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Tribune de Christiane Lambert

Jacques Chirac, le Président des campagnes

Jacques Chirac nous a quittés après une longue période de silence que la maladie imposait.
Par Ma signature
Jacques Chirac, le Président des campagnes
( Crédit photo : ActuAgri )
Il est parti lentement, doucement, au contraire d’une vie où la vitesse était de mise. Il est parti comme le Président des Français, de tous les Français bien sûr - et l’hommage populaire est impressionnant - mais aussi comme le Président aimé et respecté par les agriculteurs. L’ancien Président, que rien ne prédestinait à avoir une telle relation avec le monde agricole, avait tant de facettes connues et méconnues qu’il pouvait entrer dans chaque maison, dans chaque famille, comme un proche, comme un ami. C’est avec ce regard bienveillant et cette chaleur relationnelle qu’il a su entrer dans chaque ferme. L’adepte du terroir, le promoteur du « mangez des pommes », le passionné de repas pantagruéliques ne pouvait rester en dehors de l’affection des paysans Français. Pour des raisons objectives tout d’abord, n’a-t-il pas fait preuve entre 72 et 74 lorsqu’il était ministre de l’Agriculture d’un allant, d’une considération et d’un activisme exceptionnels afin de soutenir les campagnes et de donner les impulsions nécessaires au développement de notre agriculture ! Un exemple parmi bien d’autres, il a initié les débuts d’une politique agricole dédiée à la montagne et à l’installation des jeunes agriculteurs, montrant ainsi son attachement à des territoires vivants irrigués par la dynamique agricole.
Dans le sillon de son destin qui a pris une dimension internationale, l’agriculture ne l’a jamais quitté et sa main n’a pas tremblé dans les négociations de l’OMC. Rappelons-nous aussi de ses combats contre vents et marées pour défendre un budget de la PAC fort ! Il avait compris l’importance pour l’Europe de la PAC et l’importance pour la France d’un secteur agricole capable de garantir la sécurité alimentaire, mailler les territoires, apporter des devises à l’économie et faire rayonner la France à l’international. Il pouvait s’éloigner de la France physiquement et garder le cœur à l’agriculture.
« Le grand » comme on l’appelle en Corrèze, n’était pas un Président comme les autres, il aimait la tête de veau et la bière… à lui seul, c’était une interprofession du bien vivre, du bien boire et du bien manger. De façon plus affective mais tout aussi importante, l’ancien Président a créé un lien unique avec le monde paysan, en témoignent ses campagnes électorales en Corrèze où il connaissait chacun et chacune, où il comprenait les problèmes et les espoirs des fermes, où il arpentait routes et chemins comme on peut croquer la vie, à pleines dents. Même son jardin secret il le cultivait dans cette terre rude. Nous n’avons su que récemment qu’il avait créé et financé un centre hyperperformant pour le handicap sans jamais en avoir fait la publicité. Chirac, ce n’est pas qu’un coup de fourchette, c’est aussi des coups du cœur tout en pudeur. Dur avec les forts, tendre avec les faibles, dès qu’il s’éloignait des sujets politiques, il s’éloignait de tout cynisme. Les paysans et Chirac, c’était un lien solide, un soutien, un encouragement sans cesse renouvelé qui donnait du cœur à l’ouvrage aux paysans pour surmonter les moments difficiles, les crises, les transitions permanentes. Souvenons-nous de son dernier passage au Salon de l’Agriculture, lorsqu’il s’est retrouvé en hauteur surplombant ainsi tout le hall de l’élevage : les fourches se sont levées et les applaudissements ont fusé de toutes parts laissant ainsi l’émotion prendre sa part pour « notre » Chirac !