Communication
Comment rendre l’agriculture plus «sexy» pour les médias ?
L’agriculture a été exceptionnellement présente dans les médias cette année. Manifestations et crises font recette, mais la majeure partie du temps le sujet s’avère difficile à vendre, en dehors des crises et de quelques émissions proches de la télé-réalité. Pour se frayer une place dans les grands médias et encore plus à la télévision, les sujets agricoles doivent être exceptionnels et les agriculteurs ont intérêt à avoir «de bonnes gueules» et de «bonnes histoires» à raconter.
De l’exceptionnel et de l’audience, voilà ce que doit susciter une information pour «faire un titre» dans les médias généralistes. C’est vrai pour toutes les infos et c’est encore plus vrai pour l’agriculture. Les médias ne mettent le paquet que si le sujet le justifie.
Radio : faire de l’audience
«La règle chez Europe 1, c’est de faire de l’audience», raconte Pascal Berthelot, ancien journaliste à la station. «En soi, l’agriculture n’a pas valeur de sujet, il faut que l’info soit spectaculaire, quelque chose de fort : le scandale de la viande de cheval, une manifestation violente» Depuis qu’il a quitté la rédaction en 2004, son poste de spécialiste de l’agriculture n’est toujours pas remplacé chez Europe 1.
France Inter, dédie à l’agriculture un journaliste en temps partagé, mais «on ne parle plus beaucoup d’agriculture à l’antenne» confie un responsable de la maison, Philippe Lebebvre, «ou alors quand cela va mal». Pour lui, manquent aussi des chefs de file comme Raymond Lacombe «qui fassent paysans». Le fait que les rédactions comportent beaucoup de citadins joue aussi en défaveur des sujets agricoles.
A la télévision : «de bonnes gueules, de belles histoires» et de «personnages», explique le rédacteur en chef d’une agence qui fournit du contenu pour ces émissions. Dans une autre agence concurrente on confirme «ça m’intéressera beaucoup plus d’avoir un agriculteur du Doubs qui a une bonne gueule et du franc-parler, et qui me parlera concrètement de l’absurdité des normes européennes, que quelqu’un de la FNSEA qui m’en parlera depuis son bureau parisien». A force de traits un peu forcés, le message de la télé risque d’augmenter les clivages et ainsi de dénaturer les informations, car la télé a tendance à trop simplifier les discours et les situations. Seule parade, trouver «des personnes qui ont un discours fin, intelligent».
Les sujets agricoles, parents pauvres des grands reportages
En dix ans, le regard des magazines télé sur l’agriculture a pourtant changé. Les agriculteurs portent désormais «des valeurs positives d’engagement, de durabilité» au contraire de l’image passéiste et figée qui les pénalisaient il y a encore peu. Ce regain d’image profite cependant plus aux «petits producteurs bio qu’aux autres agriculteurs», trop souvent associés à une agriculture «productiviste qui produit en masse pour l’agro-industrie». Pour ces agences, globalement, «l’agriculture reste un sujet que l’on a du mal à vendre aux chaînes».
L’autre angle majeur des magazines TV pour aborder l’agriculture, c’est l’alimentation, vu par le consommateur, appelé à scruter son assiette et ce que révèle son contenu. Le risque, c’est que le point de vue du consommateur prenne souvent le sujet par le petit bout de la lorgnette, d’autant que les budget alloués à ces sujets sont maigres. Les équipes ont alors moins de temps pour enquêter, moins de temps pour aller au fond des problématiques... Moins bien payés les journalistes sont aussi plus jeunes, moins expérimentés et ceux qui s’emparent de ce domaines à ces conditions viennent ont aussi souvent une fibre environnementale plus développée que les autres.
Journaux TV : les enjeux sociétaux privilégiés
A la rédaction de France 2 : dans les journaux télévisés «l’agriculture est le plus souvent traitée sous son aspect santé et alimentation». Historiquement, l’agriculture dépendait de la rubrique «Economie», mais depuis la crise de la vache folle, elle a intégré la rubrique «Société», ce qui reste «une approche un peu réductrice» concède-t-on à la rédaction. Les reportages diffusés dans les JT concernent donc prioritairement des actus «chaudes» (manifestations, crises sanitaires...). D’autres sujets peuvent aussi émaner des rédactions régionales et le traitement variera aussi en fonction de l’édition qui diffusera le reportage. Au 20h les sujets auront une chance d’être plus poussés, plus complets.
