CER France Bourgogne Franche-Comté
Coup de projecteur sur des agriculteurs innovants
Pour la partie informative de sa dernière assemblée générale qui s’est tenue à Arc-les-Gray, en Haute-Saône, CERFrance BFC a voulu faire la démonstration que l’agriculture peut s’inscrire dans une démarche économique innovante et porteuse de valeur ajoutée. Trois témoignages pour illustrer le propos, trois systèmes très différents mais une même recherche d’autonomie et la même volonté de ne plus subir les caprices des marchés. Pour boucler la boucle, Dominique Seux, journaliste économique s’est essayé à décrypter et dissiper nos «idées noires»
L’innovation, elle n’est pas que scientifique ou agronomique, en fait elle est partout, dans l’agriculture aussi. Dominique Seux a d’ailleurs avoué qu’il ne s’attendait pas à cette démonstration des capacités d’innovation des agriculteurs, après avoir écouté les témoignages des chefs d’entreprise agricole invités par CERFrance Bourgogne Franche-Comté, à expliquer leur démarche et leurs choix d’entreprise.
Retours d’expériences pour un même credo partagé : la valeur ajoutée passe par la reconquête de l’autonomie, à tous les niveaux de l’exploitation et la réactivité.
Gaec Courtoy : se déconnecter des prix mondiaux
Cinq associés, vingt salariés, deux sociétés (une SARL de commercialisation et un abattoir) à Luxueil, le Gaec Courtoy, producteur de viande (porc, poulet, bœuf) a fait le choix de la diversification, de la transformation et de la vente directe pour échapper à la tyrannie des prix. En quinze ans, après beaucoup d’efforts, de créativité, de réactivité en mettant toute la capacité d’innovation des membres du Gaec au service de la structure, c’est chose faite. L’activité est totalement déconnectée des prix mondiaux. Tous les apports extérieurs sont maîtrisés pour un maximum d’autonomie et une commercialisation menée tambour battant tous azimuts. Tout ce qui sort du Gaec est commercialisé en direct : sur la ferme, dans les cuisines collectives, des tournées dans les secteurs ruraux sont même organisées. «Le métier évolue» témoigne David Courtois «il a donc fallu enrichir les propositions, investir en conséquence et au final apprendre de nouveaux métiers». La boucle économique est bouclée avec l’installation de deux méthaniseurs et une vraie démarche de communication et d’accueil sur l’exploitation. La transparence est totale sur les prix comme sur les charges et le constat est rassurant : «On y gagne et on y gagne aussi en fierté».
Alain Guyard : garder le contrôle de toute la chaîne de valeur
Alain Guyard, agrobiologiste grandes cultures, installé dans le secteur de Gray, a toujours recherché l’autonomie, dans un esprit filière, qui l’a conduit à s’engager dans la construction d’une filière blé-farine-pain, qui assure «la maîtrise de toute la chaîne de production et de toute la chaîne de valeur». Sept agriculteurs bio bénéficient ainsi d’un contrat de production sur cinq ans, pour produire des blés de qualité, bio et tracés et alimenter le meunier à l’initiative de la filière. Le partenariat s’est étendu à l’élevage, avec la production et la vente de mélanges de céréales à façon, qui permettent d’écouler 1000 tonnes de mélanges à l’année et pour les éleveurs, de faire ainsi des économies de charges de matériel significatives. Les prix de récolte sont déconnectés du marché mondial, les éleveurs comme les céréaliers engagés dans la démarche y gagnent en visibilité à moyen terme. Mais attention prévient Alain Guyard «il faut produire en fonction de la demande et du marché, en quantité comme en qualité». Attention aussi «à ne pas dépasser une taille critique afin de rester maître de son activité de A à Z et d’être totalement autonome». Autre paramètre essentiel : «en agriculture biologique il est indispensable de maîtriser finement tous les paramètres agronomiques et toutes les étapes, c’est cette maîtrise technique qui permet le maintien d’une agriculture de dimension familiale».
Philippe Houdan : «reprendre en main notre métier»
Philippe Houdan, associé d’un Gaec (à 2) grandes cultures de 370 ha dans Châtillonnais (21) a fait «le choix de l’agriculture de conservation pour réduire l’impact de la chimie et l’empreinte carbone». Un choix environnemental qui n’occulte pas les préoccupations économiques et les exigences de la production. Les longues rotations, conduites sur dix ans, permettent de produire douze cultures à l’année, en association pour certaines. Les semences sont exclusivement produites sur la ferme, cette recherche d’une plus grande autonomie, cadre aussi avec les exigences de maîtrise agronomique et d’économie des associés du Gaec. Trois matériels seulement suffisent à l’activité agricole sur les 370 ha. Depuis 2010, le Gaec expérimente des décoctions spécifiques (bouillies et purins de plantes) qui ouvrent de nouveaux horizons agronomiques. La recherche d’efficience est constante, sous-tendue par la volonté de gagner encore en autonomie et de «reprendre en main le métier». Au final «l’agriculture de conservation permet une meilleure maîtrise des charges, une augmentation du revenu, mais attention» prévient Philippe Houdan, «c’est une démarche globale». Globale et efficace car «moins on recourt à la chimie et moins on en a besoin». Le Gaec s’inscrit maintenant dans un projet de production de farine. La recherche d’une encore plus grande autonomie, pour une plus grande maîtrise de la valeur, continue...
