L'eurodéputé Jérémy Decerle dans la Nièvre
Les réalités du terrain ont été au cœur des échanges entre les agriculteurs et l'eurodéputé Jérémy Decerle, lors de sa venue dans la Nièvre, le 24 avril.
Dans un contexte agricole toujours plus incertain, la FDSEA et les JA de la Nièvre ont accueilli, le 24 avril, l'eurodéputé (Renew) et éleveur de Saône-et-Loire Jérémy Decerle, sur une exploitation à Magny-Cours. Il a également pu visiter le Legta de Challuy. C’est sur l’exploitation de David Merlin, installé depuis 2017, que la journée a débuté. Dans un contexte de zone intermédiaire, les échanges ont rapidement mis en lumière les difficultés structurelles auxquelles sont confrontés les agriculteurs. La diversification, souvent présentée comme une solution, reste complexe à mettre en œuvre et coûteuse. « Oui à la diversification, mais dans nos zones intermédiaires c’est difficile à mettre en place et très cher », résume Jean-Charles Zwaenepoel, président de la section Grandes cultures de la FDSEA58. Au coeur des discussions : la PAC, dont les évolutions successives complexifient toujours davantage le quotidien des agriculteurs. Le besoin d’un rééquilibrage des aides de la PAC est également revenu au cœur des discussions, avec une ligne claire : ne pas opposer les filières entre elles. La mise en oeuvre des règles, notamment autour de la BCAE 8, suscite incompréhension et inquiétude. Entre exigences environnementales croissantes et réalités économiques, les exploitants peinent à trouver un équilibre viable.
Demande de règles claires
Si les agriculteurs sont pleinement engagés dans les transitions, ils demandent des règles claires, cohérentes et applicables. Autre point de crispation : les différences de traitement entre États membres. Plusieurs exemples ont été évoqués, soulignant que certains pays européens bénéficient de plans de soutien de certains Etats membres, ici cité la France et l’Ukraine, au détriment de la sauvegarde de l’agriculture française. Des politiques « plus verdissantes » d’un pays à un autre au sein de l’Union Européenne provoquent des distorsions de concurrence au sein d’une même coalition. Jérémy Decerle a tenu à rappeler la position des eurodéputés français concernant le Mercosur : « Personne n’en veut, nous nous sommes tous battus contre. » La gestion de l’eau, dans un contexte de dérèglement climatique, reste un sujet majeur : accès à la ressource, stockage, partage des usages… autant de points qui nécessitent des réponses concrètes et rapides. Un message transversal s’est imposé : sans budget agricole à la hauteur, les ambitions européennes resteront lettre morte. La PAC est un sujet préoccupant, sur lequel il y a peu de visibilité.
Sentiment d'abandon
Autre préoccupation forte exprimées à l'occasion de cette visite : la prédation. Si le déclassement du loup a ouvert la voie à des adaptations nationales, les éleveurs français estiment que les évolutions réglementaires restent insuffisantes pour protéger efficacement leurs troupeaux, contrairement à certains pays voisins. Face à la recrudescence des attaques, les éleveurs expriment un profond sentiment d’abandon et attendent des mesures adaptées pour protéger efficacement leurs troupeaux. Cela fut rappelé le 16 avril, lors de la visite du Préfet référent loup Jean-Paul Celet à Achun. Les moyens de protections actuels étant difficilement transposables à une zone d'élevage telle que la Nièvre, les agriculteurs sont en attente de solutions concrètes et rapides. Au Legta de Challuy, une quarantaine d’étudiants en BTS (Gemeau, ACSE Agri, Métiers de l’Élevage) et en filières générales ont pu échanger avec Jérémy Decerle. Les discussions ont porté sur le rôle du Parlement européen et les négociations en cours autour de la future PAC. Thomas Lemée, Secrétaire général de la FDSEA58 et président des JA BFC, a insisté sur l’enjeu de la formation : « Les lycées agricoles doivent former des futurs chefs d’exploitations capables de s’adapter aux évolutions du secteur, pour continuer à produire et nourrir. » Jérémy Decerle a rappelé que « la France est l’un des pays qui accompagne le plus les installations ». Au-delà des échanges institutionnels, cette rencontre a permis de créer un lien direct entre futurs agriculteurs et décideurs, dans un contexte où le renouvellement des générations constitue un défi majeur pour la profession. Entre réalités de terrain et perspectives européennes, cette journée a mis en évidence une attente forte : celle d’une politique agricole cohérente, lisible et dotée de moyens suffisants. Pour la FDSEA l’enjeu est clair : défendre une agriculture productive, compétitive et capable de répondre à la sauvegarde de la souveraineté alimentaire. Au travers de cette visite, la FDSEA et les JA de la Nièvre souhaitaient aussi alerter sur la nécessité d’apporter des éclaircissements et de redonner de la visibilité aux agriculteurs.