Former aujourd'hui les salariés de demain
À Arc-lès-Gray, en Haute-Saône, le partenariat noué entre la Région Bourgogne Franche-Comté, les acteurs de l’emploi et l’entreprise John Deere illustre une nouvelle manière de répondre aux besoins de recrutement industriels tout en facilitant le retour durable à l’emploi. Une démarche construite au plus près des réalités économiques du territoire.
On ne présente plus John Deere, leader mondial des équipements agricoles, forestiers et de construction. Sur son site d’Arc-lès-Gray, en Haute-Saône, l’un des trois implantés en France, le groupe nord-américain occupe une place majeure dans le paysage industriel régional. Spécialisée dans la production de matériels de récolte de fourrage et de chargeurs frontaux pour tracteurs, l’usine grayloise emploie aujourd’hui plus de 400 salariés sur un site de 144 000 m², dont 44 000 couverts. « La branche production agricole et agriculture de précision représente 41 % du chiffre d’affaires du groupe », rappelle Jean-Michel Petit, directeur du site. Centre européen de compétence pour la manutention agricole et la récolte des fourrages, l’établissement conçoit notamment des presses à balles rondes, des faucheuses conditionneuses et des enrubanneuses destinées aux marchés internationaux.
Un secteur soumis à de fortes variations
Comme pour l’ensemble du machinisme agricole, l’activité reste étroitement liée aux cycles économiques du monde agricole. « Les variations peuvent aller de – 40 % à + 20 % d’une année sur l’autre », souligne le directeur. Pour absorber ces fluctuations, l’entreprise s’appuie sur un volant important d’intérimaires, actuellement près de 145 personnes, avec des pics pouvant atteindre 200 salariés. Après deux années de ralentissement, la reprise a néanmoins posé un défi inattendu : retrouver une main-d’œuvre disponible. Une partie des intérimaires historiques s’étant réorientée, la question du recrutement et de la formation est devenue stratégique. C’est dans ce contexte qu’est intervenu le dispositif régional « Production industrielle », présenté le 24 février sur le site graylois en présence de Jérôme Durain, président de la Région Bourgogne-Franche-Comté (BFC).
Formation construite avec l'entreprise
Mis en place pour rapprocher formation et besoins réels des entreprises, ce programme s’adresse prioritairement aux demandeurs d’emploi, notamment les publics les plus éloignés du marché du travail. « Nous avons voulu redonner de la souplesse et partir directement des besoins des employeurs », explique un responsable local de France Travail. Entre septembre et décembre 2025, douze stagiaires ont ainsi suivi un parcours sur mesure mêlant 427 heures de formation théorique au lycée Fertet de Gray et une immersion en entreprise. L’objectif : préparer le titre professionnel d’équipier de production industrielle, qualification reconnue dans la métallurgie. La méthode privilégie avant tout le potentiel humain. « Nous avons davantage regardé le savoir-être que les compétences initiales », souligne l’un des responsables du dispositif. Entretiens, visites de l’usine, stages pratiques et accompagnement individualisé ont permis de sécuriser les parcours. Résultat : onze stagiaires ont obtenu leur certification et huit travaillent aujourd’hui chez John Deere.
Des parcours professionnels relancés
Sur la chaîne de production, les effets sont déjà visibles. Julien Rohr, ancien chauffeur routier passé par le secteur de l’abattage, évoque avec simplicité le plaisir d’avoir retrouvé une stabilité professionnelle. À quelques postes de là, Grégory Jacquet confie sa fierté « d’avoir intégré une entreprise aussi prestigieuse » et envisage désormais d’y poursuivre sa carrière jusqu’à la retraite. Pour la Région, ce partenariat illustre un enjeu plus large : « La démographie ne concerne pas seulement les écoles ou les habitants, mais aussi les salariés nécessaires au développement économique », insiste Jérôme Durain. Depuis son lancement en 2024, le dispositif a permis de former près de 240 personnes dans une cinquantaine d’entreprises régionales. Au-delà du recrutement, John Deere poursuit également ses investissements technologiques. L’avenir passe notamment par des équipements agricoles connectés capables de collecter et valoriser des données agronomiques. « Certains round-balleurs intègrent déjà la géolocalisation et des informations sur l’humidité ou la date de récolte », explique Jean-Michel Petit. Des données pouvant ensuite être croisées avec celles de partenaires comme DeLaval afin d’améliorer le suivi de la nutrition animale et la qualité du lait. Parallèlement, le groupe poursuit ses objectifs environnementaux, notamment en matière de réduction des émissions et de consommation d’eau sur ses sites industriels. À Arc-lès-Gray, cette convergence entre industrie, formation et emploi illustre finalement une réalité souvent méconnue : derrière les machines agricoles utilisées dans les exploitations se joue aussi l’avenir industriel et humain des territoires ruraux.