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Syndicalisme

C'est loin mais c'est beau

L'assemblée de la FDSEA de Côte-d'Or s'est tenue vendredi à Châtillon-sur-Seine, dans le très beau théâtre Gaston-Bernard. Les interventions du jour n'avaient pourtant rien de « théâtral » avec l'annonce d'une grande victoire syndicale et un discours très terre-à-terre de l'agriculteur et sénateur Laurent Duplomb.

Par AG
C'est loin mais c'est beau
La table ronde, animée par Berty Robert de Terres de Bourgogne, réunissait Anne-Catherine Loisier, Romain Blanchard et Laurent Duplomb.

Il aurait espéré un peu plus de monde dans les gradins, mais c'est comme ça. « Nous avons fait le choix d'être excentrés cette année. Nous réunir à Sombernon, au centre du département, aurait évité à certains de faire 1h30-2h de route. Mais une assemblée FDSEA à Châtillon, cela n'était jamais arrivé, c'était bien pour les locaux et c'était une première parfaitement assumée », confie le président Antoine Carré. Ce dernier n'a pas eu trop de mal à capter l'attention des participants, en annonçant d'emblée une grande victoire syndicale : « C'est officiel, notre travail sur les indemnisations pour abattages diagnostiques dans le dossier de la tuberculose a enfin payé ! Le ministre vient de l'annoncer : chaque vache sera désormais indemnisée 3350 euros, contre 2500 actuellement. Et comme nous l'exigions, une rétroactivité depuis le début de la prophylaxie va être opérée ». S'il se félicite grandement de cette avancée, Antoine Carré a rapidement une pensée pour les élevages directement foyers : « la revalorisation des abattages diagnostiques concerne tous les voisins de foyers. Les foyers, eux, sont dans une situation extrêmement compliquée sur le plan technique, depuis un changement de protocole décidé par l’administration. Les contraintes sont beaucoup plus nombreuses, il y a davantage de tests, de réactions et de bovins abattus pour rien. C'est une hécatombe et nous le déplorons très fermement ! Je ne cesse de recevoir des messages, des appels, les gars ne vont pas tenir bien longtemps comme ça ».

Place à la table ronde

Les responsables syndicaux avaient décidé d'inviter des « professionnels » de la politique à leur assemblée. En plus d'Anne-Catherine Loisier, sénatrice de la Côte-d'Or, Laurent Duplomb avait fait le déplacement. Romain Blanchard, secrétaire général de la FNSEA, était lui aussi de la partie. « Plutôt que de nous attarder sur le triste constat que les céréales ne valent rien et que le gazole coûte très cher, chose que tout le monde déplore en ce moment, nous voulions proposer un rendez-vous constructif, avec des intervenants capables de nous donner des perspectives, de nous aider dans nos futurs travaux syndicaux », retrace Antoine Carré. À l'évidence, le temps des shérifs est révolu et « pondre » une loi est devenu très long, compliqué, avec de nombreux chemins semés d'embûches. Les discours des deux sénateurs l'ont bien démontré. Vous trouverez trois réactions d'agriculteurs dans cet article. Antoine Carré, pour sa part, retenait une chose positive et une autre négative de ces différents échanges : « le négatif, c'est notre constat est partagé par ces professionnels de la politique : la France est devenue beaucoup trop complexe... Il y a un joyeux bordel à l'assemblée et les sénateurs, qui sont plutôt de notre côté, n'arrivent pas toujours à leurs fins dans un tel système. Le positif, c'est que ces personnes ont besoin de nous. Certains agriculteurs peuvent avoir l'impression qu'une action syndicale ne sert à rien, mais quand tout le pays se met à bouger, cela peut mettre une certaine pression à l'assemblée. Quand tout le monde exprime sa colère, les moeurs peuvent changer et l'assemblée comprend enfin que nous sommes en crise. Nous devons accentuer nos relations avec les trois parlementaires qui nous suivent : Anne-Catherine Loisier, René Lioret et Hubert Brigand. Ils ont besoin de notre bon sens, de nos visions du terrain pour contrer les arguments de l’opposition. En tout cas, j'ai beaucoup apprécié le discours de Laurent Duplomb, nous buvions ses paroles! Cela nous change des grands discours de politiques. Il est bien dommage qu'il n'y ait pas davantage d'agriculteurs dans les rangs de l'assemblée nationale ».

