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Ovins

À chaque élevage sa conduite de reproduction

Dans le cadre des rendez-vous techniques liés à l'élevage ovin, organisés par la Chambre d'agriculture de la Nièvre, un point a été fait sur la meilleure conduite possible de la reproduction. Tout dépend des objectifs que se fixe l'élevage.

Par Berty Robert
À chaque élevage sa conduite de reproduction
La réussite de la reproduction en élevage ovin doit prendre en compte un grand nombre de facteurs.

Pour redynamiser une filière, rien de tel que de multiplier les rendez-vous techniques qui permettent de faire le point des connaissances et d'échanger entre éleveurs. C'est dans cet esprit que s'inscrivait la rencontre « Bout de bergerie », organisée le 24 mars par le service dédié de la Chambre d'agriculture. Rendez-vous avait été donné au Gaec des Aubus, à Germenay, près de Corbigny, chez Véronique, Rodolphe et Louis Clément de Givry. Christophe Rainon, conseiller ovin, et Jean-Marc Bertrand, éleveur et président de la section ovine de la FDSEA 58, accueillaient les participants pour parler reproduction. Au Gaec des Aubus, on sait bien l'attention que réclame cette étape de la vie d'un élevage, avec 180 brebis de race Berrichon du Cher (voir encadré). Depuis deux ans l'élevage pratique la lutte en main avec trois brebis par bélier. Chaque brebis saillie est retirée au fur et à mesure. « C'est pas mal de travail » reconnaît Louis Clément de Givry, mais le but est de produire des béliers pour mise en station, qui iront ensuite en centre d'insémination ou à la vente aux enchères. Cet élevage applique une mise en lutte en novembre, puis une autre sur décembre-janvier avec les antenaises qui ont fait agneau au mois de mars l'année précédente. L'élevage fait son premier agnelage en mars, et le deuxième fin décembre. « À l’avenir, nous voulons réfléchir à la lutte des agnelles, poursuit l'éleveur, dans l'objectif de leur faire faire agneau entre 12 et 14 mois, contre 16-18 mois actuellement. »

Opérer les bons compromis

Au-delà du cas de l'élevage du Gaec des Aubus, Christophe Rainon invite à réfléchir à la pratique de l'insémination artificielle (IA) porteuse de génétique pour un troupeau mais dont le coût est relativement important et qui réclame plus de travail. Cette IA n'assure en moyenne qu'entre 40 et 60 % de fertilité. La bonne conduite de la reproduction impose de prendre en compte un grand nombre de facteurs parmi lesquels il faut opérer les bons compromis. « Par exemple, précise le conseiller, la question de l'intervalle entre les mises bas et les mises en lutte influe sur la fertilité. Plus cet intervalle est important, meilleure est la fertilité. » Sur la prolificité, en lutte naturelle, un taux de 1,6 est déjà considéré comme correct, « mais il n'est pas toujours facile d'avoir une bonne prolificité, lorsque, comme cela arrive de plus en plus souvent, des mises à la reproduction interviennent après une période de sécheresse estivale. » Le taux de mortalité des agneaux (jusqu'au sevrage), lui, ne varie quasiment pas depuis 50 ans en Bourgogne, tournant autour de 14-15 %. Cette réunion « Bout de bergerie » fut aussi l'occasion d'aborder les dispositifs de synchronisation des chaleurs avec la « classique » éponge vaginale, ou la méthode Control internal drug release (CIDR), plus agréable à poser que l'éponge et qui ne reste que 12 jours sur la brebis, contre 14 pour l'éponge vaginale.

Bien choisir ses agnelles

Se fixer un objectif d'agnelages en novembre peut aussi se faire en « trompant » la perception de la durée des jours par la brebis : cela réclame la pose d'implants de mélatonine qui font croire à l'animal que les jours diminuent, ce qui entraîne la production d'une hormone permettant d'avancer la saison sexuelle. Enfin, parler de reproduction passait par une attention particulière à porter aux agnelles et aux béliers. Les agnelles demandent à être soutenues en alimentation surtout après la première mise bas. « Au sevrage, précise Christophe Rainon, il faut choisir les agnelles parmi les femelles qui font au moins un tiers du poids adulte, avec l'objectif qu'elles fassent deux tiers du poids adulte à la mise en reproduction. » Quant aux béliers, il faut garder en tête qu'ils sont les plus fertiles entre 1,5 an et 5 ans.

Le Gaec des Aubus ne rate pas ses SIA !

Le Gaec des Aubus ne rate pas ses SIA !

Lorsqu'elle évoque les participations du Gaec des Aubus au Salon international de l'Agriculture (SIA) de Paris, Véronique Clément de Givry est la première étonnée : « On y est allés pour la première fois il y a 3 ans, sans trop savoir comment on devait s'y prendre. On n'osait même pas y aller ! C'est notre fils, Louis, qui est passionné de génétique, qui nous a poussés à franchir le pas ». Résultat : lors de la première participation, en 2024, l'élevage ramène un prix de participation. Mais en 2026, le Gaec a littéralement « explosé » les compteurs : leur palmarès comprend un 1er prix challenge interraces laine et peau pour un de ses béliers, un 1er prix challenge sanitaire laine et peau pour la race Berrichon du Cher, un 1er prix viande, le prix de championnat laine et viande mâle, le 1er prix laine et le 2è prix viande du Concours général agricole. Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, Véronique a également été lauréate nationale du concours de la carte Moissons organisé au SIA sur le stand de la FNSEA, alors qu'elle n'était pas présente sur le salon : c'est sa fille et son mari qui ont rempli le bulletin pour elle. Un bulletin tiré au sort qui lui a permis de remporter un polo.