Retours d’expériences pour un même credo partagé : la valeur ajoutée passe par la reconquête de l’autonomie, à tous les niveaux de l’exploitation et la réactivité.
Gaec Courtoy : se déconnecter des prix mondiaux
Cinq associés, vingt salariés, deux sociétés (une SARL de commercialisation et un abattoir) à Luxueil, le Gaec Courtoy, producteur de viande (porc, poulet, bœuf) a fait le choix de la diversification, de la transformation et de la vente directe pour échapper à la tyrannie des prix. En quinze ans, après beaucoup d’efforts, de créativité, de réactivité en mettant toute la capacité d’innovation des membres du Gaec au service de la structure, c’est chose faite. L’activité est totalement déconnectée des prix mondiaux. Tous les apports extérieurs sont maîtrisés pour un maximum d’autonomie et une commercialisation menée tambour battant tous azimuts. Tout ce qui sort du Gaec est commercialisé en direct : sur la ferme, dans les cuisines collectives, des tournées dans les secteurs ruraux sont même organisées. «Le métier évolue» témoigne David Courtois «il a donc fallu enrichir les propositions, investir en conséquence et au final apprendre de nouveaux métiers». La boucle économique est bouclée avec l’installation de deux méthaniseurs et une vraie démarche de communication et d’accueil sur l’exploitation. La transparence est totale sur les prix comme sur les charges et le constat est rassurant : «On y gagne et on y gagne aussi en fierté».
Alain Guyard : garder le contrôle de toute la chaîne de valeur
Alain Guyard, agrobiologiste grandes cultures, installé dans le secteur de Gray, a toujours recherché l’autonomie, dans un esprit filière, qui l’a conduit à s’engager dans la construction d’une filière blé-farine-pain, qui assure «la maîtrise de toute la chaîne de production et de toute la chaîne de valeur». Sept agriculteurs bio bénéficient ainsi d’un contrat de production sur cinq ans, pour produire des blés de qualité, bio et tracés et alimenter le meunier à l’initiative de la filière. Le partenariat s’est étendu à l’élevage, avec la production et la vente de mélanges de céréales à façon, qui permettent d’écouler 1000 tonnes de mélanges à l’année et pour les éleveurs, de faire ainsi des économies de charges de matériel significatives. Les prix de récolte sont déconnectés du marché mondial, les éleveurs comme les céréaliers engagés dans la démarche y gagnent en visibilité à moyen terme. Mais attention prévient Alain Guyard «il faut produire en fonction de la demande et du marché, en quantité comme en qualité». Attention aussi «à ne pas dépasser une taille critique afin de rester maître de son activité de A à Z et d’être totalement autonome». Autre paramètre essentiel : «en agriculture biologique il est indispensable de maîtriser finement tous les paramètres agronomiques et toutes les étapes, c’est cette maîtrise technique qui permet le maintien d’une agriculture de dimension familiale».
Philippe Houdan : «reprendre en main notre métier»
Philippe Houdan, associé d’un Gaec (à 2) grandes cultures de 370 ha dans Châtillonnais (21) a fait «le choix de l’agriculture de conservation pour réduire l’impact de la chimie et l’empreinte carbone». Un choix environnemental qui n’occulte pas les préoccupations économiques et les exigences de la production. Les longues rotations, conduites sur dix ans, permettent de produire douze cultures à l’année, en association pour certaines. Les semences sont exclusivement produites sur la ferme, cette recherche d’une plus grande autonomie, cadre aussi avec les exigences de maîtrise agronomique et d’économie des associés du Gaec. Trois matériels seulement suffisent à l’activité agricole sur les 370 ha. Depuis 2010, le Gaec expérimente des décoctions spécifiques (bouillies et purins de plantes) qui ouvrent de nouveaux horizons agronomiques. La recherche d’efficience est constante, sous-tendue par la volonté de gagner encore en autonomie et de «reprendre en main le métier». Au final «l’agriculture de conservation permet une meilleure maîtrise des charges, une augmentation du revenu, mais attention» prévient Philippe Houdan, «c’est une démarche globale». Globale et efficace car «moins on recourt à la chimie et moins on en a besoin». Le Gaec s’inscrit maintenant dans un projet de production de farine. La recherche d’une encore plus grande autonomie, pour une plus grande maîtrise de la valeur, continue...
Dominique Seux, l’économie doit prendre le pas sur le politique
L’économie française va mal, ne décolle pas, même quand le contexte s’améliore, car la France a des idées noires et les Français le moral en berne (les Français sont plus pessimistes que les Afghans!). Dans sa sphère personnelle, le Français avoue ne pas être si malheureux, mais la vision collective reste négative dans son ensemble. Le «mal français» s’affirme année après année comme une réalité. C’est le premier constat dressé par Dominique Seux, invité par CERFrance BFC à dresser un panorama de l’économie française.
