Accès au contenu
Interview De Vincent Delatte, Président De La Caisse Régionale Du Crédit Agricole De Champagne Bourgogne

Elevage : le Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne répond présent.

La crise qui frappe l’agriculture française n’épargne aucune filière. Mais l’élevage est particulièrement fragilisé. C’est dans ce contexte que le Crédit Agricole de Champagne Bourgogne a décidé, dès fin 2014, de mesures de soutien pour accompagner les producteurs. Au-delà du plan de soutien gouvernemental lancé en septembre 2015 que la Caisse régionale s’attache à mettre en place en lien avec les services administratifs, c’est un véritable travail sur le long terme qu’effectue la banque verte.
Par Ma signature
Avez-vous vu arriver cette crise ? 
VD : Non seulement nous l’avons vu arriver mais nous l’avons anticipée dès octobre 2014 avec la mise en place de 1800 prêts pour 51 millions d’euros au travers de mesures adaptées et personnalisées auprès de nos éleveurs les plus touchés et notamment avec des taux bonifiés pour les Jeunes Agriculteurs encore plus fragilisés par cette crise.  Nous avons toujours accompagné nos clients dans les bons comme dans les mauvais jours, nous sommes encore présents et nous le serons évidemment aussi demain.  

Comment évaluer l’ampleur des difficultés rencontrées par les agriculteurs en ce concerne leur endettement ? 
VD : Bien évaluer les problèmes n’est pas simple. Nous constatons d’abord la dégradation des trésoreries, qui peut conduire à des retards de remboursement d’échéances. Nous ne sommes pas les premiers et les seuls à constater la survenue des telles difficultés. D’autant que dans un foyer d’agriculteurs, il peut y avoir des revenus externes, qui peuvent masquer les problèmes de l’exploitation elle-même. D’autres partenaires, peuvent se rendre compte de ces difficultés assez rapidement : les fournisseurs à qui sont demandés des délais de paiement supplémentaires ou les centres de gestion auprès desquels les agriculteurs prennent conseil. La caisse MSA peut également être alertée de ces problèmes, mais les agriculteurs s’efforcent toujours, au maximum, de payer leurs cotisations, faute de quoi les conséquences sont lourdes.  

Mais vous avez tout de même un réseau d’information très dense ? 
VD : Oui, nous disposons d’un réseau de 1150 élus et de conseillers agris-vitis qui connaissent très bien les exploitations de leur secteur et qui peuvent nous informer des situations économiques difficiles. C’est un réseau de proximité qui nous permet d’être plus réactifs et de comprendre les problèmes. Donc, nous avons des capteurs, en somme, qui sont sensibles et nous évitent d’attendre la clôture des exercices pour prendre conscience des problèmes. Voilà pourquoi nous avons réagi dès la fin 2014 à cette crise en mobilisant l’ensemble de notre réseau d’élus et de nos conseillers agricoles pour analyser chaque situation, prendre contact et accompagner au mieux chaque agriculteur.  

La crise est-elle une crise de l’endettement des agriculteurs ? 
VD : Non, il ne s’agit pas d’une crise d’endettement. L’agriculture française n’est pas plus endettée que celle d’autres pays européens, et cet endettement ne s’est pas accentué depuis plusieurs années, ce qui est aussi le cas à l’échelon régional. C’est la faculté de faire face aux échéances qui s’est dégradée. Les marges ont parfois chuté de manière forte. Le problème n’est bancaire que parce que les marges des produits agricoles ont diminué. Chacun doit prendre conscience qu’il y a un sujet fondamental, c’est celui de la compétitivité. C’est d’abord la dégradation des marges qu’il faut traiter. La différence entre les prix de marché et les prix de revient. Et cela passe par une meilleure compétitivité des exploitations. Certaines ont un niveau satisfaisant, pourquoi ne pas imaginer que d’autres y parviennent ?   

