Ça fait mal au dos
Un agriculteur côte-d'orien réagit à la hausse des prix des engrais et du carburant, très inquiétante depuis le début du conflit au Moyen-Orient.
Ce vendredi, c'est le printemps ! Les cultures repartent de plus belle et, même s'il y a eu de la casse avec l'excès d'eau et les attaques d'altises à l'automne, l'état général des cultures n'est peut-être pas aussi dégradé que redouté. « Le gros point noir concerne le colza, certains producteurs sont très embêtés par l'état de leurs champs et ne savent même pas comment cela va se terminer », tempère rapidement Jérémy Leguy, président des JA de Vitteaux et membre du bureau de JA21. Un autre point inquiète ce jeune Côte-d'orien, les conséquences de la guerre en Iran : « alors là, c'est n'importe quoi… Le GNR est à 1,17 euro/litre au moment où je vous parle. Il a presque doublé depuis novembre, quand la note était à 0,63 euro/litre. La veille du début de la guerre, il était à 0,76 euro/litre. Personne ne sait comme ça va évoluer, nous n'avons aucune visibilité, c'est le flou absolu ». Une telle augmentation, si celle-ci venait à se prolonger dans le temps, pourrait se chiffrer à 10 000 euros sur une exploitation de polyculture-élevage comme celle de Jérémy Leguy. Les engrais montent aussi, déplore notre interlocuteur : « l'azote a dû prendre 100 euros/tonne en l'espace d'un mois… Heureusement, la grande majorité des agriculteurs ont couvert leurs besoins pour l'année n, mais nous pouvons légitimement nous poser des questions pour la moisson 2027… Les coûts de production du blé pourraient augmenter en conséquence, il n'y a pas besoin de ça. Aujourd'hui, nous avons déjà un coût de revient d'environ 200 euros/tonne, alors que les cours céréaliers, même s'ils remontent très légèrement, ne dépassent guère les 180 euros/tonne. Le delta pourrait donc encore se creuser l'an prochain ».
Vivement la fin
Jérémy Leguy espère une fin rapide de cette guerre : « quand ce jour viendra, je prends le pari que les prix ne baisseront pas aussi vite qu'ils ne sont montés. Il faut retrouver des bases plus saines. De toute façon, notre modèle est à revoir : on a l'impression de reprendre le même chemin dès le moindre événement dans le monde… Nous dépendons de trop de choses. Il nous faut des bases plus solides, d'autant plus que nous étions déjà en pleine crise céréalière avant même cette guerre en Iran. On nous parle sans cesse de souveraineté alimentaire mais rien n'est fait pour nous aider, la balance commerciale française continue de chuter alors qu'elle grimpe dans les pays voisins. Il doit bien y avoir un levier à actionner quelque part ? ». « À tout cela il faut ajouter la MACF », enchaîne le Côte-d'orien, « on ne sait toujours pas où on en est et si elle est passée. Il y a aussi la RPD, la redevance pour pollutions diffuses, qui est passée en janvier. Elle ne représente peut-être pas grand-chose, mais tous ces éléments mis bout à bout diminuent d'autant plus nos marges et fragilisent nos métiers ».