En Côte-d'Or, l'irrégularité devient une donnée de base
Cerfrance a présenté récemment le bilan économique des entreprises viticoles de Côte-d'Or. L'irrégularité croissante constatée, depuis quinze ans, dans les rendements et les volumes de production, oblige à s'adapter.
Premier constat dressé lors de cette présentation des résultats économiques de la viticulture pour la Côte-d'Or, par Cerfrance : les vendanges 2024 et 2025 ont confirmé une certaine fragilisation de la production. Alors que les surfaces implantées varient très peu, la dernière décennie se caractérise par de grandes disparités de volumes produits : alors que 2021 et 2024 ont vu des récoltes historiquement basses autour de 260 000 hl, les années 2022 et 2023 autour de 500 000 hl. Du simple au double : les producteurs doivent apprendre à jouer au « yo-yo ». Cette instabilité se double d'une forte augmentation du prix de revient des vins produits : de 1 270 euros/hl en 2022 à 2 170 euros en 2024. Dès lors, pour Cerfrance, il importe d'investir dans une conduite de vigne qui réclame des capacités d'adaptation.
Hausse des charges
En Côte-d'Or, arrachage et plantations de vigne restent assez proches sur les quinze dernières années, hormis en 2016 ou les plantations avaient été beaucoup plus importantes que les arrachages. En 2025, on arrive à 1,1 % de surfaces arrachées pour 1,4 % de surfaces plantées. Le paysage viticole du département traduit une fragilisation économique croissante avec, pour la commercialisation en bouteilles, des charges courantes en augmentation de 86 % depuis 2016. En parallèle, le prix de vente moyen par bouteille a plutôt bien évolué en Côte de Nuits passant de 21 à 37 euros (+ 81 %) entre 2015 et aujourd'hui. La hausse, réelle, est toutefois plus modeste pour les Côte de Beaune, de 14 à 21 euros (+ 48 %). on note toutefois un tassement de ces prix pour les Côtes de Beaune depuis 2022. Dans ce contexte, la rentabilité des exploitations viticoles de Côte-d'Or se maintient malgré tout. Les excédents bruts d'exploitation sont passés de 19 000 euros/ha en 2015 à 40 000 euros en 2024, après une pointe à 49 000 euros en 2022.
L'outil œnotouristique
Parmi les pistes envisagées pour consolider les positions d'une viticulture qui, comparée à d'autres régions de France, tire encore son épingle du jeu, Cerfrance préconise de favoriser l'œnotourisme, une pratique qui transforme les clients en prescripteurs. Selon une récente enquête de FranceAgrimer, si, pour 18 % des viticulteurs interrogés, l'œnotourisme améliore la résilience du domaine, pour 45 % d'entre eux, il améliore la notoriété et la marque et surtout, pour 57 %, il fidélise la clientèle. Néanmoins, 54 % des viticulteurs interrogés sont aussi conscients que l'œnotourisme demande beaucoup de travail. De fait, les trésoreries des exploitations viticoles marquent, ces dernières années, un montant d'endettement préoccupant qui représente une part croissante. Afin de gérer les irrégularités de récoltes et de productions qui tendent à devenir la normale, Cerfrance préconise d'emprunter lorsque cela est possible, de tenir compte de la hausse des coûts et de recalculer son besoin en fonds de roulement. Des adaptations juridiques et fiscales sont recommandées.