DNC : une campagne 2026 sous tension
Décidée au niveau national pour prévenir toute réémergence de la Dermatose nodulaire contagieuse (DNC), la poursuite de la vaccination en 2026 concerne de nombreux élevages de Bourgogne-Franche-Comté. Entre impératif sanitaire, contraintes techniques et incompréhensions de terrain, sa mise en œuvre suscite de vifs échanges.
Actée lors du Conseil national d'orientation de la politique sanitaire animale et végétale (CNOPSAV) puis déclinée en région, la décision de poursuivre la vaccination contre la DNC en 2026 répond à un objectif clair : éviter toute reprise de la maladie au printemps. « Le risque de réémergence n’est pas totalement écarté. Nous devons maintenir une immunité collective élevée », rappelle le GDS. Cette stratégie s’inscrit dans un contexte incertain. Non-déclaration de suspicions, interrogations sur la persistance virale dans l’environnement, circulation encore active en Europe : autant d’éléments ayant pesé dans la balance. « Ça n’est pas pour rire qu’on fait ça », insiste Pascal Martens, président du GDS BFC. « On ne veut pas de nouveaux foyers en 2026. » L’enjeu dépasse le seul cadre sanitaire. Le maintien du statut indemne au regard des normes internationales conditionne directement les échanges commerciaux, notamment pour les reproducteurs, les semences… « Le vaccin est très efficace, mais il a un impact. On sait ce que ça représente en élevage », souligne Lionel Malfroy (président du GDS25).
Modalités complexes
Sur le terrain, la mise en œuvre se heurte à une difficulté majeure : la complexité des cas de figure. La campagne distingue en effet plusieurs populations animales, avec des calendriers précis. Les veaux nés de mères vaccinées doivent être primo-vaccinés entre 3 et 6 mois, afin d’éviter l’interférence des anticorps colostraux. « À 3 mois, sinon il y a un risque d’interaction avec l’immunité maternelle », rappelle Pascal Martens. S’ajoute une population particulièrement sensible : les veaux vaccinés trop précocement à l’automne 2025. Suite à un avis récent, ils doivent être revaccinés à partir de 3 mois « et avant la mise à l’herbe », ce qui accroît fortement le volume d’animaux à traiter. Enfin, les rappels sur les bovins déjà vaccinés doivent intervenir entre 8 et 15 mois après injection (12 mois pour les animaux à l’export), tandis que tout animal introduit depuis une zone indemne doit être vacciné après son arrivée. « Nous n’avons connu les modalités de vaccination à réaliser avant la mise à l’herbe que le 24 mars au soir », regrette Bruno Henry, président du GDS 70. Un calendrier bien tardif, alors que le printemps végétatif est en avance cette année, et que la mise à l’herbe a déjà commencé en zone basse.
Organisation sous contrainte
Au-delà des règles sanitaires, les contraintes pratiques sont nombreuses. La vaccination des veaux allaitants impose des opérations de contention parfois délicates. « Ça va poser problème notamment pour les allaitants », reconnaît Bruno Henry. L’organisation des chantiers repose sur une planification par les vétérinaires, afin d’optimiser l’utilisation des flacons, conditionnés par 20 ou 100 doses et à durée de vie limitée une fois reconstitués. « Les tournées sont organisées pour éviter le gaspillage », rappelle Lionel Malfroy. Le dispositif prévoit une prise en charge limitée par l’État, avec une visite mensuelle financée pour certaines catégories d’animaux. Une contrainte mal perçue. « On ne peut pas raisonner pareil pour un cheptel de 10 ou 200 UGB », regrette Pierre Besançon, éleveur retraité, tout en fustigeant des décisionnaires technocrates déconnectés des réalités du terrain. À ces difficultés s’ajoutent les ajustements techniques. « Nous avons dû adapter en urgence notre logiciel pour intégrer les nouveaux animaux à vacciner », explique la directrice du GDS70 Caroline Bouissel. Les éleveurs reçoivent désormais des listes d’animaux à vacciner, pas toujours faciles à interpréter. « Il faut arriver à dompter l’outil », résume-t-elle. Face aux critiques, les responsables sanitaires défendent une ligne claire. « Sur ce sujet, on monte les marches une par une, insiste Pascal Martens. En cas de gangrène, mieux vaut couper le doigt que le bras », illustre-t-il, en référence à la gestion du risque. Les autorités rappellent également le cadre réglementaire. « Nous sommes dans un État de droit », souligne Yves Lambert (DDETSPP de Haute-Saône), évoquant notamment les obligations de déclaration et les risques de réfaction des indemnités pour des éleveurs qui se placeraient délibérément hors-la-loi.