Des évolutions d'assolements tout en douceur
Au sortir de la moisson 2026, la coopérative, notamment présente sur la Nièvre, partage le constat général de rendements très hétérogènes en blé. Dans ce contexte difficile, elle fournit des pistes pour les prochains assolements en s'appuyant sur la prise de recul plutôt que sur la précipitation.
Changer de direction en permanence peut conduire à tourner en rond ou à finir dans un mur. En agriculture, même si chaque année est différente, se fixer un cap réfléchi et s'y tenir paraît plus que jamais indispensable. C'est la réflexion qu'on se fait au sein de la coopérative Axereal, alors que les récoltes 2026, mises à rude épreuve par les conditions climatiques, s'avèrent parfois décevantes. Alors que les exploitations purement céréalières s'interrogent sur leurs capacités à tenir encore longtemps, dans un tel contexte économique et de travail, le bilan de ces moissons permet aussi de voir de quelle manière la coopérative veut accompagner ses adhérents. Chez Axereal, on fait un constat similaire à de nombreuses régions de France : des colzas plutôt bons, des rendements très hétérogènes et parfois décevants en céréales, de belles qualités mais des cultures qui ont souffert des conditions météo dans la dernière phase de leur mûrissement.
Des céréales à pailles décevantes
Le colza est la culture qui s'en sort le mieux, comme le confirme Arnaud Johanet, directeur de région au sein de la coopérative, en responsabilité du secteur Loire-Nivernais : « Nous ne sommes pas sur des rendements exceptionnels. On est tout juste sur la moyenne quinquennale. Néanmoins, avec sa valorisation à la vente, le colza permet aux exploitations de disposer d'un peu de marge. C'est moins le cas sur les céréales à paille. » En blé et orge, les rendements sont plus mauvais avec une valorisation incertaine, même si, ces dernières semaines, les cours se sont un peu mieux comportés (la tonne de blé tendre tournant autour de 220 euros). Sur la Nièvre, avec, globalement, un sud du département doté de terres plus profondes et un nord avec des terres plus superficielles, les constats confirment qu'au nord, les rendements ont plus décroché. Cela fait suite à une campagne 2025 où les rendements observés dans le département avaient été bons, voire très bons par endroits. En 2026, les céréales sont en dessous de la moyenne quinquennale, avec une forte hétérogénéité, due aux types de sols et aux conduites culturales. En blé, les rendements relevés vont de 40 à 80 q/ha mais la moyenne se situe à peine à 60 q. « L'an dernier dans la Nièvre, souligne Arnaud Johanet, nous étions plus proches des 70 q. »
Ajuster les assolements
Ces constats confirment, au sein de la coopérative, qu'on ne peut plus se contenter de choix généraux dans la conduite des exploitations. La coopérative privilégie, de ce point de vue, des approches très individualisées en prenant en compte le contexte des sols, l'économie de l'exploitation, les débouchés, si on est céréalier ou polyculteur-éleveur. « C'est là que notre métier prend tout son intérêt, poursuit Arnaud Johanet, parce qu'on ne peut pas laisser l'agriculteur seul face à ces choix. » Pour 2027 quelques ajustements d'assolement seront à faire sur chacune des exploitations. « Mais, selon nous, ces ajustements doivent se faire à la marge. Il n'est jamais bon de faire des virages à 90 °, parce qu'on les fait toujours la mauvaise année, ou une année trop tard. Peut-être serait-il bon, pour 2027, de consacrer 15 ha à des légumineuses, mais tout dépend du contexte de chaque exploitation. Le raisonnement sur le pilotage ne peut pas être identique entre un jeune qui vient de s'installer et un exploitant proche de la retraite ». Le colza, en tout cas, apparaît comme un incontournable… à condition d'être bien mené. « Dans un contexte de difficultés économiques, le premier réflexe peut être de décider de diminuer les cultures qui sont lourdes en charges et consomment de la trésorerie, constate Arnaud Johanet. C'est un peu le cas du colza mais y renoncer serait pour nous une erreur, puisque depuis quelques campagnes, c'est tout de même lui qui ramène de la trésorerie dans les fermes. En revanche, si on maintient le colza, il faut le faire correctement : y mettre les moyens et faire le travail nécessaire quand il faut. C'est une culture rémunératrice mais qui peut vite faire perdre de l'argent, selon la manière dont elle est conduite ».
Accompagner les agriculteurs
Christian Lamouroux, technico-commercial référent chez Axereal, renchérit : « Le colza est une culture indispensable. Cette année on est à peu près à 30 q de moyenne, et la marge brute permet de sortir un chiffre d'affaires. Nous avons un service agronomique très présent sur le terrain, porteur de solutions. Il y a aujourd'hui, sur ce type de culture, de la fertilisation organique à apporter, sur le rang semé au mono-graine, des techniques qui améliorent la qualité de semis et donc l'implantation. Il est impératif d'installer correctement le colza à l'automne, afin qu'il soit résistant face aux insectes. Nous disposons de réponses techniques et notre rôle est de les transmettre à nos agriculteurs si on veut les encourager sur cette voie ». Enfin, dans l'optique d'appréhender au mieux les assolements pour 2027, il importe d'avoir du recul et de ne pas prendre des décisions en s'appuyant sur les résultats de l'année précédente. « Par exemple, explique Arnaud Johanet, l'orge de printemps est une culture qui s'en sort plutôt bien lorsqu'elle est semée à l'automne. En 2026, c'est pourtant la culture qui connaît les plus mauvaises performances, en termes de rendement. Alors, si on se base sur cette performance, on peut se dire qu'on arrête ou qu'on diminue. On peut aussi regarder les moyennes à 5 ou 10 ans et là, globalement, en marge brute, l'orge de printemps fait partie, avec le colza, des cultures en tête de liste. Sur nos structures, l'orge de printemps coûte, globalement, moins cher à produire que de l'orge d'hiver ou du blé, et lorsqu'on sort un rendement correct (ce qui est le cas sur 10 ans), avec une bonne valorisation, on doit la maintenir sur les assolements, voire la faire progresser, à partir du moment où on la sème à l'automne ».