Accès au contenu
Contribution

De l’efficacité économique des élevages charolais...

Invité à l’assemblée générale de Charolais France, Vincent Doal, ingénieur à la cellule économie de la Chambre régionale d’agriculture, a proposé à la réflexion des participants quelques indicateurs technico-économiques influençant directement la productivité des élevages charolais. Constat et marges de manœuvre.
Par Anne-Marie Klein
Et si [I]«tout»[i], en matière de résultat économique, ne se réduisait pas seulement à un problème de poids et de prix ? C’est la question que l’on peut se poser à la suite de la présentation par Vincent Doal des indicateurs technico-économiques concourant à la compétitivité des élevages charolais. Ingénieur à la cellule économie de la Chambre régionale d’agriculture, Vincent Doal, a collecté les analyses établies à partir des informations recueillies par les réseaux Élevage des Chambres d’agriculture, enrichies par les apports des participants aux stages organisés sur les coûts de production.

[INTER]Un constat en demi-teinte[inter]
Les exploitations ont changé, elles se sont restructurées, on fait des choix d’adaptation en fonction de l’évolution des marchés, des contraintes de production, de l’évolution des cycles de production... Et les chiffres montrent cependant une érosion structurelle du revenu des élevages allaitants et une efficacité économique (EBE/produit brut) en perte de vitesse. Entre 1999 et 2012, les systèmes herbagers ont perdu 6 à 7 points (de 44% à 37,5%), les systèmes diversifiés en cultures 6 pts (de 37 à 31%), seuls les polyculteurs-éleveurs restent stables.
Dans le même temps, la dimension des élevages a augmenté de 50%, alors que la productivité par unité de main d’œuvre a crû de 28%. Ce que l’ingénieur traduit par [I]«deux tiers d’accumulation, un tiers de performance. Depuis trente ans, c’est la voie la plus évidente d’adaptation économique pour les systèmes allaitants»[i]. Mais au vu des résultats, on peut s’interroger sur la pertinence de certains choix. [I]«Jusqu’où peut-on croître en effectifs, en restant efficace, sans unité de main d’œuvre supplémentaire ?» [i] s’interroge Vincent Doal. L’efficacité économique (rapport EBE/produit brut) et donc le niveau de revenu, reste étroitement subordonnée à la maîtrise et au niveau de certaines charges et à une productivité minimum en fonction du type d’animaux produits.

[INTER]Les points de vigilance à surveiller[inter]
Certains points techniques demandent une attention particulière, car ils influencent directement la production. Pour assurer un revenu, une productivité minimum repose sur une production de 300 à 350 kg de poids vif/UGB et de 30 à 40 000 kg produits/Unité de main d’œuvre. Encore faut-il définir clairement le type d’animaux produits : maigres ou finis, de quel poids en fonction des catégories et des âges, pour quels marchés et à quel prix ? (période de vente, cohérence entre le poids et le prix constaté)...
Avant sevrage, le taux de mortalité ne devrait pas dépasser 8% et 1,5% après sevrage. En productivité numérique, mieux vaut viser 90%. Toutefois, Vincent Doal constate que l’augmentation du nombre de vêlages semble aller de pair avec une plus grande difficulté à maîtriser la mortalité.
Autres critères liés à la production à surveiller : le taux de vêlages à problème (< 10%), le pourcentage de femelles improductives
(< 5%), l’intervalle vêlage-vêlage de 375j, le taux de renouvellement (> 22%), les vaches de plus de 8 ans (< 15%).

[INTER]Les pistes d’économie[inter]
La production définie, il s’agit ensuite de bien maîtriser les charges opérationnelles pour obtenir le meilleur ratio en terme de productivité. En ligne de mire, les frais d’élevage. En les optimisant on peut réaliser des économies et donc gagner en productivité. La grande variabilité observée sur les frais vétérinaires (50 à 70 €/UGB) peut s’expliquer par les conditions de vêlage, les stratégies préventives développées, l’ambiance des bâtiments. Des bâtiments qui peuvent aussi générer des frais de fonctionnement plus ou moins importants (achats de paille). Les conditions d’alimentation des animaux et leur courbe de croissance (technique et génétique associée)... sont autant de leviers à maîtriser également. L’approvisionnement des surfaces (engrais, semences et traitements) peut représenter 30 à 80 €/UGB... un raisonnement par rapport au chargement peut s’avérer utile et facteur d’économies.

D’autres pistes d’économie peuvent être trouvées en travaillant sur la qualité des fourrages récoltés, la nature et la composition de la ration, l’utilisation des co-produits, le niveau d’autonomie alimentaire de l’exploitation (> 75%) et une recherche d’autonomie énergétique et protéique.
Ne pas oublier également les charges de mécanisation qui peuvent représenter 45% des charges de structures (niveau d’équipement et dimensionnement du matériel à surveiller). Ainsi, la consommation de carburant peut varier de 50 à 80l/ha...
Tous ces éléments conduisent à une réflexion économique élargie à l’ensemble du système d’exploitation incluant le parcellaire, les conditions de travail, la zone de travail et les influences réglementaires auxquelles elle est soumise. Et les jeunes installés devront aussi être attentifs au niveau de leurs annuités.

[INTER]L’avenir passe par la maîtrise technique et la génétique[inter]
Alors de quoi sera fait le charolais de demain ? D’une part d’innovation et d’une part de retour à certains fondamentaux, répond Vincent Doal, qui intègre la génétique et la bonne maîtrise de la technique de reproduction comme des éléments concourant au maintien ou à l’augmentation du revenu dans les élevages. [I]«L’utilisation de la génétique s’inscrit dans la logique de l’évolution de la dimension des structures»[i] insiste l’ingénieur, et [I]«la maîtrise technique assure des marges de manœuvre, à condition de prendre en compte l’économie globale de l’exploitation»[i].

Si des marges de manœuvre subsistent et peuvent être identifiées pour certaines structures, il n’est pas toujours facile de mettre en œuvre les évolutions nécessaires. L’appui technique extérieur peu alors faire toute la différence et apporter le recul nécessaire à une meilleure adaptation des systèmes au contexte économique. Le conseil, les logiciels, les bilans de production, la génétique, le suivi technico-économique du troupeau... peuvent s’avérer autant de leviers concourant directement à l’amélioration du résultat.