GRDF veut booster le biogaz en BFC
GRDF a fait le point sur sa stratégie de développement en matière de méthanisation en Bourgogne Franche-Comté.
Ouvrir plus grand les vannes du biogaz en Bourgogne-Franche-Comté (BFC) ? C'est l'ambition affichée par GRDF. Le 23 avril, Emmanuel Connesson, directeur régional adjoint GRDF Grand Est-BFC et Éric Passetti, directeur territorial GRDF BFC, l'ont souligné depuis le siège de l'opérateur, à Longvic, près de Dijon. L'entreprise, qui gère l'alimentation en gaz de 810 communes en BFC, avec 12 500 km de réseau, n'a pas manqué de rebondir sur le contexte géopolitique perturbé depuis fin février par le conflit opposant les États-Unis, Israël et l'Iran, et qui génère une envolée des prix de l'énergie, en particulier sur le gaz. C'est le moment ou jamais de démontrer la pertinence de productions gazières plus localisées, synonymes d'une souveraineté améliorée, et aussi plus « verte ». Et dans ce domaine, l'agriculture a une carte à jouer.
6 % des besoins couverts
C'est d'abord en tant que responsable de réseau de distribution que réagit GRDF : « Nos réseaux continueront à avoir du sens dans la durée, précise Emmanuel Connesson, s'ils contribuent à la lutte contre le changement climatique en distribuant des énergies qui ne sont pas d'origine fossile. » Si GRDF n'a pas le droit d'investir directement dans des unités de production de biogaz, l'entreprise met en œuvre un accompagnement pour ceux qui font le choix de s'y impliquer. Aujourd'hui, les productions gazières locales couvrent plus de 6 % des besoins du territoire de BFC. Une montée en puissance dans ce domaine doit prendre appui sur les avantages connexes à la méthanisation en milieu agricole : diversification et sécurisation du revenu d'agriculteurs, production de fertilisants (les digestats qui sortent des méthaniseurs et qui permettent une plus grande autonomie des agriculteurs). Le gaz issu de méthaniseurs a aussi un autre avantage : il génère moins de CO2 par KWh produit. Dans ce contexte GRDF agit pour favoriser une accélération des niveaux de production en éclairant les porteurs de projets sur les possibilités d'accès au réseau, et donc sur la faisabilité de leur projet. « Nous les accompagnons sur leur business plan, poursuit Éric Passetti, mais aussi sur la pédagogie à faire en matière d'acceptation sociétale des projets. » L'objectif est sans ambiguïté : 100 % de gaz vert en 2050. Actuellement, en BFC, les méthaniseurs fournissent 6,8 % de la consommation sur le réseau GRDF, avec des pointes à 16,2 % en Haute-Saône ou 16 % en Côte-d'Or, mais seulement 2 % dans la Nièvre ou 5,5 % dans l'Yonne. Il y a donc de la marge avec l'ambition de produire 1 TWh de gaz en BFC fin 2026. Actuellement, on en est à 0,8 TWh.
Changer d'échelle
« Nous sommes sur un changement d'échelle, confirme Éric Passetti, nous avons aujourd'hui 28 sites de production en BFC, mais, dans les trois ans qui viennent, on comptera plus de 60 méthaniseurs qui pourront injecter. » Selon une étude Solagro (organisme spécialisé dans les transitions agricoles et énergétiques), le potentiel méthanisable en BFC atteindrait 7 TWh. Cela repose sur l'introduction dans les méthaniseurs de productions agricoles dédiées, d'effluents d'élevage, ou encore de biodéchets issus de l'agroalimentaire. « Ce qui est important dans cette stratégie de montée en puissance, ajoute Éric Passetti, c'est que nous voulons soutenir des projets en lien avec leur territoire. » Cela sous-entend la possibilité de se raccorder facilement au réseau d'injection de gaz et c'est l'une des raisons pour lesquelles GRDF a investi 400 millions d'euros sur ces réseaux, ces dix dernières années. En regard de la situation sur les marchés énergétiques actuels, le pari de GRDF est le suivant : « plus nous injecterons de gaz local, plus nous mettrons de la stabilité sur les prix en nous éloignant de notre dépendance aux cours mondiaux » conclut Emmanuel Connesson.
Les CPB : une consolidation de la filière biogaz
C'était attendu depuis longtemps par la filière biogaz : le 4 mai, la trajectoire post 2028 de restitution des Certificats de production de biogaz (CPB) a été publiée par le gouvernement. Ces CPB sont un mécanisme de soutien qui repose sur trois piliers :
– les fournisseurs de gaz ont l'obligation d'acquérir un certain nombre de CPB pour soutenir la filière biogaz, en proportion de leur clientèle
– les producteurs de biogaz génèrent un CPB pour chaque MWh de biométhane injecté dans le réseau par leur installation
– les CPB peuvent être achetés par les fournisseurs, soit directement auprès des producteurs, soit sur des places de marché. L'absence de visibilité sur ces CPB induisait un doute pour les investissements dans le domaine de la méthanisation. La publication de la trajectoire post 2028 permet de rassurer les investisseurs. « Cela offre aussi des perspectives à toutes les installations de méthanisation en cogénération, précise Éric Passetti (GRDF), qui sont près de 70 en BFC, qui arrivent au terme de leurs contrats d'achat d'électricité et qui souhaitent injecter le biogaz produit. C'est une très bonne nouvelle pour la filière, et sans faire appel aux finances publiques. »