Besnoitiose : une maladie émergente en forte progression
Le GDS de la Nièvre alerte sur un risque de développement de la besnoitiose sur les élevages bovins.
La Besnoitiose bovine (appelée aussi « anasarque »), due au parasite Besnoitia besnoiti (groupe des coccidies), est une maladie vectorielle qui continue à progresser en France (gradient Sud-Nord) mais également en Europe. Il s’agit d’une maladie saisonnière sévissant de la fin du printemps à l’automne, avec une activité maximale de juillet à septembre. Des formes hivernales ont également été décrites. En France, c’est une maladie non règlementée qui ne fait donc pas l’objet d’un dépistage généralisé. Les situations sanitaires sont très variables selon les départements, nombre d’entre eux ne recensant que quelques cheptels infectés (hormis les zones « historiques » d’endémie et d’émergence extensive récente). Dans la Nièvre, plusieurs foyers ont été recensés à ce jour.
De l'infection à la maladie : trois phases
Le diagnostic clinique reste fondamental pour la détection du premier cas de la maladie car il permet la découverte de nouveaux foyers et de sa précocité dépend la réussite du traitement (efficacité maximale en phase fébrile) et le nombre de bovins diagnostiqués séropositifs par la suite. Cela implique une bonne reconnaissance des symptômes par l’éleveur et par le vétérinaire. L’infection se caractérise par une évolution des symptômes en 3 phases :
1 – La phase fébrile : 3 à 10 jours (pendant laquelle le traitement est le plus efficace):
-Fièvre (40 à 41°)
-Larmoiement
-Jetage (écoulement clair)
-Peau chaude et douloureuse
-Congestion des muqueuses
-Photophobie
-L'animal s'isole et ne mange plus
A ce stade la maladie peut être confondue avec la FCO, le coryza gangréneux, les bronchopneumonies...
2- La phase des oedèmes : 1 à 2 semaines (phase aigüe):
-Oedèmes bien visibles à la tête, au fanon et à l'extrêmité des membres
-Déplacements difficiles
-Température normale
-Hypertrophie testiculaire
-Anorexie
A ce stade la maladie peut être confondue avec la FCO, le coryza gangréneux, la grippe, la photosensibilisation...
3- La phase de dépilation et de sclérodermie (à partir de 6 semaines après le début de la maladie)
-Apparition de kystes sur la sclère oculaire (blanc de l'oeil)
-Epaississement cutané « peau d'éléphant »
-Pas de démangeaisons
-Crevasses aux articulations (surinfections fréquentes)
-Dépilation généralisée
-Amaigrissement
A ce stade la maladie peut être confondue avec d'autres maladies vectorielles, des gales, des carences en zinc...
La Besnoitiose atteint préférentiellement des bovins âgés de 2 à 4 ans et plus gravement les mâles qui peuvent devenir infertiles, de façon définitive, même en cas de traitement précoce et adapté. En cas de suspicion, contactez rapidement votre vétérinaire ! L’impact zootechnique et économique peut être lourd car la mortalité est généralement plutôt limitée et ne constitue qu’une infime partie des pertes liées à la Besnoitiose (coûts de traitement des malades, valeur réduite lors de leur réforme, frais de renouvellement, travail supplémentaire pour l’éleveur concentré sur une période de gros travaux…).
La sérologie pour mettre en évidence les anticorps
Comme la contamination par le parasite entraîne l’apparition d’anticorps spécifiques, c’est la sérologie qui doit être privilégiée pour détecter les animaux infectés d’un troupeau. La méthode Western Blot est actuellement considérée comme la technique de référence au niveau européen (réalisée au laboratoire national de référence). La sérologie Elisa est utilisable non seulement lors de suspicion clinique (expression maximale en phase 3), mais également lors de la recherche des bovins séropositifs asymptomatiques car la plupart des bovins infectés ne développeront pas de signes cliniques au cours de leur vie.
Le dépistage sérologique de tous les bovins d’un cheptel âgés de plus de 6 mois (pour s’affranchir d’éventuelles séropositivités d’origine colostrale) est actuellement le plus indiqué. Chez le bovin, le parasite se multiplie activement dans les cellules de l’organisme et peut former des kystes localisés et concentrés dans le derme, les muqueuses de l’appareil respiratoire supérieur, la conjonctive et la sclère oculaire, et la muqueuse vaginale. Les principaux insectes hématophages (qui se nourrissent de sang) vecteurs sont les taons (en pâture) et les stomoxes (petites mouches présentes en pâture et en bâtiment). Ce sont des vecteurs mécaniques passifs. Ils peuvent débuter leur repas de sang sur un bovin infecté puis en être chassé par une réaction de défense (coup de queue, coup de tête…) et finir sur un animal sain. Un autre mode de contamination suspecté est l’utilisation d’aiguille à usage multiple.
Contamination par voisinage possible
La probabilité de contamination du 1er bovin piqué au bovin suivant est : élevée si la distance entre les bovins est inférieure à 5m, faible si la distance est comprise entre 5m et 10m, très faible si la distance entre les bovins est supérieure à 10m. La contamination du voisinage est possible si les bovins d’une exploitation sont physiquement très proches des bovins voisins (à « touche à touche » de part et d’autre d’un fil de clôture ou d’une haie). La besnoitiose diffère donc totalement de la FCO, où les insectes vecteurs sont susceptibles de porter la maladie jusqu’à de grandes distances, par leur propre vol et/ou par l’appui du vent.
Aucun vaccin en France
Aucun traitement spécifique n’existe contre la besnoitiose bovine. Le traitement, efficace seulement s’il est précoce (pendant la phase 1 et à la rigueur pendant la phase des oedèmes) et de longue durée, repose sur l’utilisation d’anti-infectieux (sulfamides administrés à de très fortes doses) associés à des anti-inflammatoires et à des diurétiques. Le traitement ne permet pas une guérison totale : un animal traité et « guéri » en apparence reste porteur de kystes parasitaires et donc source de contamination pour le troupeau. Les opérations de désinsectisation sont coûteuses, avec une efficacité limitée et non prouvée. Elles ne peuvent constituer qu’un outil complémentaire pour maîtriser la circulation de la maladie. Au pâturage, il faut privilégier le traitement et l’isolement des animaux positifs pour limiter la contamination des vecteurs. Deux vaccins vivants atténués sont utilisés pour lutter contre la besnoitiose bovine en Israël et en Afrique du Sud mais ne sont pas autorisés en France. Aucun vaccin n’est enregistré en Europe à ce jour. Comme la BVD, la besnoitiose est une maladie qui s’achète ! Les situations à risque d’infection restent le mélange accidentel de bovins avec des congénères de cheptels infectés voisins et surtout l’achat de bovins infectés, séropositifs, non dépistés à l’introduction. Les mouvements de bovins mal maîtrisés ont été, et sont encore majoritairement à l’origine de l’extension à distance de la maladie. Pour les mesures sanitaires, il faut appliquer trois principes de base :
1- Elimination dans les meilleurs délais des bovins qui ont exprimé la maladie. Ces animaux sont porteurs de kystes cutanés et réservoirs du parasite pour les insectes piqueurs. Ils représentent donc un risque important pour le reste du troupeau ;
2- Evaluation de la séroprévalence et isolement puis élimination rapide des bovins séropositifs ;
3- Contrôle systématique à l’achat.
Si la besniotiose est une maladie qui peut s’acheter, elle ne doit pas non plus être vendue ! Les bovins connus positifs ne doivent pas repartir à destination de l’élevage mais la viande est consommable.
Pour tout renseignement, contacter le GDS (03 86 90 18 90).