Agrivoltaïsme : besoins urgents, mises en place interminables...
Le pôle d'innovation en agroécologie Agronov organisait à Dijon les Odyssées de l'agrivoltaïsme en Bourgogne-Franche-Comté. Au sein des débats qui ont animé cet événement, une contradiction émergeait : la volonté affichée au plus haut niveau de l'État de développer les énergies renouvelables face aux lourdeurs et lenteurs d'instruction des dossiers.
Il en va de l'agrivoltaïsme comme de la souveraineté alimentaire : tout le monde trouve ça très bien, mais c'est ensuite que ça se gâte, lorsqu'on entre dans le « dur » de la concrétisation des projets. Lourdeurs administratives, quand il ne s'agit pas d'absurdités, recours abusifs et parfois formulés par des organismes non concernés territorialement, instabilité réglementaire. Et à cela s'ajoute la question des coûts de raccordement au réseau électrique de ces projets… quand ce réseau n'est pas tout simplement inapte à absorber cette production énergétique. Ce tableau peu reluisant apparaissait dans les débats de la 3è édition des Odyssées de l'agrivoltaïsme, organisée le 4 juin à Dijon par le pôle d'innovation en agroécologie Agronov. 180 personnes étaient rassemblées au siège de la métropole pour échanger sur ce mode de production énergétique en lien avec l'agriculture. Une affluence qui témoigne de l'intérêt pour le domaine. La vertu de l'événement, outre qu'il permet des rencontres et des échanges entre tous les acteurs concernés (agriculteurs, opérateurs énergéticiens, administrations, collectivités…) est justement de permettre un point d'étape sur la conjoncture entourant ce domaine et de regarder ce qui marche, et ce qui ne marche pas.
Cadre national, doctrines locales
Les échanges permettaient de comprendre les limites et les verrous qui se posent au développement de ces activités énergétiques, par ailleurs très encadrées par la loi, afin de veiller à ne pas favoriser la production d'énergie au détriment des productions alimentaires. Ce cadre national se double de doctrines adoptées localement par les Chambres d'agriculture. Un fait confirmé par Cyrille Forest, président de la Chambre de la Nièvre et vice-président de la Chambre régionale : « nous avons créé un cadre, pour empêcher les projets « alibi » et pour accompagner des agriculteurs pris en étau entre leurs propriétaires fonciers et des opérateurs énergéticiens. Nous avons fixé une limite de 70 ha par projet et un revenu pour l'agriculteur de 1 000 euros/ha/an. » Résultat : aujourd'hui, 2 000 ha sont disponibles dans le département pour des projets agrivoltaïques, pour une puissance de 2000 MW. 125 projets sont dans les tuyaux, 39 ont été présentés en commission Chambre et 13 permis de construire sont à ce jour validés. Premier problème, toutefois : le réseau électrique de la Nièvre est saturé, par manque de postes source. Cet écueil n'a, jusque-là, pas empêché la Chambre d'agriculture de développer un modèle économique spécifique en lien avec ces productions énergétiques. Un versement de 1 500 euros/MW/an est effectué par les producteurs au Groupement d'utilisation de financements agricoles (Gufa). « Les fonds récoltés, précise Cyrille Forest, participent au financement de projets collaboratifs et collectifs (abattoirs, magasins de producteurs, Cuma, accueil de vétérinaires). » L'abattoir de Cosne-sur-Loire en a, par exemple, bénéficié pour des travaux de mise aux normes. Par ailleurs, des observations au long cours sont effectuées pour évaluer les différences de performances des animaux élevés ou non sur des parcelles équipées de panneaux solaires.
Un sujet au carrefour de défis majeurs
Il n'en demeure pas moins vrai que l'agrivoltaïsme a besoin d'un contexte plus favorable pour donner sa pleine mesure. Notamment parce qu'il est une des clés du revenu agricole : « C'est un sujet qui se trouve au croisement de plusieurs défis majeurs, reconnaît Benoît Collardot, céréalier de Côte-d'Or et président d'Agronov. Dans le contexte agricole fragile qui est le nôtre, il y a d'énormes attentes en matière de diversification, pour d'autres sources de revenus. Cela conditionne aussi en grande partie les renouvellements des générations et la souveraineté alimentaire : sans argent dans les fermes, il sera difficile de concrétiser les ambitions dans ces domaines… » Il faut aussi démontrer que sur un plan agronomique, l'agrivoltaïsme fonctionne. C'est le travail de Laurent Druot, chargé de développement Énergies renouvelables au sein du groupe de coopératives agricoles Alliance BFC : « l'agrivoltaïsme est un outil de l'agriculture parmi bien d'autres, mais pas une fin en soi. Il faut en permanence tester des cultures et les passages des engins agricoles. Nous travaillons, avec l'Institut Agro Dijon sur le pilotage géoclimatique des installations agrivoltaïques qui permet, par exemple, de faire passer le soleil sur la culture quand la plante en a besoin. » Au bout du compte, peut-être faut-il réfléchir le modèle agrivoltaïque de manière plus globale, comme un aménagement de territoire ? Ces projets sont encore trop souvent présentés comme des miroirs aux alouettes, qui vendent du rêve. « C'est un véritable enjeu de territoire, souligne Christian Morel, vice-président du Conseil régional en charge de l'agriculture. Il faut créer des communautés de producteurs et de consommateurs et comprendre que produire sans réfléchir à la consommation n'a pas de sens. » Gérard Roy, maire d'Aubigny-la-Ronce, près de Beaune, en Côte-d'Or et vice-président de la Communauté d'agglomération Beaune Côte et sud ne disait pas autre chose : « l'agrivoltaïsme est un vrai sujet sur les Hautes-Côtes où nous avons de moins en moins d'agriculteurs. Il faut imaginer l'agrivoltaïsme dans un contexte économique élargi : agriculture, tourisme, vie sociale. Ce qui signifie que les populations dans leur ensemble doivent s'emparer de ces sujets… »