Des nichoirs dans les granges
Le 23 décembre dernier, un groupe d'agriculteurs a décidé d'installer des nichoirs pour les chouettes des clochers au sein de leurs exploitations afin de favoriser la biodiversité. Un projet en collaboration avec la Ligue de Protection pour les oiseaux.
En ce début d'année, Damuel Deligand, céréalier à Vallery regarde par la fenêtre en observant les oiseaux qui passent. Installé depuis 2018 au sein de l'exploitation familiale, il a développé de nombreux projets car « il a une sensibilité au développement de la biodiversité ». Parmi celles-ci, nous retrouvons un projet, en décembre dernier, en partenariat avec la ligue de protection pour les oiseaux (LPO) pour installer un nichoir au sein de sa grange. Avec près de 260 hectares de blé, orge, colza, maïs, tournesol, Damuel Deligand s'était rendu compte qu'en étant à proximité de la forêt, « de nombreuses espèces d'oiseaux passaient au cœur de son exploitation ». C'est en réalisant une intervention au collège de Saint Valérien pour présenter le métier d'agriculteurs aux élèves, au cours d'une journée dédiée à l'environnement, que cet agriculteur rencontre Vincent Régnier, représentant de la LPO Nord Yonne. Il lui parle du fait qu'il observe « fréquemment la présence de deux espèces d'hirondelles, le martinet et l'hirondelle des fenêtres à proximité de chez lui ». Étonné, le représentant de la LPO a décidé de créer un rendez-vous avec Sarah Dujardin, animatrice régionale pour faire une analyse et une observation de la présence d'oiseaux sur l'exploitation de Damuel Deligand. En acceptant d'intégrer le label « des Terres et des ailes », avec trois autres agriculteurs, Damuel Deligand et l'équipe de la LPO ont décidé de se tourner vers la chouette effraie ou chouette des clochers, qui est en voie de disparition. « Cette espèce de chouette niche en général au sein d'espaces abandonnés, comme des églises, d'où son nom, sauf qu'avec de nombreuses réformes locales, elle ne peut plus loger à ces endroits-là, et fait donc face à une perte de potentiels habitats », affirme-t-il après de nombreuses recherches. Sensible au développement de la biodiversité, Damuel Deligand souhaite « casser les idées reçues sur le métier d'agriculteur » et multiplie donc les projets, que ce soit en se diversifiant dans l'hôtellerie avec des chambres d'hôtes, ou encore en collaborant avec apiculteurs.
Favoriser la biodiversité
À Dollot, un peu plus loin, Jean-Luc Ovet, céréalier avec plus de 160 hectares à son actif, en est arrivé à la même conclusion. « Avant j'étais en agriculture biologique, mais au vu des cours mondiaux, j'ai dû faire une déconversion. Mais j'ai toujours gardé une sensibilité auprès du développement de la biodiversité au sein de ma ferme », confie-t-il. Étant également en contact avec Vincent Régnier, il avait déjà entrepris un projet pour planter des haies au sein de sa ferme, et installait des perchoirs à buse, lorsqu'il a décidé de rejoindre le projet et installer « un nichoir pour les chouettes effraies ». Depuis de nombreuses années, il se posait régulièrement cette question : « comment favoriser la biodiversité sur ma ferme ? ». Avant même de sauter le pas, il suivait sur les réseaux sociaux une autre personne qui avait des chouettes au sein d'un nichoir. « C'est un particulier à Gron, qui a installé une caméra au sein de son nichoir, ça lui permet de suivre les cycles de reproduction des chouettes effraies, et je trouvais que c'était une super chose », commente-t-il. Au-delà de cette belle observation, Jean-Luc Ovet constate « la présence de rats et de souris qui dégradent fréquemment le matériel ». En tant que prédateur naturel, « la chouette effraie pourrait donc agir en tant que prédateur et faire jouer les règles de la nature ». Cependant, « cela risque de faire diminuer la population de chauve-souris qui agit souvent contre les insectes, et nous le savons, bon nombre d'insectes peuvent jouer un rôle dans les risques sanitaires ». À cette période de l'année, les deux agriculteurs n'ont pas encore eu la chance d'observer des chouettes effraies au sein de leurs cours de ferme. « Les bénévoles de la LPO sont venus nous installer les nichoirs et nous ont expliqué que la période de nidification se faisait jusqu'en février », concluent-ils en partant dans les champs.