Viande bovine américaine
Jean-Pierre Fleury: [I]"Le diable se cache toujours dans les détails..."[i]
Après les nombreuses réactions -quelques fois contradictoires- qui ont suivi l'annonce de l'accord européen, relatif à l'augmentation des importations de viande bovine en provenance des àtats-Unis, nous avons demandé à Jean-Pierre Fleury, secrétaire général de la FNB, de se livrer à une explication de texte.
[G]TDB : La FNB a vivement réagi à l'accord sur les importations de bœuf américain. D'autres partenaires de la filière en minimisent la portée, d'autres encore s'en félicitent. Quels sont les risques pour les élevages français ?
Jean-Pierre Fleury :[g] [I]«Il ne faut pas se tromper sur la portée réelle de cet accord. Jusqu'à présent peu de viande américaine entrait sur le territoire européen, car la filière de qualité n'existait pas outre-Atlantique, du fait de la faiblesse des volumes autorisés à l'import. Avec cet accord et l'augmentation des volumes, la filière de qualité a les moyens de s'organiser. En plus, ces volumes pourront être convertis en poids carcasse. On pourra ainsi très vite passer de 40 000t de «pièces nobles» importées à 65 000 t de carcasses ! Le diable se cache toujours dans les détails...»[i]
[G]TDB : Le Roquefort, semble sauvé, mais la France a peut-être plus à perdre qu'à gagner. Comment l'Europe a-t-elle pu accepter ce chantage à l'unanimité des pays représentés, la France y compris ?
J.P. Fleury :[g][I] «Le litige sur les importations de bœuf aux hormones américain dure depuis 10 ans, l'Europe a été attaquée deux fois et deux fois elle a perdu. L'Union européenne s'est trouvée acculée à faires ces concessions. Selon les termes de l'accord, les Etats-Unis renoncent à importer du bœuf aux hormones, mais les quotas explosent et les droits de douane sont abaissés de 80%. Autant dire que le bœuf américain arrive au prix de la viande européenne : 2,1€ à 2,2€ k/carcasse.
On ouvre là une large brèche, car ces importations concernent essentiellement des bovins de races à viande, élevés à l'herbe. La production de viande aux USA a connu une nouvelle orientation, soutenue par une vraie politique de l'herbe. La concurrence avec nos systèmes est frontale, même si ces importations ciblent essentiellement la restauration».[i]
[G]TdB : Comment un éleveur français peut-il réagir,
quelles solutions pouvons-nous trouver ?
JP Fleury :[g] [I]«Nous avons un handicap de compétitivité majeur au sein du modèle européen, les contraintes, les charges de toute nature... tout concoure à limiter la compétitivité de nos élevages, alors que dans le même temps, leur productivité a augmenté de 35%. Dans ces conditions, il faut plus que jamais tendre à l'autonomie fourragère, c'est le seul moyen de réduire la facture
alimentaire».[i]
[G]TdB :Qu'est-ce qui peut donner aux éleveurs français des raisons d'espérer en l'avenir?
JP Fleury:[g] [I]«Le point positif du moment, c'est la bonne tenue de la consommation intérieure. Mais les problèmes du prix et de la répartition de la marge dans la filière restent posés. On constate que notre troupeau allaitant, le 1er en Europe en importance, arrive en 5ème position quant au prix payé à la production (2,98 € en moyenne). Dans ce contexte, le seul moyen de relancer durablement l'engraissement c'est la contractualisation entre les abatteurs et les éleveurs engraisseurs.
C'est la seule façon de sécuriser la marge des éleveurs et donc de sécuriser aussi les filières d'engraissement.