France 2 indique aussi que les caméras ne sont pas toujours les bienvenues dans certains endroits «comme les grands élevages porcins ou de volailles» qui «refusent systématiquement nos caméras».
Presse écrite : un traitement «de crise»
«S’il y a une actu à Air France ou au Club Med, ça primera toujours sur l’agriculture», explique Nicolas Nicot, du Journal du Dimanche, en charge de l’agriculture. Dans les rédactions nationales, il faut souvent se battre pour faire passer un article en dehors des crises, du spectaculaire ou des grands sujets de consommation. L’agriculture n’est traitée que sous cet angle la plupart du temps. Outre les sujets agricoles spectaculaires, l’agriculture ne trouve sa place dans les colonnes qu’en passant par le prisme du citadin et du consommateur. La situation évolue cependant avec le traitement «Web».
Le «Monde», par exemple, a ouvert une rubrique «Agriculture et alimentation» sur son site. Au JDD l’agriculture retrouve aussi sa place sous l’angle économique, chaque semaine et au «Figaro», la rubrique agricole perdure.
PQR : l’agriculture incontournable
Dans la majorité des rédactions de la presse quotidienne régionale les sujets agricoles sont considérés comme incontournables, du fait de leur forte imbrication avec l’économie locale notamment. Aucun sujet n’est privilégié plutôt qu’un autre, mais l’environnement et l’économie sont des axes prioritaires. Pour tous les médias régionaux le Salon international de l’agriculture à Paris fait l’objet d’un traitement particulier (suppléments, portraits d’agriculteurs, économie agricole, etc.)
Agences de presse : une version grand public et une version économique
Si l’AFP aborde l’agriculture avec un regard grand public sur ce secteur professionnel, l’agence Reuters à une entrée plutôt «marchés » et « consommateurs». A l’AFP, les principales sources pour écrire sur l’agriculture «sont les agriculteurs eux-mêmes et non les consommateurs». Il s’agit ensuite de vulgariser des problèmes qui peuvent être très techniques pour les mettre à la portée d’un large public. Ces sujets rencontrant de plus en plus d’échos, l’AFP a élargi la couverture de ces thèmes en passant de un à trois journalistes à plein temps pour traiter ces thèmes dans l’optique d’une couverture internationale.
Chez Reuters, le fil conducteur de l’info, c’est le marché, avec une entrée «plutôt consommateurs», mais l’agence «s’intéresse aussi beaucoup aux producteurs». Les sujets sont quand même le plus souvent abordés sous l’angle international et les équipes restent limitées pour «travailler plus en profondeur l’aspect microéconomique». L’agence remarque que les sujets sur l’agriculture et l’alimentation «rencontrent de plus en plus d’échos».
Radio : faire de l’audience
«La règle chez Europe 1, c’est de faire de l’audience», raconte Pascal Berthelot, ancien journaliste à la station. «En soi, l’agriculture n’a pas valeur de sujet, il faut que l’info soit spectaculaire, quelque chose de fort : le scandale de la viande de cheval, une manifestation violente» Depuis qu’il a quitté la rédaction en 2004, son poste de spécialiste de l’agriculture n’est toujours pas remplacé chez Europe 1.
France Inter, dédie à l’agriculture un journaliste en temps partagé, mais «on ne parle plus beaucoup d’agriculture à l’antenne» confie un responsable de la maison, Philippe Lebebvre, «ou alors quand cela va mal». Pour lui, manquent aussi des chefs de file comme Raymond Lacombe «qui fassent paysans». Le fait que les rédactions comportent beaucoup de citadins joue aussi en défaveur des sujets agricoles.
A la télévision : «de bonnes gueules, de belles histoires» et de «personnages», explique le rédacteur en chef d’une agence qui fournit du contenu pour ces émissions. Dans une autre agence concurrente on confirme «ça m’intéressera beaucoup plus d’avoir un agriculteur du Doubs qui a une bonne gueule et du franc-parler, et qui me parlera concrètement de l’absurdité des normes européennes, que quelqu’un de la FNSEA qui m’en parlera depuis son bureau parisien». A force de traits un peu forcés, le message de la télé risque d’augmenter les clivages et ainsi de dénaturer les informations, car la télé a tendance à trop simplifier les discours et les situations. Seule parade, trouver «des personnes qui ont un discours fin, intelligent».
