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économie

Du mieux pour la croissance française

L’Insee a publié une nouvelle note de conjoncture pour l’activité française. Tour d’horizon actualisé.
Par Thierry Michel
Du mieux pour la croissance française
( Crédit photo : J.-C. Gutner ) La production agricole se redresserait en 2017 après avoir lourdement chuté l’an passé en raison de conditions météorologiques exceptionnellement mauvaises.
Début octobre, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a rendu publique une nouvelle note de conjoncture, actualisant le précédant point de conjoncture paru en juin 2017. Il en ressort, pour l’essentiel, que l’institut relève sa prévision de croissance économique (PIB) pour le pays et pour l’ensemble de l’année 2017 : annoncée à + 1,6 % à mi-année, cette statistique passe à + 1,8 %. Si cette tendance se confirme, il faudra la comparer aux trois années précédentes qui tournaient autour des + 1 % seulement.

PIB, chômage, agriculture
Globalement, en France, l’activité a continué d’augmenter solidement (+ 0,5 % après + 0,5 %) au deuxième trimestre 2017. Dans le détail, la production manufacturière a augmenté de 0,7 %, en ligne avec le niveau élevé du climat des affaires dans l’industrie. Côté demande, «la consommation des ménages a légèrement accéléré» (+ 0,3 %) et «leur investissement a continué de progresser vigoureusement» (+ 1,2 %). L’investissement des entreprises «a mieux résisté que prévu à la fin du dispositif de suramortissement» (+ 1 %). Fait notoire, alors que le commerce extérieur pesait négativement sur les comptes du pays depuis plusieurs mois, «le fort rebond des exportations après un premier trimestre décevant (+ 2,4 % après - 0,8 %)» et le «ralentissement des importations (+ 0,3 % après + 1,2 %)» ont rendu «la contribution du commerce extérieur largement positive». Il faut ajouter à cela que le climat des affaires national «a atteint à l’été son plus haut niveau depuis 2011, et même depuis 2007 dans l’industrie». Les exportations françaises accéléreraient donc en 2017 «sous l’effet, entre autres, du retour des touristes, sans néanmoins profiter à plein de la vigueur retrouvée de la demande mondiale». La demande intérieure resterait dynamique, en particulier en biens d’équipement et «l’activité continuerait donc de progresser solidement d’ici la fin de l’année» (+ 0,5 % par trimestre).
En rentrant dans le détail des secteurs d’activités, on constate que l’industrie «profiterait notamment de la tonicité de la demande extérieure» et la construction de la «forte hausse de demande de logements des ménages». L’Insee évoque aussi l’agriculture, après la catastrophique année 2016 : «la production agricole se redresserait en 2017 après avoir lourdement chuté l’an passé en raison de conditions météorologiques exceptionnellement mauvaises». Ce qui sera important de mesurer, c’est l’ampleur de ce rebond agricole pour avoir une idée précise de la santé du secteur car, a priori, faire mieux que l’année 2016, particulièrement basse, n’a rien d’extraordinaire en soi. Enfin, «outre le dynamisme de la demande intérieure, la production de services bénéficierait du retour des touristes, en particulier l’hébergement-restauration et les transports».
Le taux de chômage continuerait de baisser, à 9,4 % de la population active en fin d’année, contre 10 % précédemment. L’emploi marchand «ralentirait à peine» au second semestre, tandis que l’emploi non marchand «reculerait avec la réduction du nombre d’emplois aidés». Au second trimestre, le taux de chômage s’est établi à 9,5 % en recul de 0,5 % sur un an. Au second semestre, la «hausse attendue de l’emploi serait légèrement supérieure à la hausse de la population active». Le nombre d’emplois progressant plus que la population active est aussi un fait nouveau dans cette conjoncture hexagonale.

Inflation et pouvoir d’achat
En septembre, l’inflation a atteint +1 % sur un an, en nette hausse par rapport à septembre 2016 (+ 0,4 %). «Ce regain provient uniquement des prix de l’énergie, l’inflation sous-jacente étant à peine plus élevée qu’un an plus tôt». D’ici la fin de l’année, l’inflation resterait stable autour de + 1 % mais la composante sous-jacente s’élèverait un peu à + 0,8 % en décembre, contre + 0,5 % à l’été. Rien d’inquiétant mais il convient de rappeler que c’est précisément cette inflation sous-jacente qui fait en général réagir les spécialistes de la politique monétaire.
Les économistes de l’Insee s’attendent à une accélération des salaires nominaux par personne en 2017 dans le secteur marchand et à une «franche» accélération dans la fonction publique. Au final, «les revenus d’activité accéléreraient nettement en 2017, compensant en partie l’effet de la hausse de l’inflation sur les gains de pouvoir d’achat, qui resteraient solides» (+ 1,6 % après + 1,8 %). En 2017, la consommation ralentirait plus nettement que le pouvoir d’achat : au troisième trimestre, la consommation des ménages, tirée par les achats de textile et de biens d’équipement du logement, accélérerait (+ 0,5 % après + 0,3 %), avant de ralentir au quatrième trimestre (+0,3 %). Sur l’ensemble de l’année, la consommation freinerait plus nettement que le pouvoir d’achat (+ 1,1 % après + 2,1 %) «avec le contrecoup des événements ponctuels qui l’avaient dynamisée en 2016 (vente de billets du championnat d’Europe de football, changement de standard de diffusion télévisuelle, effet des températures sur la dépense d’énergie)».

Pétrole et euro
Les spécialistes de l’Insee donnent aussi, sans cette note de conjoncture, deux indications concernant le cours du pétrole et la valeur de l’euro face au dollar. Pour le premier, «d’ici la fin de l’année, le marché resterait déficitaire mais l’importance des stocks accumulés pendant la période d’excédent continuerait de contenir les pressions à la hausse sur le cours. Le prix du baril de Brent se stabiliserait ainsi autour de 58 dollars d’ici la fin de l’année». Pour la monnaie de l’UE, «les politiques monétaires continueraient de diverger de part et d’autre de l’Atlantique» (NDLR : relèvement des taux aux États-Unis, politique monétaire dite accommodante, donc stabilité des taux, dans la zone euro en raison d’une inflation restant nettement en deçà de 2 %). «Cependant, à la faveur de la reprise européenne et de la difficulté à concrétiser la politique budgétaire expansionniste annoncée lors de l’élection présidentielle aux États-Unis, l’euro s’est nettement apprécié cet été. Son taux de change se stabiliserait autour de 1,17 dollar pour un euro d’ici décembre contre 1,06 en début d’année».

À surveiller
Comme toujours, l’Insee relève un certain nombre d’indices qui peuvent peser, positivement ou négativement, sur le «scénario» retenu : «divers aléas sont associés à ce scénario, qui table notamment sur un rattrapage partiel des exportations françaises d’ici la fin de l’année. Celles-ci pourraient surprendre à la hausse ou bien décevoir alors que les conditions de change sont un peu moins favorables. Par ailleurs, un éventuel ralentissement de l’activité dans les pays émergents pourrait limiter la progression des exportations de la zone euros».