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Céréales bios

Quand le stockage des céréales bios se passe à la ferme

Nous sommes allés à la Ferme du Chairon à Barges, visiter ses nouvelles installations de stockage, séchage et triage de graines bio.

Par AG
Quand le stockage des céréales bios se passe à la ferme
Julien Renard, devant huit cellules de 100 tonnes équivalent blé mises en place en 2024.

Bon, ce n'est peut-être pas le meilleur moment pour parler « investissements » en grandes cultures. Mais l'occasion s'est présentée la semaine dernière et nous avons tout de même foncé ! Un arrêt à la Ferme du Chairon dans la plaine dijonnaise débouche sur une rencontre avec Julien Renard, l'un des six associés de cette structure comptant 770 ha de grandes cultures bio. L'agriculteur accepte volontiers de nous parler d'un projet ayant permis d'ériger huit cellules de 100 tonnes équivalent blé, dispositif accompagné d'une fosse de réception, d'un boisseau d'expédition, d'un pont de bascule homologué, mais aussi d'un séchoir et d'un nettoyeur rotatif Marot quatre grilles.

Troisième moisson

L'installation est opérationnelle depuis 2024 et accueillera sa troisième récolte ces prochains mois. Julien Renard nous explique la réflexion menée par l'ensemble des associés pour aboutir à un tel projet : « Tout a démarré en 2019. Nous avions fait le choix d'une reconversion en bio et il fallait s'organiser en conséquence. Des difficultés logistiques et de récolte allaient se présenter à nous, sachant qu'il fallait par exemple livrer le tournesol et le soja au silo de Dijon Céréales de Brazey-en-Plaine qui n'est pas à côté… Il y avait aussi et surtout l'impossibilité de pouvoir livrer en cas de trop forte humidité des graines. Pour rappel, en bio, nous récoltons plus tard que le conventionnel, nous avons d'autant plus de chances de ne pas être dans les normes. Disposer d'un stockage et d'un séchage chez nous était en mesure de nous simplifier bien des choses. Nous sommes allés visiter des structures dans la Meuse, la Marne et l'Aube, avec à chaque fois des agriculteurs très satisfaits de leurs investissements ».

Aïe, le covid

De premières simulations économiques ont été réalisées pour un stockage de 2 000 tonnes, capacité correspondant normalement à la récolte de la ferme sur une campagne. Le tarif de 1,35 million d'euros est alors apparu en bas de la facture… « Deux éléments allaient survenir et nous freiner encore plus », indique notre interlocuteur, « il n'y avait aucune subvention possible dans notre région, alors que les agriculteurs que nous avions rencontrés en Lorraine avaient tous été aidés entre 40 et 60 % ! On parle souvent de problème de compétitivité entre la France et les autres pays mais il y en a même à l’intérieur de notre territoire… Un autre point allait nous perturber sur notre lancée : le covid est arrivé avec une folle envolée des matériaux. Pour le même prix, au final, nous n'avions plus 2 000 tonnes de stockage, mais plutôt 800 tonnes ! ». Les agriculteurs de Barges ont tout de même pris la décision « d'y aller ». Leur installation actuelle permet, en réalité, de stocker 1 200 tonnes de graines par le biais de rotations : « cela permet de diluer l'investissement sur davantage de volumes, c'est déjà ça. Nous remplissons les silos avec du blé, de l'orge de printemps, du soja, du tournesol et un peu de féveroles. Cela va sans dire, quand on se lance dans un tel projet, on s'inscrit dans la durée ».

Une autre motivation

Julien Renard cite un autre atout de l'installation : « nous travaillons dans une filière locale brassicole qui est en train de se structurer avec un malteur artisanal à Dijon. Une trentaine de brasseurs sont intéressés. Notre orge de printemps est achetée par Michel Couvreur à Bouze-lès-Beaune, pionnier du whisky made in France. Disposer d'outils pour stocker et trier s'imposait. Cela nous a aussi aidés à prendre une décision ». Avec deux années de recul, Julien Renard dresse un bilan positif de l'équipement : « encore une fois, c'est un investissement qu'il faut raisonner sur le long terme. Nous avons un lourd emprunt mais nous obtenons une plus-value globale estimée entre 50 000 et 90 000 euros sur une année. La valorisation sur chaque tonne varie par exemple de 20 à 30 euros. Le triage et le nettoyage nous apportent aussi satisfaction. Après, il faut aussi préciser qu'il y a beaucoup de travail entre la réception des graines, le calibrage, le séchage, les expéditions… Sur une année, cela représente bien un mi-temps ». La ferme du Chairon n'a pas dit son dernier mot en terme de stockage et a « laissé la place » pour accueillir d'autres silos à l'avenir. Un trieur optique pourrait également être acquis prochainement.