Cette dépression collective traduit peut-être notre difficulté à trouver notre place dans un monde dont le centre de gravité économique s’est déplacé. Le camp occidental, l’Europe, perd ses moyens face à des pays émergents qui ont appris rapidement a tirer tout le parti de la mondialisation. 56 pays émergents dans le monde, dont quelques très gros poids lourds, nous ont relégué en deuxième division... Ce nouvel ordre économique mondial, dans lequel nous avons tant de difficulté à nous insérer, change radicalement la donne. Avec un problème majeur que nous ne mesurerons pas vraiment, mais dont nous subissons les conséquences : le pouvoir économique s’exerce maintenant au niveau mondial, tandis que le pouvoir politique reste local. La régulation mondiale n’est donc pas pour demain, même si le projet européen s’inscrit encore dans cette logique de régulation.
Quand tout s’accélère, la France décélère : avec 5,5 millions de personnes inscrites à Pôle emploi et 2% de croissance en 7 ans, nous sommes à la queue du peloton européen, quand les autres pays vont quand même un peu mieux. «La France a moins baissé que les autres pays européens lors de la crise financière, mais elle rebondit beaucoup moins bien». La faute «à la place exagérée de la sphère politique dans notre vie, alors que les débats économiques ne sont pas posés et encore moins réellement ouverts». La faute aussi à «notre esprit rebelle, qui décourage toute tentative de vraies réformes». De réformettes en réformettes, quelles que soient les orientations politiques des gouvernements successifs, le mal français et les Français ne se corrigent pas. Les réformes tant attendues font descendre les Français dans la rue au moindre souffle de changement. Elles restent donc trop limitées, inefficaces et grandes consommatrices cependant d’énergie inutile. Et il faut ajouter à cela des décisions contradictoires, des dépenses publiques non maîtrisées depuis des décennies, un système d’imposition trop complexe et lourd, une administration et des normes sclérosantes, un système éducatif mal adapté au marché du travail... Les mentalités doivent donc évoluer, l’économie française doit changer de cadre et regarder ce qui fonctionne. Certains frémissements pourraient ainsi inverser la tendance : «la conjoncture économique s’est améliorée, le choc pétrolier s’est inversé, la mondialisation marque le pas et le local retrouve une place de choix». Cerise sur le gâteau : «l’émergence des femmes dans le secteur économique représente une chance pour l’entreprenariat».
Enfin ! «la France de l’économie semble se réveiller»...
Cette dépression collective traduit peut-être notre difficulté à trouver notre place dans un monde dont le centre de gravité économique s’est déplacé. Le camp occidental, l’Europe, perd ses moyens face à des pays émergents qui ont appris rapidement a tirer tout le parti de la mondialisation. 56 pays émergents dans le monde, dont quelques très gros poids lourds, nous ont relégué en deuxième division... Ce nouvel ordre économique mondial, dans lequel nous avons tant de difficulté à nous insérer, change radicalement la donne. Avec un problème majeur que nous ne mesurerons pas vraiment, mais dont nous subissons les conséquences : le pouvoir économique s’exerce maintenant au niveau mondial, tandis que le pouvoir politique reste local. La régulation mondiale n’est donc pas pour demain, même si le projet européen s’inscrit encore dans cette logique de régulation.
Quand tout s’accélère, la France décélère : avec 5,5 millions de personnes inscrites à Pôle emploi et 2% de croissance en 7 ans, nous sommes à la queue du peloton européen, quand les autres pays vont quand même un peu mieux. «La France a moins baissé que les autres pays européens lors de la crise financière, mais elle rebondit beaucoup moins bien». La faute «à la place exagérée de la sphère politique dans notre vie, alors que les débats économiques ne sont pas posés et encore moins réellement ouverts». La faute aussi à «notre esprit rebelle, qui décourage toute tentative de vraies réformes». De réformettes en réformettes, quelles que soient les orientations politiques des gouvernements successifs, le mal français et les Français ne se corrigent pas. Les réformes tant attendues font descendre les Français dans la rue au moindre souffle de changement. Elles restent donc trop limitées, inefficaces et grandes consommatrices cependant d’énergie inutile. Et il faut ajouter à cela des décisions contradictoires, des dépenses publiques non maîtrisées depuis des décennies, un système d’imposition trop complexe et lourd, une administration et des normes sclérosantes, un système éducatif mal adapté au marché du travail... Les mentalités doivent donc évoluer, l’économie française doit changer de cadre et regarder ce qui fonctionne. Certains frémissements pourraient ainsi inverser la tendance : «la conjoncture économique s’est améliorée, le choc pétrolier s’est inversé, la mondialisation marque le pas et le local retrouve une place de choix». Cerise sur le gâteau : «l’émergence des femmes dans le secteur économique représente une chance pour l’entreprenariat».
Enfin ! «la France de l’économie semble se réveiller»...