La dépendance au contexte international
À l'occasion de l'assemblée de section en productions végétales de la FDSEA de l'Yonne, Cédric Benoist, secrétaire général adjoint de l'AGPB est venu faire un point sur l'actualité céréalière.
« On est à un tournant du secteur céréalier : si on continue dans cette voie, on va transformer la plaine en jachère », argue Cédric Benoist, secrétaire général adjoint de l'association générale des producteurs de blé (AGPB), mercredi 29 avril. Aux côtés de Franck Pouillot, président actuel de la section des productions végétales, reconduit pour un prochain mandat, Cédric Benoist revient sur le contexte actuel. « Cela fait trois années consécutives que les prix sont bas. En se basant sur l'Otex 15, c'est-à-dire sur des résultats concernant les céréaliers spécialisés : on voit bien que les prix ont été divisés par deux depuis les trois mauvaises années : 2023, 2024 et 2025. On peut donc dire que c'est une crise longue, qui s'amplifie et qui dure ». Pour pallier cette difficulté, l'AGPB a donc fait remonter le sujet auprès des autorités, ce qui leur a permis d'obtenir « le fonds d'urgence en début d'année », débloquant une enveloppe de 40 millions d'euros au total. Pour répartir le plus équitablement possible, l'association a travaillé en collaboration avec les services de l'État. Cependant, ils ont conscience que cette aide « n'est pas suffisante mais essentielle », car « nous avons des difficultés à faire comprendre que derrière une production de blé, il existe des profils d'exploitation différents, avec des réalités économiques particulières ». Avant d'aborder la question géopolitique des engrais et du dispositif MACF, Cédric Benoist revient sur l'échec de « la demande d'activation de la réserve de crise européenne ».
Des chocs successifs
Avec les taxes antidumping menées par l'Union Européenne contre les États-Unis en 2019, ayant pour but de protéger les producteurs d'engrais européens d'une concurrence loyale, « amenant au blocage du marché et à l'augmentation des prix ». L'invasion de l'Ukraine en 2022-2023, où l'Union Européenne a suspendu les taxes à l'import (urée et ammoniac) pour six mois, ce qui « est trop tard et a un effet limité ». Les sanctions menées contre la Russie en 2025, où il y a eu une suspension des droits de douane sur les engrais des autres origines qui paraît « insuffisante pour compenser les engrais russes ». En janvier 2026, avec la mise en place des mesures d'ajustement carbone aux frontières (MACF), qui « a conduit à des contraintes réglementaires supplémentaires, sur un marché déjà tendu, où les agriculteurs sont en bout de chaîne pour payer les coûts supplémentaires », le marché des engrais déjà en tension rencontre récemment le conflit en Iran qui amplifie le phénomène. « Le blocage du détroit d'Ormuz impacte gravement le marché, car 30 % de l'urée mondiale transite par le détroit. À cela s'ajoute le fait que 30 % du gaz mondial et 20 % de l'ammoniac mondial qui sont des matières nécessaires pour les usines au sein de l'UE et ailleurs pour la fabrication », analyse-t-il. Pour revenir sur le continent, Cédric Benoist informe que « 90 % de l'urée est importée, tout comme la solution azotée (90 %) ou encore l'ammonitrate étant fabriquée en France, mais à partir de gaz importé ». Face à ces informations, les céréaliers présents se questionnent : « nous avons donc des sociétés en France qui créent de l'engrais ? ». « Oui, malheureusement, il y en a très peu, et nous avons récemment appris la fermeture d'une usine en Seine-et-Marne. Cela signifie donc des tonnages en moins ». Certains posent alors la question : « les engrais sont stratégiques, est-ce qu'il ne faudrait pas que les agriculteurs le fassent ? ».