Vendanges : La pluie se fait attendre
Le cumul d'aléas climatiques vécu depuis le début de l'année met le secteur viticole sous tension quant au potentiel de récolte attendu. Éclairage.
Après avoir subi le gel, la grêle et trois épisodes caniculaires importants, les viticulteurs attendent avec impatience une pluie régulière qui pourrait améliorer le potentiel de rendement actuel. Depuis le 29 juin, « la vigne est en période de fermeture, c'est lorsque les grappes deviennent assez grandes pour se fermer. Toutefois, en temps normal, la période dure deux semaines et non trois. La canicule a placé la vigne en blocage physiologique et depuis rien ne bouge », commente Manon Pinot, conseillère en viticulture à la Chambre d'Agriculture de l'Yonne. Cette situation de « blocage physiologique » créée par les fortes chaleurs et le manque d'eau « empêche la vigne d'atteindre le stade de véraison ». À cette période, le constat reste, globalement positif, car « les feuilles restent vertes dans tous les secteurs concluant donc qu'elle est relativement en bon état ». Certaines zones localisées sont cependant touchées. « La vigne risque d'avoir du mal à s'en remettre, car les réserves d'eau dans les sols sont quasiment épuisées. À ce jour, on constate des problèmes de captation d'oligo-éléments, ce qui explique le jaunissement de la vigne », analyse la conseillère, après quelques observations terrains. L'estimation de potentielles dates de vendanges est donc encore loin d'être fixée. Pourtant, le souhait a peut-être commencé à être exaucé, le 17 juillet dernier, lorsqu'un passage d'orages a été observé dans les régions du Sud Auxerrois, du Coulangeois ainsi que du Vézelien. Manon Pinot annonce que dans certaines zones très localisées, elle a compté jusqu'à « 24 millimètres d'eau tombés la semaine dernière ». « Dans ces zones-là, ce sera du jamais vu. Les prochaines semaines sont déterminantes. Nous allons voir de quelle manière la vigne va vivre et réagir à cette période de stress », convient-elle. Pour autant, elle souhaite rassurer et affirme « la résilience dont fait preuve la vigne. Même si nous avons vécu d'importantes périodes de sécheresse, s'il pleut la vigne devrait repartir ». Pour ce millésime-ci, la qualité sera au rendez-vous. « Les périodes vécues ces derniers mois n'ont pas donné l'occasion à des maladies de s'installer », annonce-t-elle, pour conclure sur une note positive.
Un jeu d'équilibre
Direction maintenant le domaine Houblin-Vernin à Migé, où Valentin Vernin se remémore les épisodes de gel qui ont impacté certaines parcelles de son vignoble. « On a plus été touché sur nos cépages de chardonnay que sur nos cépages de pinot noir. Les dégâts que nous avions constatés en début d'année, nous ont rendus alarmistes. On a perdu un potentiel de récolte de 20 à 30 %. Par la suite, la saison s'est bien déroulée, avec un temps plutôt clément permettant d'avoir aussi une belle sortie de raisin. Globalement, on constate que c'est une année où les vignes sont saines ! », relativise-t-il. Après les trois épisodes caniculaires, la tendance s'est inversée : « Les deux cépages ont subi la sécheresse, mais le pinot noir est bien plus impacté sur notre domaine ». Valentin Vernin en a conscience, cette situation risque de se reproduire dans les années à venir. « Tout cela va dépendre des clones et des porte-greffes que l'on choisit. Nous allons forcément miser sur ce qui résiste le mieux à la sécheresse, et ça va certainement être un sujet d'avenir : conserver ou non les cépages locaux ? », questionne-t-il. Dans ce contexte, il a choisi d'intégrer un projet en partenariat avec la Chambre d'agriculture qui permettra de suivre, dans les années à venir, plusieurs porte-greffes et de voir leur comportement face aux aléas climatiques. Le 17 juillet dernier, le domaine Houblin-Vernin a d'ailleurs été sur le passage de l'orage connu. « Les précipitations étaient hétérogènes, il a plu de 12 jusqu'à 24 millimètres d'eau. On espère que cela a permis de faire gonfler les grappes de raisin », commente le jeune viticulteur. Pour lui, l'avenir doit amener les viticulteurs à réaliser un jeu d'équilibre entre « l'âge de nos vignes et sur les cépages utilisés », conclut-il.