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Spécial Présidentielles

11 candidats et une vision kaléïdoscopique de l’agriculture

Par Ma signature
11 candidats et une vision kaléïdoscopique de l’agriculture
Nathalie Arthaud Agroécologie paysanne et protection des salariés
Nathalie Arthaud, candidate de Lutte ouvrière (LO), souhaite une politique agricole plus égalitaire et respectueuse de l’environnement. Pour cela, elle entend retirer son feu vert aux négociations de l’Union Européenne pour les traités de libre-échange et ne signer que ceux qui font la promotion d’un commerce équitable, social et environnemental. Elle envisage de réformer la PAC afin de favoriser «l’agroécologie paysanne» et le droit des peuples à se nourrir eux-mêmes. Elle prévoit une grande loi foncière pour lutter contre l’artificialisation des terres et contre la privatisation de la gestion de l’eau. Elle est également favorable à la sortie du nucléaire et des énergies fossiles d’ici 2050, et conditionne tout aménagement du territoire à des indicateurs sociétaux et environnementaux. Elle envisage la pénalisation de l’écocide (acte de destruction d’un écosystème) qui serait jugé par un tribunal international des Droits de la Nature. Enfin, son programme prévoit une protection accrue des travailleurs avec l’interdiction de licencier, la fin de la propriété privée des moyens de production, un Smic à 1800 € net, une réforme des minima sociaux, la réduction des inégalités de salaires et des embauches sans surcoût.

François Asselineau S’affranchir d’une UE trop productiviste
L’autre «candidat du Frexit» se pose comme un critique souverainiste des traités européens et un adversaire d’un productivisme qui ne serait pas français. Il vise en particulier l’article 39, qui dirige l’Europe vers un modèle agricole à l’américaine et la disparition de dizaines de milliers d’agriculteurs d’ici une quizaine d’années. Il fustige le rachat d’exploitations viticoles de prestige par des fonds étrangers, ou le récent rachat de terres agricoles par des intérêts chinois. Sur le plan commercial, il souhaite n’autoriser les produits importés que lorsque l’on ne peut pas les produire en France. En revanche, pour lui, la sortie de l’Union européenne ne signifie pas le repli sur soi. Il prône les effets positifs d’une dévaluation compétitive sur la balance commerciale.

Jacques Cheminade Un moratoire de la dette des agriculteurs
Le candidat de Solidarité et progrès, Jacques Cheminade, a inscrit l’agriculture dans ce qui constitue sa grille de lecture principale : l’affranchissement de la pression financière. Pour y arriver, il souhaite créer une grande banque publique, afin de pouvoir réinvestir et de mener une politique d’innovation sans complexe. Il souhaite également faire du numérique un secteur public, pour lutter contre les déserts numériques. Dans le secteur agricole, il souhaite organiser un moratoire de la dette des agriculteurs, et investir 10 milliards d’euros pour les agriculteurs. Il est aussi favorable : au soutien des drones en agriculture, à l’amélioration des réserves défiscalisées, au développement des nouvelles biotechnologies (édition de gènes, mutagénèse, etc.), à l’association de l’Inra aux semenciers, au développement de la recherche, à la levée des sanctions envers la Russie...

Nicolas Dupont-Aignan Mettre la pression sur l’Europe
À la différence de François Asselineau et Marine Le Pen, le candidat de Debout la France souhaite donner une dernière chance à l’Europe qu’il met sous la menace d’un possible «frexit». Ses conditions au maintien de la politique agricole commune en France sont claires : la préférence communautaire, la mise en place de prix garantis, la restauration des quotas laitiers, le refus des accords de libre-échange et l’abrogation de la directive sur les travailleurs détachés. Dans le scénario d’une Politique Agricole Française (PAF), Nicolas Dupont-Aignan entend récupérer l’excédent français pour financer les retraites. Allant plus loin que François Fillon dans la baisse des charges, il propose  de supprimer les cotisations sociales des agriculteurs et de les remplacer par une «petite» taxe sur la distribution.

François Fillon Pour une agriculture d’entrepreneurs
Pour François Fillon les exploitants sont des entrepreneurs et doivent être considérés comme tels. Il s’engage à faire adopter une ordonnance pour supprimer toutes les normes rajoutées aux normes européennes, à augmenter de deux points le taux de TVA en réduisant les charges sociales, à promouvoir une «politique ambitieuse» de stockage d’eau, à instituer un compte aléas permettant d’épargner hors impôts des sommes utilisables par une exploitation lorsque les temps sont plus durs. Le candidat Les Républicains promet de faire en sorte que le budget européen pour l’agriculture soit conservé, cette Pac étant destinée à gérer les risques et à soutenir les investissements. Il envisage la suppression du compte pénibilité s’il est élu. Enfin, il se dit partisan d’une suppression des droits de succession si l’exploitation reste au sein de la famille. Il s’engage aussi à mettre fin au dogme des prix bas et à promouvoir la liberté d’entreprendre en agriculture.