Nous allons certainement vers une «européanisation» du prix de la viande, ce qui n'est pas forcément négatif, compte-tenu du faible niveau de nos prix à la production . Les bovins grecs, italiens, anglais et irlandais sont mieux payés que les nôtres et nos charges bien françaises elles, sont sans comparaison... La Fédération nationale bovine a créé avec l'Institut de l'élevage un indice de référence, actualisé tous les mois. Elle a obtenu que cet indice soit repris par les services de l'Etat et que Bruxelles l'intègre aussi dans ses statistiques. Ce qui permettra de dresser des comparatifs entre les coûts de production des différents pays de l'Union européenne».[i]
Jean-Pierre Fleury :[g] [I]«Il ne faut pas se tromper sur la portée réelle de cet accord. Jusqu'à présent peu de viande américaine entrait sur le territoire européen, car la filière de qualité n'existait pas outre-Atlantique, du fait de la faiblesse des volumes autorisés à l'import. Avec cet accord et l'augmentation des volumes, la filière de qualité a les moyens de s'organiser. En plus, ces volumes pourront être convertis en poids carcasse. On pourra ainsi très vite passer de 40 000t de «pièces nobles» importées à 65 000 t de carcasses ! Le diable se cache toujours dans les détails...»[i]
[G]TDB : Le Roquefort, semble sauvé, mais la France a peut-être plus à perdre qu'à gagner. Comment l'Europe a-t-elle pu accepter ce chantage à l'unanimité des pays représentés, la France y compris ?
J.P. Fleury :[g][I] «Le litige sur les importations de bœuf aux hormones américain dure depuis 10 ans, l'Europe a été attaquée deux fois et deux fois elle a perdu. L'Union européenne s'est trouvée acculée à faires ces concessions. Selon les termes de l'accord, les Etats-Unis renoncent à importer du bœuf aux hormones, mais les quotas explosent et les droits de douane sont abaissés de 80%. Autant dire que le bœuf américain arrive au prix de la viande européenne : 2,1€ à 2,2€ k/carcasse.
On ouvre là une large brèche, car ces importations concernent essentiellement des bovins de races à viande, élevés à l'herbe. La production de viande aux USA a connu une nouvelle orientation, soutenue par une vraie politique de l'herbe. La concurrence avec nos systèmes est frontale, même si ces importations ciblent essentiellement la restauration».[i]
[G]TdB : Comment un éleveur français peut-il réagir,
quelles solutions pouvons-nous trouver ?
JP Fleury :[g] [I]«Nous avons un handicap de compétitivité majeur au sein du modèle européen, les contraintes, les charges de toute nature... tout concoure à limiter la compétitivité de nos élevages, alors que dans le même temps, leur productivité a augmenté de 35%. Dans ces conditions, il faut plus que jamais tendre à l'autonomie fourragère, c'est le seul moyen de réduire la facture
alimentaire».[i]
[G]TdB :Qu'est-ce qui peut donner aux éleveurs français des raisons d'espérer en l'avenir?
JP Fleury:[g] [I]«Le point positif du moment, c'est la bonne tenue de la consommation intérieure. Mais les problèmes du prix et de la répartition de la marge dans la filière restent posés. On constate que notre troupeau allaitant, le 1er en Europe en importance, arrive en 5ème position quant au prix payé à la production (2,98 € en moyenne). Dans ce contexte, le seul moyen de relancer durablement l'engraissement c'est la contractualisation entre les abatteurs et les éleveurs engraisseurs.
C'est la seule façon de sécuriser la marge des éleveurs et donc de sécuriser aussi les filières d'engraissement.
Nous allons certainement vers une «européanisation» du prix de la viande, ce qui n'est pas forcément négatif, compte-tenu du faible niveau de nos prix à la production . Les bovins grecs, italiens, anglais et irlandais sont mieux payés que les nôtres et nos charges bien françaises elles, sont sans comparaison... La Fédération nationale bovine a créé avec l'Institut de l'élevage un indice de référence, actualisé tous les mois. Elle a obtenu que cet indice soit repris par les services de l'Etat et que Bruxelles l'intègre aussi dans ses statistiques. Ce qui permettra de dresser des comparatifs entre les coûts de production des différents pays de l'Union européenne».[i]