutarde en 2008, à la suite de l'arrêt de la production de betteraves sucrières. Cette production représente aujourd'hui un quart de sa SAU totale. Les graines de moutarde sont aujourd'hui produites sur 18 départements, en Bourgogne principalement mais aussi dans des zones limitrophes

Là aussi, la récolte frappe à la porte plus tôt