Les sujets agricoles, parents pauvres des grands reportages
En dix ans, le regard des magazines télé sur l’agriculture a pourtant changé. Les agriculteurs portent désormais «des valeurs positives d’engagement, de durabilité» au contraire de l’image passéiste et figée qui les pénalisaient il y a encore peu. Ce regain d’image profite cependant plus aux «petits producteurs bio qu’aux autres agriculteurs», trop souvent associés à une agriculture «productiviste qui produit en masse pour l’agro-industrie». Pour ces agences, globalement, «l’agriculture reste un sujet que l’on a du mal à vendre aux chaînes».
L’autre angle majeur des magazines TV pour aborder l’agriculture, c’est l’alimentation, vu par le consommateur, appelé à scruter son assiette et ce que révèle son contenu. Le risque, c’est que le point de vue du consommateur prenne souvent le sujet par le petit bout de la lorgnette, d’autant que les budget alloués à ces sujets sont maigres. Les équipes ont alors moins de temps pour enquêter, moins de temps pour aller au fond des problématiques... Moins bien payés les journalistes sont aussi plus jeunes, moins expérimentés et ceux qui s’emparent de ce domaines à ces conditions viennent ont aussi souvent une fibre environnementale plus développée que les autres.
Journaux TV : les enjeux sociétaux privilégiés
A la rédaction de France 2 : dans les journaux télévisés «l’agriculture est le plus souvent traitée sous son aspect santé et alimentation». Historiquement, l’agriculture dépendait de la rubrique «Economie», mais depuis la crise de la vache folle, elle a intégré la rubrique «Société», ce qui reste «une approche un peu réductrice» concède-t-on à la rédaction. Les reportages diffusés dans les JT concernent donc prioritairement des actus «chaudes» (manifestations, crises sanitaires...). D’autres sujets peuvent aussi émaner des rédactions régionales et le traitement variera aussi en fonction de l’édition qui diffusera le reportage. Au 20h les sujets auront une chance d’être plus poussés, plus complets.
France 2 indique aussi que les caméras ne sont pas toujours les bienvenues dans certains endroits «comme les grands élevages porcins ou de volailles» qui «refusent systématiquement nos caméras».
Presse écrite : un traitement «de crise»
«S’il y a une actu à Air France ou au Club Med, ça primera toujours sur l’agriculture», explique Nicolas Nicot, du Journal du Dimanche, en charge de l’agriculture. Dans les rédactions nationales, il faut souvent se battre pour faire passer un article en dehors des crises, du spectaculaire ou des grands sujets de consommation. L’agriculture n’est traitée que sous cet angle la plupart du temps. Outre les sujets agricoles spectaculaires, l’agriculture ne trouve sa place dans les colonnes qu’en passant par le prisme du citadin et du consommateur. La situation évolue cependant avec le traitement «Web».
Le «Monde», par exemple, a ouvert une rubrique «Agriculture et alimentation» sur son site. Au JDD l’agriculture retrouve aussi sa place sous l’angle économique, chaque semaine et au «Figaro», la rubrique agricole perdure.
PQR : l’agriculture incontournable
Dans la majorité des rédactions de la presse quotidienne régionale les sujets agricoles sont considérés comme incontournables, du fait de leur forte imbrication avec l’économie locale notamment. Aucun sujet n’est privilégié plutôt qu’un autre, mais l’environnement et l’économie sont des axes prioritaires. Pour tous les médias régionaux le Salon international de l’agriculture à Paris fait l’objet d’un traitement particulier (suppléments, portraits d’agriculteurs, économie agricole, etc.)
Agences de presse : une version grand public et une version économique
Si l’AFP aborde l’agriculture avec un regard grand public sur ce secteur professionnel, l’agence Reuters à une entrée plutôt «marchés » et « consommateurs». A l’AFP, les principales sources pour écrire sur l’agriculture «sont les agriculteurs eux-mêmes et non les consommateurs». Il s’agit ensuite de vulgariser des problèmes qui peuvent être très techniques pour les mettre à la portée d’un large public. Ces sujets rencontrant de plus en plus d’échos, l’AFP a élargi la couverture de ces thèmes en passant de un à trois journalistes à plein temps pour traiter ces thèmes dans l’optique d’une couverture internationale.
Chez Reuters, le fil conducteur de l’info, c’est le marché, avec une entrée «plutôt consommateurs», mais l’agence «s’intéresse aussi beaucoup aux producteurs». Les sujets sont quand même le plus souvent abordés sous l’angle international et les équipes restent limitées pour «travailler plus en profondeur l’aspect microéconomique». L’agence remarque que les sujets sur l’agriculture et l’alimentation «rencontrent de plus en plus d’échos».