 

« Enfin du courage »

« Enfin du courage »
Clément Babouillard.

Clément Babouillard, exploitant à Ampilly-les-Bordes, a pris beaucoup de plaisir à suivre cette table ronde : « Des hommes politiques ont enfin du courage, j'y vois un énorme message positif ! Laurent Duplomb porte des sujets qui ne font pas l'unanimité sociétale mais qui sont essentiels à la vie économique de notre agriculture et de notre pays. Enfin du pragmatisme et du bon sens : cela est nécessaire pour relancer la production française. Certains devraient s'en inspirer, y compris dans notre propre département... Chez nous, les seuls parlementaires qui nous soutiennent étaient là : Anne-Catherine Loisier qui participait à la table ronde, René Lioret qui est présent à chacune de nos actions et qui nous défend à l'assemblée nationale, ainsi qu'Hubert Brigand, même si ce dernier avait mis beaucoup de temps, selon moi, à nous soutenir dans les dossiers du Mercosur et de la méthanisation de Cérilly ». Les échanges du jour serviront « à coup sûr » pour le syndicalisme : « à l'avenir, pour être encore plus efficaces, nous devrons sans doute nous rapprocher davantage des politiques qui nous soutiennent, et travailler encore plus avec eux. Ils sont tellement peu nombreux qu'il faudra tâcher de ne pas les épuiser !».

 

« Des gens comme ça, il en faudrait beaucoup plus »

« Des gens comme ça, il en faudrait beaucoup plus »
Christophe Verdot.

Christophe Verdot n'a pas pu suivre l’intégralité de la table ronde mais cet agriculteur de Villaines-en-Duesmois tient à saluer le travail de Laurent Duplomb : « J'ai dû partir en cours de route car j'avais une livraison de poussins ! Je serais bien resté un peu plus longtemps car ce que j'ai entendu était passionnant avec, en plus, la participation d'Anne-Catherine Loisier qui est totalement de notre côté elle-aussi. Ce genre de sénateurs, il en faudrait davantage en France... Nous n'en serions pas au point où nous sommes aujourd'hui, avec des productions déficitaires et des importations toujours plus nombreuses. Si tous les articles de sa première loi ne sont pas passés, nous devons tout de même pas mal d'avancées à Laurent Duplomb, je pense notamment au conseil stratégique phytosanitaire et aux seuils de production revus à la hausse en porcins et en volailles. C'est une chance d'avoir des gens qui nous défendent au niveau national, c'est tellement rare ! Notre souveraineté alimentaire, nous ne l’obtiendrons qu'avec des gens comme lui, qui osent qui ouvrir leur bouche, dire ce qu'ils pensent avec comme unique objectif d'aider notre pays à avancer ou plutôt, d'arrêter de reculer ! ».

« Le parcours du combattant »

« Le parcours du combattant »
Jean-Luc Gerbron.

Jean-Luc Gerbron, éleveur à Crépand, se doutait que « passer une loi » était compliqué, mais sans doute pas autant : « Il y a plein d'étapes, c'est incroyable. C'est un véritable parcours du combattant et en plus, plein de personnes sont là pour mettre des bâtons dans les roues. Malgré du bon-sens, il est très difficile d'avancer. Si notre pays stagne voire régresse, c'est bien à cause de ce mille-feuille administratif et de ces anti-tout. Les associations complexifient la donne, ce n'était pas le cas avant car elles n'existaient pas. Des associations, il y en a en pagaille, elles coûtent une blinde et nous empêchent d'avancer. Nous le voyons bien au quotidien : dans mon propre cas, un collectif basé en Alsace s'oppose au fait que je souhaite piéger des corbeaux dans mes cultures de printemps, en Côte-d'Or ! Heureusement, il y a encore des personnes qui se bougent, qui y croient et qui persistent, comme Laurent Duplomb. Dans le contexte actuel, la simplicité serait pourtant de baisser les bras et d'abandonner. Pas lui. Il repart de l'avant avec une seconde loi. Son intervention nous a fait du bien, c'est une motivation supplémentaire à continuer notre travail syndical »