Moutarde : finalement pas si mal…
Le rendement des graines de moutarde, pour cette campagne 2026, s'élève à 14 q/ha. Nous avons échangé sur le sujet avec Jérôme Gervais, conseiller à la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or.
« Alors, combien ? » : cette question, nous la posons tous les ans à la même période à Jérôme Gervais, que nous croisons régulièrement à la Maison de l'agriculture de Bretenière. Le technicien nous répond « 14 q/ha ». Un score qui semble lui convenir, car la commande des industriels à hauteur de 11 000 tonnes sera honorée. « Il se peut même qu'elle soit légèrement dépassée. L'objectif est atteint, c'est bien », se félicite notre interlocuteur. Comme celui-ci l'avait déjà indiqué dans nos colonnes il y a quelques semaines, les résultats du conventionnel sont très hétérogènes et vont de 6 à 26 q/ha selon les parcelles : « cette fourchette, déjà très large, n'a pas évolué depuis. Les plateaux terminent à une moyenne de 12 q/ha, ce résultat est assez correct compte tenu des potentiels des terres et des aléas climatiques. La plaine se situe entre 15,5 et 16 q/ha : nous aurions pu espérer un peu mieux, certains secteurs ont un peu déçu. La moyenne finale, 14 q/ha, nous allons nous en contenter, d'autant que la fin de cycle a été très compliquée. Début avril, j'étais prêt à pronostiquer 17 ou 18 q/ha, mais la météo très sèche que nous avons eue par la suite en a décidé autrement ». Les 17 départements où a été cultivée de la moutarde ont tous connu les mêmes impacts de la météo : « nous sommes tous au diapason… À titre d'exemple, la Seine-et-Marne, qui avait fait 20 q/ha l'an passé, termine à 14,5 q/ha. En réfléchissant, il y a peut-être un département qui s'en sort un peu mieux que les autres, il s'agit de la Saône-et-Loire, avec 16 q/ha. Ce département réunit une vingtaine de producteurs ».
Difficile en bio
Le bilan de Jérôme Gervais se ternit quelque peu à l'heure d'aborder les résultats en agriculture biologique : « aujourd'hui, 23 juillet, seulement 30 % des parcelles sont récoltées mais nous avons déjà la tendance… Les rendements vont de 2 à 6 q/ha alors que nous visons davantage les 5 à 8 q/ha. Oui, c'est une déception. Mais somme toute logique car les cultures AB sont plus tardives et ont pris des coups de chaud en pleine tête plus longtemps que les autres. Il y avait eu aussi du froid la nuit, pendant la floraison, cela n'a rien arrangé. Il est peut-être trop tôt pour en parler mais je crains que la commande des industriels ne soit honorée qu'à 40 voire 30 % ». Le conseiller informe que la moitié des cultures bio n'ont été semées qu'autour du 14 juillet : « il s'agit de dérobées. Oui, elles représentent environ la moitié des graines chaque année. D'ordinaire, les agriculteurs sèment début juin mais ils ne l'ont pas fait à cause de la sécheresse. Les pluies autour du 14 juillet seront-elles suffisantes pour une bonne levée ? Bonne question, mais souvenez-vous : en 2022, ces mêmes moutardes en dérobées avaient été semées le 13 juillet et les rendements n'avaient jamais été aussi bons quelques mois plus tard. Ils étaient de l'ordre de 7 à 8 q/ha ».
Ça repart
Jérôme Gervais ajoute un mot sur la prochaine campagne : « tout est pratiquement calé. En conventionnel, la commande des industriels est identique, nous repartons sur 9 500 ha. Le nombre de producteurs est pratiquement le même, autour de 560 sur l'ensemble des 17 départements. Il y a forcément une poignée de petits nouveaux et de producteurs qui arrêtent mais pour ces derniers, aucun ne le fait par déception. Rappelons-le ici : la moutarde est très souvent la culture qui dégage le plus de marge sur les exploitations ». En bio, en revanche, la commande des industriels est divisée par quatre, comme nous l'avions évoqué dans Terres de Bourgogne : « nous avons moins de producteurs et moins de surfaces par producteurs, nous ne pouvons pas faire autrement. La faible récolte que nous avons cette année en bio ne va, à mon avis, rien changer sur les commandes car il y a un problème de débouchés ».