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Environnement

Agriculture et qualité de l'air : le défi de la réduction d'ammoniac

Le projet PartN'air a pour objectif de travailler sur la qualité de l'air en lien avec l'agriculture. La Chambre d'agriculture de Côte-d'Or y participe, en travaillant notamment sur la réduction des émissions d'ammoniac.

Par Charlène Cremoux (Chambre d'agriculture de Côte-d'Or)
Agriculture et qualité de l'air : le défi de la réduction d'ammoniac
Citepa, Secten 2025
Répartition des émissions d'ammoniac liées à l'agriculture.

La Chambre d’agriculture de Côte-d’Or participe au projet PartN’air, dont l’objectif est de travailler sur la qualité de l’air en lien avec l’agriculture et notamment sur les réductions d’émission d’ammoniac. Ce projet est mis en place dans le cadre d’un appel à projets national de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Il est réalisé en partenariat avec l’association Atmo Bourgogne-Franche-Comté (BFC) et d’autres Chambres d’agriculture de la Région (Haute-Saône, Jura, Yonne et BFC). Ce projet s’étale sur une durée de 2 ans et demi, et il mobilise aussi le Réseau pathologies respiratoires agricoles national (Repran). En BFC, le secteur agricole est responsable de 98 % des émissions d'ammoniac (NH3). Bien que ce gaz ne soit pas un gaz à effet de serre direct, il joue un rôle majeur dans la pollution atmosphérique en tant que précurseur de particules fines (PM2,5 et PM10) et cause des dommages environnementaux tels que l'acidification des sols et la perte de biodiversité.

Des enjeux de santé, d'environnement et d'économie

L'ammoniac représente un risque sanitaire direct pour les agriculteurs, avec 5 à 10 % d'entre eux présentant des pathologies respiratoires. Sur le plan environnemental, ses retombées perturbent la croissance des végétaux et la santé des forêts. Enfin, chaque tonne d'ammoniac évaporée est une perte financière sèche : en BFC, les 39 000 tonnes volatilisées chaque année représentent l'équivalent de près de 96 000 tonnes d'ammonitrate perdues pour les cultures. La volatilisation de l’ammoniac (NH3) dépend de :

- la nature et de la composition de l’effluent,

- la dose et des techniques d’épandage,

- des conditions météorologiques,

- des propriétés du sol ainsi que du couvert végétal.

Il existe trois leviers d'action majeurs :
1 L'Épandage : une question de matériel et de condition d’épandage

L'épandage des effluents et des engrais minéraux est le premier poste d'émission.

Le matériel : Remplacer les buses palettes par des pendillards ou des enfouisseurs permet de réduire les pertes d'azote de 20 % à 5 % (contre 50 % avec une buse classique).

La rapidité : Un fumier enfoui dans l'heure suivant l'épandage émet deux fois moins d'ammoniac qu'un enfouissement après 12 heures. L'idéal est d'intervenir sous 4 à 6 heures.

La météo : Privilégier des conditions de faible vent, des températures modérées (moins de 30 °C) et une humidité élevée, idéalement juste avant une pluie.

2 Le stockage : couvrir pour conserver

Le stockage des déjections représente 20 % des émissions nationales.

Couvertures de fosses : L'installation d'une couverture (artificielle ou via une croûte naturelle de paille) réduit la volatilisation de 40 % à 80 %.

Solutions innovantes : Des systèmes comme « Nénufar » permettent non seulement de couvrir la fosse, mais aussi de capter le biogaz pour produire de la chaleur ou de l'électricité.

3 Fertilisation minérale : bien choisir sa forme d'azote

Les engrais de synthèse représentent 33 % des émissions d’ammoniac.

Priorité à l'ammonitrate : Moins volatile que l'urée ou la solution azotée, l'ammonitrate offre souvent une meilleure rentabilité économique et agronomique malgré un coût d'achat initial parfois plus élevé.

Pilotage de précision : L'utilisation d'Outils d'aide à la décision (OAD) permet de fractionner les apports et de les ajuster strictement aux besoins réels de la plante.

Diversifier la rotation : Introduire des cultures bas niveaux d'intrants pour réduire les apports à l'échelle de la rotation, et donc réduire les risques d’émission ; une luzerne de 2 ans peut restituer jusqu’à 200 kg d’azote les 4 années suivantes (40 % en N1, 25 % en N2 et N3 et 10 % en N4, une prairie avec plus de 20 % de légumineuses permet de faire l’impasse sur la fertilisation azotée).

En conclusion, la réduction de l'ammoniac repose sur des règles d'or simples : ajuster les doses, choisir les bonnes formes d'azote, enfouir rapidement, diversifier les rotations avec des cultures à bas niveaux d’intrants, utiliser des OAD et moderniser les équipements. Pour soutenir ces changements, des aides à l'investissement (via l'Ademe ou les régions) permettent de financer de 30 % à 50 % du matériel performant.