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Sécheresse

Sécheresse : des airs de 76

Michel Baudot, éleveur près de Semur-en-Auxois, compare l'année en cours à celle d'il y a un demi-siècle.

Par AG
Sécheresse : des airs de 76
Le sélectionneur charolais regrette « qu'aucune mesure politique ou agricole ne soit à la hauteur de la situation ».

Nous écrivons ces lignes une semaine avant la sortie de ce journal. Si la pluie est revenue d'ici-là et si les inquiétudes relayées dans cet article se sont estompées, ce ne sera que tant mieux ! Au lendemain du 14 juillet, la situation était toujours très préoccupante en Côte-d'Or, et même ailleurs. À tel point que Michel Baudot, éleveur à Pont-et-Massène, n'hésitait pas à comparer 2026 à 1976 : « Il y a beaucoup de points communs… Dans les deux cas, le printemps a été froid et sec, avec très peu de fourrages récoltés par la suite. Le chaud est aussitôt arrivé, avec des prairies dans un état très vite préoccupant ! Je ne sais plus si, à l'époque, nous avions atteint les 40 °C, mais la sécheresse était rude et avait duré très longtemps. L'année 2003, elle, avait été très difficile également, mais nous avions récolté un certain volume de fourrages en amont… Là, les quantités disponibles sont moindres et l'affouragement a commencé très tôt ». Michel Baudot partage plusieurs souvenirs de 1976 : « je n’avais que 15 ans, mais je m'en souviens comme si c'était hier. Nous avions tondu les arbres pour que les vaches mangent des feuilles vertes, le maïs avait été entièrement fauché à la faux et distribué chaque jour manuellement. Des taureaux de 18 mois destinés à la reproduction avaient été bradés et réorientés vers l’engraissement en Grèce, ils étaient pesés et embarqués à la gare des Laumes. Tous les jours, des dizaines de tracteurs de l'Auxois-Morvan allaient chercher de la paille dans l'Yonne. L'armée était même monopolisée. La situation était critique. Un autre fait marquant mérite d'être mentionné : il y avait une très belle solidarité entre agriculteurs. En 1976, il n’aurait pas été possible de voir des milliers d’hectares alimenter des méthaniseurs si les hangars et silos des éleveurs se vidaient. Heureusement que les frigos des Français ne craignent pas le vide cette année grâce à l’Ukraine et au Mercosur ! ».

Des précipitations salvatrices

La pluie, fort heureusement, était revenue en abondance en septembre : « les prairies devaient être re-semées, nous disaient des ingénieurs… Finalement, l'herbe était très bien repartie, sans la moindre intervention de notre part. J’espère que les précipitations reviendront le plus vite possible cette année, et bien avant septembre… Des orages sont annoncés ? Nous verrons bien. Rien n'est perdu, même si 2026 est très mal embarquée. C'est vraiment dommage, car l'élevage restait sur une campagne 2025 plus que correcte au niveau des récoltes et des prix de vente, si l'on fait bien sûr abstraction des crises sanitaires FCO et DNC localisées… ». Le Gaec Baudot élevage avait décidé de mettre davantage de vaches à la reproduction, pensant vendre des bêtes pleines à l'automne : « c'est un pari que nous avons pris, il est loin d'être gagné pour le moment. Les animaux souffrent comme tout le monde et l'alimentation se fait rare. Et des vaches vendues depuis quatre semaines sont toujours chez nous, le marché ne tire pas vers le haut ». Le maïs n'est pas en mesure de rassurer Michel Baudot : « les plus beaux sujets que nous avons ne font qu'un mètre de haut, nous n'avons jamais vu ça mon frère et moi… Il n'y aura pas de grains cette année. Nous comptions pourtant sur une récolte digne de ce nom pour engraisser nos femelles, mais c'est perdu d'avance ». L'éleveur ne cache pas son mécontentement devant « l'absence de la moindre mesure politique ou agricole à la hauteur de la situation » : « il est très étonnant qu'aucun arrêté n'ait été pris pour interdire le broyage de la paille, alors que la souveraineté alimentaire est un objectif national, si j'ai bien compris… Concernant nos bovins, il est regrettable qu'aucun nouveau marché n'ait été trouvé à l'export comme ce fut le cas en 2012 ou 2013 avec la Turquie. Je le redis : nous ne pouvons pas engraisser nos animaux ! En faire partir un maximum en maigre, je ne sais pas où, au Maghreb ou au Moyen-Orient, dans des bateaux, permettrait de désengorger le marché et de maintenir les cours des bovins. Ce qui n'est pas le cas en ce moment ».

On croise les doigts

En attendant un quotidien meilleur, le Gaec Baudot Élevage s'adapte comme il le peut : « la priorité est bien entendu donnée à la santé de nos vaches. Nous avons commandé de la paille, sans savoir si le volume choisi nous permettra d'aller jusqu'au bout… La durée de cette sécheresse le décidera. Peut-être ne sommes-nous qu'à mi-parcours de cet épisode caniculaire, peut-être qu'une partie des problèmes sera réglée dans quelques jours, nous ne savons pas… Pour la toute première fois, nous avons réservé de la sciure de bois que nous utiliserons en litière en fin d'année. En ce qui concerne l'eau, nous avons investi dans de nouveaux équipements et de nouveaux puits depuis 2003. Cela portait ses fruits jusqu'à présent mais la situation devient très fragile, avec des points d'eau qui marquent de plus en plus le pas. Il y a deux ou trois ans, nous avions déjà anticipé ce type de sécheresse en réduisant notre surface en céréales, pour faire davantage d'herbe et de ray-grass. Nous allons sans doute continuer dans ce sens, avec la volonté de récolter le plus tôt possible dans l'année ». Michel Baudot partage un dernier mot sur cette sécheresse : « elle est d'ampleur nationale voire européenne, ce qui rajoute de la difficulté à la gérer. Je ne sais pas si 2026 est un accident climatique ou le signal d’un changement auquel il faudra faire face régulièrement… Si tel est le cas, cela deviendra compliqué d’élever du bétail. Il faudra changer beaucoup de choses ou arrêter de gré ou de force ! ».