Que pouvez-vous nous dire sur la mesure dite « année blanche » ? 
VD : la mesure « année blanche » n’a été confirmée que le 3 septembre par le gouvernement et les modalités d’application auprès des préfectures fin octobre 2015. Chaque éleveur concerné peut demander à sa Direction Départementale du Territoire (DDT) de bénéficier de ce dispositif grâce à un formulaire simple et rapide à compléter avant le 31 janvier. Actuellement, les DDT statuent sur chaque demande au cas par cas.  Les dossiers déposés auprès des DDT pour l’année blanche arrivent depuis fin d’année 2015, et font l’objet d’une étude dans les cellules dédiées, pilotées par l’administration. Nous apportons notre expertise sur le volet bancaire en participant aux réunions, organisées pour étudier les dossiers avant validation par ces cellules départementales.  Le choix est fait par l’exploitant de reporter tout ou partie des annuités. Une année blanche partielle est évidement moins coûteuse qu’une année blanche totale et plus intéressante, souvent, pour l’agriculteur.  

Pourquoi une année blanche partielle peut-elle être plus intéressante ? 
VD : une des possibilités offertes par « l’année blanche » consiste à reporter en fin de prêt les échéances de l’année. Certes cela donne de l’aisance à la trésorerie mais les charges financières générées par le report in fine sont plus importantes qu’une solution d’étalement dans le temps des pertes financières. Il faut utiliser ce dispositif de manière pertinente pour préserver la capacité d’investissement future de l’éleveur, car le besoin de modernisation ne s’arrête pas et le renouvellement du matériel non plus. Ainsi, cela a moins de conséquences de reporter l’annuité d’un bâtiment ou d’un investissement foncier que celle d’un matériel qui en général est renouvelé à l’échéance du prêt.  

N’est-ce pas aussi l’intérêt de la banque que de limiter l’application de l’année blanche ? 
VD : Non, pas du tout. La raison d’être d’une banque est de développer le crédit, « l’année blanche » contribue mécaniquement à augmenter notre encours de crédit. Par contre, la préoccupation première du Crédit Agricole c’est d’avoir un client dont l’exploitation est en bonne santé, pérenne dans le temps et capable de dégager un revenu pour l’exploitant et ses créanciers. Nous n’avons pas intérêt à faire supporter des charges plus lourdes ultérieurement si ce n’est pas indispensable à la survie de cette exploitation.  

Qui va prendre en charge le supplément de coût de ces reports d’échéance ? 
La Caisse régionale Champagne Bourgogne n’appliquera pas de frais de dossier et prendra à sa charge le tiers du coût du crédit supplémentaire, ainsi que le tiers des frais d’intervention sur prêt (environ 11 €/prêt). Les 2 autres tiers sont pris en charge par l’Etat et par l’éleveur.  L’application de ce dispositif par le Crédit Agricole Champagne-Bourgogne vaut pour tous les dossiers qui auront été préalablement validés au titre du volet C avant le 31 janvier 2016 par les cellules départementales pilotées par les DDT.  

La crise n’est pas finie ? 
Qui peut dire comment vont évoluer les prix de vente et les coûts de production ? La volatilité et l’absence d’anticipation peuvent engendrer des situations très tendues économiquement. De plus, humainement, pour certains, c’est très difficile, on l’a vu cet été. Avoir un partenaire bancaire sur lequel on peut compter dans les moments difficiles est essentiel en période de crise. Grâce à ses élus, grâce au travail de ses équipes dédiées à l’agriculture, le Crédit Agricole Champagne Bourgogne montre une fois de plus, en étant réactif et professionnel dans ses actions, qu’il agit conformément aux valeurs du mutualisme auxquelles il est attaché : solidarité, proximité et responsabilité.  

Quels outils mettre en place pour éviter que de telles situations se renouvellent ? 
Les outils, ce sont des vraies stratégies de compétitivité pour chacune des filières dont les problèmes ne sont pas transposables de l’une à l’autre. C’est aussi la restructuration d’outil de transformation qui peut s’avérer nécessaire. Dans ce domaine, le Crédit Agricole peut apporter sa contribution. Mais on ne peut pas définir la stratégie à la place des acteurs. La volatilité des prix et l’accélération de la fréquence des aléas climatiques sont deux véritables problèmes qui conduisent à des situations brutales et non prévisibles. La réflexion que nous devons donc conduire porte sur la manière de lisser ces retournements par des dispositifs assurantiels, par l’épargne de précaution et par la recherche de la bonne adéquation des investissements aux besoins.