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Sélection

Génomique : une révolution à la portée des élevages

Depuis l'€™avènement de la génomique, la sélection a changé de siècle. Les bovins lait ont montré le chemin et la technique peut sembler tout aussi profitable au troupeau allaitant. Le Corel (Comité régional de l'€™élevage), animé par la Chambre régionale d'€™agriculture, a ouvert le débat.
Par Anne-Marie Klein
La révolution génomique est en marche et si la technologie peut sembler complexe, il faut quand même tenter d'€™en comprendre les enjeux. C'€™était l'€™objet de la rencontre organisée par le Comité régional de l'€™élevage (Corel), à l'€™initiative de la Chambre régionale d'€™agriculture. Invités : les représentants des organisations de l'€™élevage et les techniciens et conseillers en élevage.
D'€™abord, définir le champ de cette nouvelle technique en forme de révolution: la génomique est une science qui étudie la structure, le contenu, la fonction et l'€™évolution des génomes, c'€™est-à-dire des séquences d'€™ADN d'€™un organisme vivant. Là où la génétique étudie les caractères héritables, la génomique étudie les caractéristiques des gènes, héritables ou non.

La génomique a déjà démontré son intérêt dans les sciences de la vie, en médecine surtout. Et en élevage, les races laitières ont bénéficié les premières de ces avancées. On peut ainsi évaluer les animaux reproducteurs avec une grande précision, alors qu'€™ils sont très jeunes, avant même la naissance.
Ces techniques nouvelles amènent un changement profond dans les techniques de sélection, elles intéressent tous les maillons du dispositif génétique. Sans verser dans la science fiction, on pourrait produire un animal et adapter son mode d'€™élevage (extensif ou intensif) à ses caractéristiques révélées par la génomique, afin que l'€™animal puisse exprimer au mieux son potentiel.
La technique s'€™installe, il reste maintenant à s'€™entendre sur les caractéristiques à faire émerger. En lait, on a mis au point ce que Serge Paran (président de l'€™UNCEIA) appelle «des équations de production», mais en viande tout reste à faire ou presque, avant d'€™envisager une sélection assistée par les marqueurs (SAM) comme dans certaines races laitières.

[INTER]La difficile constitution d'€™une population de référence[inter]
à‡a marche en bovins lait, alors pourquoi pas en bovins allaitants ? Il faut déjà s'€™entendre sur la nature des caractères sélectionnés et affiner les marqueurs. Là où l'€™aval de la filière vise le consommateur et attend une sélection sur la tendreté de la viande, l'€™amont peut souhaiter voire émerger des qualités maternelles et des caractères d'€™élevage particuliers, permettant de limiter les charges et de faciliter le travail. Difficulté notable, la sélection génomique exige une population de référence comportant un très grand nombre d'€™animaux et nécessite d'€™importants moyens financiers pour la collecte et le traitement des données. Enfin, les élevages allaitants suivis en contrôle de performances sont peu nombreux et donc la collecte de données suffisamment importantes et fiables sera d'€™autant plus difficile et délicate.
La table ronde organisée à l'€™occasion de cette rencontre a montré que l'€™interprofession jouait la carte de l'€™avenir et investissait chaque année dans la recherche avec l'€™UNCEIA. Ce qui a permis à la France de se hisser à un niveau international en matière de recherche génomique. Mais la diminution des financements de la recherche au plan national, oblige désormais à trouver des financements portés par de nombreux partenaires.

[INTER]Jouer collectif et se mettre en ordre de marche[inter]
La race Montbéliarde, qui fait figure d'€™exemple, investit ainsi depuis plus de dix ans dans la génomique et les éleveurs en récolte aujourd'€™hui les premiers fruits. Les outils coopératifs ont massivement investi dans la recherche et ce n'€™est pas fini, car la génomique va très vite et les moyens doivent suivre. Les représentants des organismes d'€™élevage présents n'€™ont pas manqué de manifester leur intérêt, mais une certaine inquiétude aussi, quant au coût de la technique pour les élevages. Le rapport qualité/prix reste à faire dans le contexte actuel.
Pour relever le défi de la génomique, il faudra donc «jouer collectif entre structures». Cette conclusion, portée par Jean-Pierre Fleury, président du Corel, s'€™est imposée d'€™elle-même. «La méthode de travail reste à trouver, mais il va falloir que tout le monde soit en ordre de marche pour bâtir les indispensables partenariats financiers». A cette condition, la génomique pourra s'€™imposer comme un nouveau projet à porter en commun, pour après-demain plus que pour demain, vu l'€™ampleur du travail.