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Aux Terres de Jim

Les JA exigent des actes face aux crises

La fête nationale de l'agriculture est aussi traditionnellement une caisse de résonance des revendications agricoles. Le président des Jeunes Agriculteurs, Jocelyn Dubost, ne s'est pas privé de rappeler les attentes.

Par Christophe Soulard
Les JA exigent des actes face aux crises
Capture X
Lors de l'inauguration des Terres de Jim, en présence de la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard.

Metz-Magny, en Moselle, a accueilli la 12e édition des Terres de Jim, fête nationale de l'agriculture organisée par les Jeunes Agriculteurs (JA), les 11, 12 et 13 septembre. L'événement, qui a mobilisé 1 000 bénévoles, attiré plus de 100 000 visiteurs et qui a été inauguré par la Patrouille de France, a offert une belle vitrine populaire et festive à la profession à travers ses concours de labour, son pôle d'élevage et son marché de producteurs. Toutefois, cette fête agricole s'est déroulée dans un contexte lourd. En effet, les exploitations sont ressorties exténuées après un été marqué par les épisodes caniculaires et une sécheresse inédite : les pertes de rendement ont touché la quasi-totalité du territoire ainsi qu’un nombre considérable de productions (arboriculture, maraîchage, élevage, grandes cultures, viticulture, etc.). Face aux difficultés de trésorerie et au malaise grandissant, le réseau JA a porté des revendications fermes devant certains candidats à la présidentielle venus tester leurs idées, notamment les deux anciens Premiers ministres, Édouard Philippe et Gabriel Attal.

Dénonciation de « mesurettes »

Par l’entremise de son président, Jocelyn Dubost, JA a jugé le plan d'urgence Climat Adaptation Sécheresse incendies (Casi) agriculture d’un milliard d'euros insuffisant à l'échelle des fermes. Les jeunes agriculteurs ont dénoncé des « mesurettes » sans vision de long terme et réclamé des aides concrètes et rapidement versées dans les cours de ferme. Le syndicat s'est indigné de retards de plus de trois mois sur l'aide au gasoil non routier (GNR). Pour sortir de la gestion des crises au coup par coup, l'organisation a présenté son « Livre blanc sécheresse », exigeant une stratégie d'adaptation face au changement climatique. Sur le volet de l'installation, les JA exigent la garantie des moyens de promotion des métiers (Accompagnement à l'installation et la transmission en agriculture Aita), alors que se profile le lancement du guichet unique via France Services Agriculture (FSA) en 2027. Enfin, pour la future Politique agricole commune (Pac), ils réclament un budget sanctuarisé (« pas un euro de moins ») avec au moins 10 % des fonds dédiés au renouvellement des générations. La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, présente lors de l'inauguration, a tenté de rassurer les jeunes agriculteurs en apportant plusieurs garanties. Elle a assuré le maintien et le financement, pour 2027, du volet promotion des métiers de l'Aita.

Attente de plus de flexibilité

Concernant le GNR, elle s'est engagée à ce que tous les agriculteurs éligibles perçoivent leur soutien, reconnaissant des retards d'exécution « inacceptables de la part de l'administration fiscale ». La ministre a par ailleurs annoncé l'assouplissement de l'aide à l'achat d'engrais azotés, dont le seuil d'éligibilité par exploitation est abaissé de 750 € à 350 € afin d'en faire bénéficier un plus grand nombre de jeunes installés. Invité aux tables rondes sur la PAC, le commissaire européen à l'Agriculture Christophe Hansen s'est dit favorable à une réglementation plus flexible. Il a ainsi préconisé des dérogations pour cas de force majeure face aux règles climatiques. Considérant la réserve de crise de 450 millions d'euros insuffisante pour les 27 États membres, il entend mobiliser d'autres fonds européens (dépenses rurales, Horizon Europe) pour investir dans la gestion de l'eau, les retenues et l'irrigation de précision. Rappelant que la suppression de la Pac ferait chuter le revenu agricole moyen de 11 %, il propose de porter à 6 % les aides Pac réservées aux jeunes agriculteurs (contre 3 % actuellement), tout en renforçant les aides couplées et les services de remplacement en élevage. Comme l’a souligné Jocelyn Dubost dans son discours d’ouverture : « les défis sont immenses. Les crises sont nombreuses. Mais nous continuerons à faire face ». Un coup de pouce serait pourtant le bienvenu.

Un livre blanc et une demande d’impôt sécheresse

Un livre blanc et une demande d’impôt sécheresse
Actuagri

Au moment où le Gouvernement se réunissait autour de Sébastien Lecornu en grand séminaire pour préparer la rentrée, les Jeunes Agriculteurs tenaient leur conférence de presse. Son président, Jocelyn Dubost et le secrétaire général, Loïc Scalabrino, ont présenté un livre blanc d’une trentaine de pages et d’autant de propositions. Objectif : appliquer un plan d’action à court, moyen et long terme pour adapter les exploitations au changement climatique. L’une des premières demandes consiste à la mise en place d’une « contribution générale sur l’impôt pour faire face aux effets de la canicule pour indemniser les pertes mais aussi aider et accompagner les investissements structurants comme l’adaptation des bâtiments d’élevage » Dans un premier temps ciblé sur l’agriculture, cette contribution pourrait être généralisée pour les professionnels de tous secteurs d’activité et pour les particuliers, victimes d’intempéries. Le syndicat agricole a réclamé le déplafonnement de la dotation pour épargne de précaution (DEP), le gel des fermages, le dégrèvement total de la taxe sur le foncier non bâti (TFNB) ainsi que la suspension des contrôles Pac et le versement anticipé des aides de Bruxelles. Les Jeunes agriculteurs savent que les premières années d’installation sont en général déterminantes pour la poursuite de l’activité. Sur les 30 000 à 35 000 exploitations en difficulté « de nombreux jeunes agriculteurs sont actuellement dans le rouge », ont concédé les dirigeants syndicaux. Les JA ne perdent pas de vue les grandes séquences politiques qui vont se rejoindre au printemps 2027 : élection présidentielle en mai, législatives et fin des négociations de la Pac en juin. « À ce jour, aucun candidat ne porte un programme agricole clair », a tranché Jocelyn Dubost qui a averti les politiques : « Le temps de l’examen du projet de loi de Finances 2027 ne doit pas être celui de la pré-campagne ». Les JA attendent du « concret, des actions rapides. On ne veut plus d’annonces mirobolantes », a insisté Loïc Scalabrino. Le syndicat dénonce aussi l’incohérence des intentions de la Commission européenne et leur traduction dans les faits sur la PAC, avec un budget en recul de -13 %. Arc-bouté sur une sanctuarisation de 10 % du budget de la PAC pour renouveler les générations, Jocelyn Dubost enjoint les États membres à « trouver une solution », alors que certains pays (Allemagne, Suède, Autriche, Finlande et Danemark) partagent une position commune de stricte rigueur budgétaire.