Un cumul de tout
Il n'avait pas prévu de partir en vacances cet été et ça tombe bien, car le temps n'aurait pas été suffisant. Jean-Luc Gerbron, éleveur près de Montbard et délégué cantonal FDSEA, nous parle des problématiques du moment.
Le déroulé des moissons n'était déjà pas très serein. Et là, ça continue. Chaque matin comme tous ses collègues éleveurs, Jean-Luc Gerbron sort la tonne à eau pour aller abreuver ses bovins. Et, nouveauté depuis plusieurs jours, il faut affourager, puisque toutes les parcelles sont grillées. Il n'y a plus rien à manger ou presque. « La paille, il faut déjà en donner alors que la récolte n'a pas été satisfaisante, loin de là », indique l'agriculteur de Crépand, « je pense qu'il manque, en moyenne, au moins une tonne de paille sur chaque hectare dans le département. Sur les terres les plus impactées, cela peut monter jusqu'à 1,5 t/ha, ce qui peut représenter une baisse de 50% ! ». Même s'il restait des stocks de l'an passé, ces derniers ne seront pas « éternels » s'inquiète notre interlocuteur : « dans un tel contexte, il faut s'adapter comme on peut... L'idéal est de regrouper le maximum de bêtes au même endroit pour limiter le gaspillage. Aussi, il faudra sans doute moins en distribuer cet hiver ». Jean-Luc Gerbron parle ensuite des nécessaires achats supplémentaires : « les agriculteurs qui ont l'habitude de s’approvisionner vers des producteurs céréaliers en ont réservé davantage. Pour les autres, qui n'en achètent pas tous les ans, c'est beaucoup plus compliqué d'en trouver. C'est même de la folie dans certains cas, d'après les retours que j'ai. Les kilomètres à effectuer se multiplient pour tenter de trouver vendeur. Il y a aussi les prix qui ont bien augmenté, j'entends parler de 80 voire 90 euros/t en bottes carrées à venir chercher en bouts de champs. Ça commence à chiffrer, mais cela peut se comprendre : voilà deux ans que les cours céréaliers sont au plus bas et en dessous des coûts de production. Les engrais coûtent une blinde, le carburant aussi. Sans oublier les produits phytos... Bref, rien n'est simple ». Le délégué syndical continue sur cette même problématique paille : « les marchands ont eux aussi ratissé plus large cette année pour en trouver, ils vont la stocker chez eux et la sortir cet hiver à plus de 100 euros/t. C'est tendu partout ! Je repense aussi à la volonté de la profession d'augmenter nos capacités de stockage par le biais de bâtiments dédiés à la paille : l'idée est bonne, mais avec nos fameux déboires avec la Conseil régional, moins de projets ont émergé... La moindre rentabilité du photovoltaïque freine également les réalisations, c'est bien dommage. Citons également la méthanisation : ces unités représentent aussi des hectares de paille en moins ».
Pas que ça
Jean-Luc Gerbron annonce une « année de m... » : « 2026, c'est un cumul de tout. Il n'y a pas que la paille qui pose problème. Les récoltes ont été mauvaises, il n'y a aucune rentabilité. Le foin, même si celui-ci a été de qualité, est en recul d'environ 30% au niveau des volumes. L'eau, nous en avons déjà parlé, c'est une catastrophe, c'est un calvaire au quotidien... Même des gars qui avaient refait des puits il y a 3-4 ans commencent à s'inquiéter, ça ne suit pas. Rappelons qu'en élevage, nous sortons aussi d'une crise FCO qui a coûté très cher avec parfois des pertes de 20, 25 voire 30 veaux par exploitation. Des énormes trous dans les trésoreries sont là depuis longtemps. Les cours des bovins se tenaient bien jusqu’à présent, mais l’actuelle pression réalisée sur les broutards et les vaches est inadmissible. Les échos que nous entendons sur la Pac ne sont pas rassurants. Parlons aussi des prix des fermages, qui augmentent de 3% sans aucune explication : mais que font nos représentants pour défendre le monde agricole quand ils sont en commission ? ». Le Côte-d'orien ajoute un mot sur l'engrais azoté : « la FNSEA a l'air contente d'annoncer une aide de 50 euros/t... Je pense qu'elle doit arrêter de se regarder le nombril. Depuis l'annonce de ce soutien, les prix ont déjà augmenté de 30 euros/t, cela va encore profiter aux fournisseurs d'engrais. Au moment où je vous parle, nous aurions donc droit à 20 euros/t... Super ! Sachant que l'augmentation est d'environ 250 euros/t. Mais de qui se moque t-on ? Et en plus, les dossiers semblent très compliqués à remplir : certains ne se lanceront peut-être même pas dans la démarche ».