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Ovins

Plus d'un million de moutons tondus

Nous avons échangé avec Patrick Buisson, ancien agriculteur et tondeur professionnel en Côte-d'Or. Sa double activité l'a conduit à manipuler un nombre incroyable d'animaux.


 

Par AG
Plus d'un million de moutons tondus
Patrick Buisson avait des journées très chargées entre la tonte et sa propre ferme, gérée avec son frère Jean-Philippe.

Dites « Magnien » à un éleveur ovin, il vous répondra à coup sûr « Patrick Buisson » ! Nous avons fait l'expérience à maintes reprises, l'auteur de ces lignes habitant lui-même ce village près d'Arnay-le-Duc. Patrick Buisson est très connu chez les moutonniers après avoir sillonné les fermes côte-d'oriennes pendant près de 40 ans. Nous l'avons croisé il y a quelques jours et profité de l'occasion pour retracer son parcours professionnel. À notre plus grande surprise, son activité de tonte n'est pas totalement terminée, malgré ses 68 printemps : « Effectivement, je suis en retraite depuis 2021 mais je tonds encore un peu ! Le rythme a toutefois bien changé depuis trois ans, il n'a plus rien à voir avec celui du passé. Je me limite désormais à de petites troupes, d'une dizaine de têtes maximum et dans un secteur très proche de chez moi ».

Tout de suite le virus

Fils d'agriculteur, Patrick Buisson a très vite été attiré par la tonte : « mon père avait 150 brebis et le professionnel qui venait chez nous, Monsieur Danon du Creusot, m'avait quelque part inspiré. Ça ne s'explique pas ! J'ai commencé à tondre seul, nos propres moutons, à mon retour de l'armée, c'était en avril 1978. Mon père venait de m'installer avec deux vaches et un bout de pré : oui, il était facile de se lancer exploitant, dans le temps ! ». L'éleveur monte progressivement en puissance et se fait la main : « ma première tonte, je m'en souviens encore, m'avait pris un après-midi entier pour seulement huit agneaux… Forcément, quand on débute, on met beaucoup de temps ! J'ai par la suite entrepris la tonte de nos 150 brebis en me levant dès 5 heures du matin, j'en passais cinq ou six à l'heure. Assez rapidement, les voisins m'ont demandé de m'occuper de leurs ovins. Je n'ai pas dit non, l'activité s'est lancée un peu comme ça ». Déjà double-actif à l'époque, avec de « petits boulots » dans des entreprises agricoles locales, Patrick Buisson ne cache pas sa préférence pour la tonte et tend à la privilégier : « à un moment donné, en plus de la passion, le facteur économique est forcément entré en compte dans mes choix. Je réalisais des transports de marchandises pour 150 francs par jour. Un mouton tondu me rapportait 5 francs et j'arrivais à en faire 80 quotidiennement : il n'y avait pas photo et cela m'a d'autant plus motivé à continuer ».

Un pas en avant

Patrick Buisson devient tondeur professionnel en 1982 : « j'ai suivi deux formations près de La Rochelle puis à Salon-de-Provence. Ces sessions m'ont permis d'acquérir les bonnes techniques et les bons gestes que je n'avais pas forcément jusqu'alors. En effet, je m'étais formé un peu tout seul, avec un certain nombre de défauts… Au début, je me massacrais le dos, mais l'apprentissage des postures adéquates m'a permis d'aller beaucoup mieux. Faire de la musculation a aussi réglé tous mes problèmes, je me sentais très bien, même après une journée entière de tonte. Dans la foulée de ma première formation, je me suis équipé en conséquence, avec du bon matériel, cela a été un autre point fort. J'ai continué à progresser techniquement ». La clientèle du tondeur s'est étoffée : « j'ai été aidé par Monsieur Bonard, de Saulieu, qui venait de perdre un salarié et qui m'envoyait ses clients quand il ne pouvait plus suivre la cadence. J'ai tondu 5 000 moutons ma première année avant d'atteindre la barre des 30 000 au début des années quatre-vingt-dix, niveau que j'ai maintenu jusqu'en 2017 ». Cette année-là, un salarié est parti de l'exploitation familiale : « mon frère avait davantage besoin de moi, alors j'ai commencé à lever le pied sur la tonte. J'ai arrêté le Châtillonnais, le secteur le plus éloigné de Magnien. Malgré ça, j'ai tondu encore un peu plus de 20 000 moutons par an jusqu'en 2023 ».

Aucun regret

Si c'était à refaire, Patrick Buisson « referait exactement la même chose » : « à un détail près toutefois, je me formerais beaucoup plus rapidement ! Le seul pépin physique que j'ai eu, lié à mon activité, est un problème au genou, j'ai une prothèse depuis quelques mois. Cela ne m’empêche pas de travailler en donnant des coups de main réguliers à mon frère sur la ferme et en continuant de tondre une centaine de moutons par an. J'ai adoré le contact avec les gens, j'ai toujours été très bien reçu dans les fermes. Nous parlions d'agriculture, c'était passionnant ». Patrick Buisson partage sa passion pour la tonte de moutons à la moindre occasion. Plusieurs fêtes agricoles ont été organisées dans son village avec notamment le record national établi au début des années 2 000 par Philippe Boyaux, originaire de Mornay, à la limite de la Haute-Saône : « Philippe avait tondu 594 moutons en l'espace de neuf heures. L'épreuve avait duré au total 12 heures, en comptant les pauses disponibles », retrace Patrick Buisson, qui vient de vendre son matériel à Mathias Brocard, fils d'agriculteur à Chaudenay-le-Château.