Dur, dur d'être un laitier
Quatre éleveurs de vaches laitières partagent leurs problématiques de cet été inédit.
Une canicule ne suffit pas ? En voici une deuxième. Vous en voulez encore ? Allez, une nouvelle cartouche. Mais combien de temps vont durer ces aléas climatiques ? Les éleveurs laitiers font partie des plus impactés et se le demandent chaque jour. Un petit coup de fil à cinq Côte-d'Oriens permet de l'illustrer. À Villy-en-Auxois chez le président des JA, Thomas Cotiby, toutes les vaches ont perdu 6 kg de lait/jour, en moyenne : « J'ai des Simmental, des Brunes et des Montbéliardes. Il n'y a aucune différence entre les races : leurs productions ont toutes chuté dans les mêmes proportions », décrit l'éleveur. L'alimentation n'est pas la moindre des problématiques : « aujourd'hui, il me manque 500 tonnes de fourrages pour pouvoir passer l'hiver. Mes maïs ne font qu'un mètre de haut et je me dirige vers une baisse de 75 % de récolte. Pour m'adapter, j'en ai acheté dans la plaine dijonnaise via le dispositif initié par la FDSEA. L'autre partie, je l'ai trouvée dans le nord de la France, livrée à 102 euros/tonne ce qui est horriblement cher ! Pour le reste, je mise sur des couverts végétaux et d'hypothétiques coupes à l'automne. On navigue malheureusement dans l'inconnu ».
Une douche Kärcher
Chez Alain Terrillon, à Griselles près de Laignes, la baisse de production est exactement la même, à hauteur de 6 kg de lait/jour/vache. L'éleveur fait remarquer que cette diminution ne se fait pas aussitôt ressentir : « Elle n’apparaît qu'une dizaine de jours après le début des plus fortes chaleurs. Les vaches sont ainsi passées de 27 à 21 kg de lait/jour. Ce niveau de baisse est inédit, cette météo aussi. Depuis le dernier épisode de chaud que nous avons eu, la production remonte très lentement. Pour retrouver le niveau initial, il faudra beaucoup patienter, j'en suis persuadé ». L'alimentation est tout aussi inquiétante : « d'habitude, à cette date, les stocks sont sécurisés et ce que l'on fait, c'est du bonus ou presque. C'est loin d'être le cas cette année… La récolte de luzerne est en baisse de 40 %. Pour pouvoir atteindre le printemps prochain, il faudra impérativement refaucher quelque chose avant novembre. Pour ne rien arranger, 30 à 40 % de mon maïs ne vont rien donner… Des achats d'orges vont être nécessaires ». Alain Terrillon, pour l'anecdote, nous informe avoir installé une lance de Kärcher dans l'aire d'attente de ses bovins : « celle-ci faisait office de douche et tournait du matin 6 heures à 23 heures… J'avais déjà testé le procédé l'an passé avec succès. J'ai logiquement recommencé ces derniers jours. Les vaches ont passé leurs journées dessous ! ».
L'été le plus galère
Du côté de Villotte-sur-Ource, chez Virginie Brion, la baisse de production est encore plus conséquente : 7 kg de lait/jour/vache. « Et même chose, cette chute est arrivée une semaine après les fortes chaleurs. Mais grâce à un fourrage de bonne qualité qui nous restait de l'an passé, la production tend à revenir à son niveau initial », informe l'éleveuse. Celle-ci se dit certaine de ne pas être à la fin de ses mauvaises surprises : « les contrecoups de cette canicule sont déjà nombreux. Les bovins n'étaient pas bien du tout au lendemain de cette météo, ils ont eu comme une sorte de grippe, avec des diarrhées. Les leucocytes ont plus que doublé, nous avons même eu un pic à 500 000, la qualité du lait est donc impactée… Autre point : j'en suis actuellement au deuxième avortement. D'autres conséquences pourraient se manifester au niveau de la reproduction, notamment pour les vaches qui ont été inséminées en mai et juin ». Cet été 2026 est clairement le pire de tous, poursuit l'éleveuse du Châtillonnais : « même mes parents n'avaient jamais vu ça. À cela, il faut ajouter tout le travail du quotidien entre l'abreuvement et l'affouragement. Et aussi notre poulailler, pour lequel nous avons eu toutes les peines du monde à aller au bout de notre lot avec une température intérieure qui était montée jusqu'à 33 °C. Un brumisateur était tombé en panne, nous avions commandé la pièce manquante mais ce n'est pas la bonne qui était arrivée ! Une pelleteuse nous a même coupé un tuyau d'alimentation en eau pour les vaches pendant la canicule. Bref, la totale ». Et pour « couronner le tout », Virginie Brion a même un droit à un feu : « c'est un stress que je n'avais jamais connu. Nous allions chercher une benne avec un vieux tracteur dans un champ, les andains de paille se sont abrasés. Nous supposons que le pot d'échappement soit responsable. Heureusement, nous avions débroussaillé autour du poulailler sinon, tout serait parti en fumée ». En ce qui concerne l'alimentation « manquante », Virginie Brion a multiplié les pistes : « nous avons réservé du maïs, mais il n'est pas dit que celui-ci soit plus joli que le nôtre. Pour la première fois, nous avons commandé de la pulpe de betterave surpressée. Tout cela ne suffira pas, il nous faudra récolter avant la fin d'année. Mais je crains aussi que les prairies temporaires et luzerne semées à l'automne dernier soient mortes… Aujourd'hui, je regrette d’avoir arrêté l'assurance multirisques et prairie il y a deux ans… ».
Mille tonnes de pulpes
La pulpe de betterave surpressée est également une option levée par Gérald Étienne, éleveur à Quemigny-sur-Seine : « J'en achète généralement entre 100 et 200 tonnes chaque année mais cette fois, ma commande est passée à 1 000 tonnes ! En effet, comme un peu tout le monde, mon maïs est très mal embarqué, il est très petit et n'a pas de panouilles. Et ma ration est 80 % à base de maïs, il fallait donc prendre les devants et ne pas réfléchir bien longtemps ». Gérald Étienne misera également sur un report de stock assez important de maïs de l'an passé pour assurer l’alimentation de ses vaches Brunes qui, elles, ont accusé une baisse de production de 3 kg de lait/jour lors des fortes chaleurs. Le bâtiment d'élevage du Côte-d'orien est équipé en ventilateurs et brumisateurs, mais peut-être pas autant que nécessaire : « je me suis rendu compte qu'il fallait davantage investir davantage dans ce domaine, pour que les vaches passent plus facilement le cap. Ce sera sans doute pour l'an prochain, avec au moins un ou deux ventilateurs supplémentaires ».