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Nouvelles technologies

L'IA : une révolution agricole en marche

L’intelligence artificielle entre progressivement dans la vie des exploitations agricoles. Elle s’annonce comme un allié précieux pour façonner l’agriculture de demain, mais l’agriculteur devra rester maître de ses décisions.

Par Christine Dézert
L'IA : une révolution agricole en marche
Fotolia
Déjà aujourd’hui, l’IA trouve des applications de plus en plus variées dans le secteur agricole.

L’intelligence artificielle (IA) est de plus en plus utilisée dans de nombreux domaines et secteurs d’activité, y compris dans notre vie quotidienne, et l’agriculture n’échappe pas à la règle. Les utilisations en agriculture des outils de l’IA se multiplient et entrent progressivement dans la vie des exploitations agricoles, comme dans celles des organisations et sociétés qui gravitent autour. « En France, environ 18 % des exploitations agricoles utilisent déjà des solutions basées sur l’IA, un chiffre qui pourrait doubler d’ici 2030 grâce aux subventions et à l’essor de l’agriculture connectée », estime Isagri. Néanmoins, il existe des disparités significatives entre les différentes filières agricoles : les grandes cultures et l’élevage laitier semblent les plus avancés dans l’adoption de ces technologies, en revanche, les filières fruits et légumes, l’élevage allaitant et les plus petites filières seraient plus en retrait. Pour le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), qui vient de publier un rapport sur l’intelligence artificielle au service de l’agriculture : « L’intelligence artificielle (IA) constitue une opportunité stratégique pour l’agriculture en France, en particulier dans le contexte de renouvellement des générations dans la décennie à venir. Elle peut participer à relever les défis majeurs de la transition agroécologique et de l’adaptation au changement climatique, renforcer la performance économique des exploitations agricoles et des filières. Enfin, elle est porteuse de moyens d’action opérationnels pour simplifier fortement la charge administrative dans les exploitations ». L’IA est perçue comme un levierlles stratégique face aux profondes mutations de l’agriculture. 

Des utilisations déjà réelles

Déjà aujourd’hui, l’IA trouve des applications de plus en plus variées dans le secteur agricole. Elle est, par exemple, très utilisée pour la surveillance des cultures et des élevages (maturité des plantes, détection de maladies, surveillance de la santé ou du bien-être des animaux) ; pour l’optimisation de la production (prédiction des rendements, gestion de l’irrigation ou de la fertilisation) ; pour l’automatisation et la robotisation des tâches (cueillette robotisée des fruits ; désherbage automatisé ; traite des animaux…). Selon les spécialistes, l’utilisation de l’IA en agriculture permettrait de réduire de 30 % le coût des intrants grâce à une meilleure optimisation des traitements ; de réduire de 20 % les pertes grâce à l’analyse prédictive, d’augmenter les rendements grâce aux outils d’analyse des sols et de gestion des cultures ou encore de réduire de 40 % l’impact environnemental des exploitations via une gestion optimisée des ressources. 

Des projets en cours

L’IA marque une nouvelle ère pour l’agriculture et les évolutions et avancées technologiques en la matière offrent des perspectives prometteuses et des solutions de plus en plus performantes pour faciliter le quotidien des agriculteurs et les aider à relever les défis auxquels ils sont confrontés. Le chercheur Samuel Soubeyrand de l’Inrae confirme que l’IA peut être décisive dans la détection de certaines bactéries comme Xylella fastidiosa. « Via des drones autonomes, guidés par une IA et alimentant celle-ci en retour, on peut imaginer scruter avec précision et efficacité l’état sanitaire des cultures d’une exploitation et de son environnement, repérant une maladie à des stades ultra-précoces », explique-t-il. Concernant X. fastidiosa, cette détection ultra-précoce serait décisive, car il faut arracher les plantes infectées le plus tôt possible pour empêcher la dissémination de la bactérie. L’école Hectar, de son côté, travaille au développement d’un chatbot basé sur l’intelligence artificielle. L’outil vise à « automatiser et optimiser la gestion des tâches administratives des agriculteurs. En moyenne, un agriculteur consacre neuf heures par semaine aux démarches administratives », rappelle l’équipe d’Hectar. Une charge conséquente que l’innovation entend alléger. Un autre projet porteur d’espoir pour favoriser l’innovation agroécologique, le projet Twinfarms, lancé en février 2025, co-piloté par l’Inrae et l’Inria. En 4 ans, l’objectif de Twinfarms est de déployer neuf démonstrateurs de jumeaux numériques qui seront évalués sur leur valeur ajoutée pour assister les choix tactiques ou stratégiques dans un contexte de transition agroécologique. Un jumeau numérique agricole consiste en une représentation virtuelle d’un système agricole réel qui simule en temps réel les interactions complexes de ces systèmes avec leur environnement grâce à des capteurs et des données externes (météorologiques, de sol, de culture, etc.) pour permettre d’adopter des pratiques plus durables. Dans le domaine de l’élevage, Charlotte Gaillard et Olivier Martin, chercheurs à l’Inrae, sont co-porteurs d’un autre projet de jumeau numérique fondé sur le simulateur inSiliCow. Cet atelier laitier virtuel est destiné à piloter un élevage réel de vaches laitières. « On peut notamment prédire la production de lait et sa composition pour la lactation suivante, selon différents scénarios d’alimentation », détaille Charlotte Gaillard. La ferme virtuelle devient ainsi un outil d’aide à la décision pour l’éleveur pour améliorer les performances économiques, sociales et environnementales de son élevage. L’intégration de l’IA dans les pratiques agricoles peut rendre de nombreux services et façonner l’agriculture du futur. Mais encore faut-il que les agriculteurs s’approprient et investissent dans ces nouveaux outils. Encore faut-il aussi qu’ils bénéficient d’une bonne connectivité. Enfin, au-delà des enjeux techniques, il subsiste toujours les questions de la propriété et de la protection des données.