Benoît Hamon Agroécologie et protection de l’environnement
Le programme agricole de Benoît Hamon, candidat du Parti socialiste (PS), prévoit un Grenelle de l’Alimentation et de l’Agriculture, 5 milliards d’euros pour le développement de l’agroécologie, un conditionnement des aides de la PAC à de hautes exigences environnementales, la fin des niches fiscales anti-environnementales, la priorité d’attribution des terres aux projets bio, la création de ceintures vertes aux abords des villes, l’interdiction de tous les pesticides et 50 % d’énergies renouvelables d’ici 2025. Un autre volet est consacré à la santé des consommateurs avec le gel des importations de substances alimentaires interdites en France, une loi sur l’étiquetage, 50 % de bio dans les cantines scolaires et la suppression des perturbateurs endocriniens. Il se prononce également en faveur de la protection des producteurs à travers le rééquilibrage des contrats face à la grande distribution, pour le conditionnement du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) à la création de postes et à une réduction du temps de travail, pour l’abrogation de la loi travail et un grand plan de lutte contre la maltraitance animale.

Jean Lassalle Faire de la campagne une grande cause nationale
Le candidat centriste des Pyrénées Atlantiques, se positionne avant tout comme le représentant de la ruralité et des agriculteurs. Il promet de faire de la campagne de France, une grande cause nationale, de reconstruire une administration bienveillante, de lever des contraintes dont notre pays n’a pas besoin et d’organiser dans les écoles une visite mensuelle dans une exploitation agricole ou chez un artisan.

Marine Le Pen La liberté à l’agriculture de décider pour elle-même
La candidate du Front national s’appuye sur l’exemple, selon elle réussi, de la Grande-Bretagne, pour tenter vanter les bénéfices d’une sortie de l’Union Européenne. Elle en relativise le coût et vante notamment l’amélioration de la balance commerciale britannique depuis le référendum sur le Brexit. Elle propose, sous le slogan de «patriotisme alimentaire», une politique agricole renationalisée, et fustige la PAC dont le budget réduit année après année. Le contenu de cette PAF (politique agricole française) reste vague. Elle promet à la fois la liberté à chaque filière de décider pour elle-même la façon dont elle veut être soutenue et une intervention forte de l’État dans les négociations commerciales, mais sans annoncer de mesure précise. Elle promet une retraite minimum portée à 1 000 euros, une baisse des charges pour les TPE et PME, une suppression des droits de succession et se positionne contre la TVA sociale.

Emmanuel Macron Pour le «juste prix» payé aux agriculteurs
L’ancien ministre de l’Économie insiste sur la nécessité d’assurer un redressement des prix pour assurer un juste prix payé au producteur. Favorable à un Grenelle de l’alimentation il n’écarte pas la nécessité de légiférer, faute d’accord entre les distributeurs, les industriels et les agriculteurs, qui participeraient à ce Grenelle. Emmanuel Macron se dit notamment prêt à changer la LME (Loi de modernisation de l’économie) qui encadre les négociations commerciales. Adepte d’un meilleur partage de la valeur, il promet de faire évoluer le droit, notamment européen pour mieux reconnaître les contrats de filière et encourager les organisations de producteurs.  Deuxième axe de ses engagements, Emanuel Macron prévoit un plan d’investissement de 5 milliards d’euros pour la modernisation des exploitations, le doublement des aides environnementales et le prêt d’honneur sans intérêt accordé à tout jeune qui s’installe en suivant le parcours d’installation. Pour améliorer la compétitivité des exploitations celles-ci profiteraient aussi de la baisse des charges grâce à la fiscalisation de certaines charges sociales. Enfin, fidèle à une Europe qui accompagne et protège davantage il promet de mettre fin à la surtransposition des directives européennes et s’engage à batailler en faveur d’harmonisations sociales et fiscales des pays de l’Union Européenne.

Jean-Luc Mélenchon Agriculture paysanne, et alimentation locale
Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise, défend une agriculture écologique et paysanne, répondant à l’intérêt général et reposant sur un nouveau pacte entre les agriculteurs et l’ensemble de la société et une alimentation de qualité pour tous. Une agriculture qui repose sur l’agriculture écologique et biologique, avec la rémunération des services environnementaux rendus par les agriculteurs, la relocalisation de certaines productions, le développement des circuits courts et de la vente directe, une orientation qui permettrait de créer 300 000 emplois sur dix ans dans le secteur. Le CICE et les allègements de charge seront réorientés vers le financement de la transition écologique. Sur le volet foncier, Jean-Luc Mélenchon veut interdire l’artificialisation des terres agricoles, limiter la concentration des terres et imposer une surface maximum par actif lors des nouvelles autorisations d’exploiter. Les propriétaires non exploitants seront par ailleurs tenus de mettre à bail. Le candidat prône également une restauration collective à 100 % bio ou locale.

Philippe Poutou Lutter contre la dépendance aux marchés
Le candidat du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) propose un revenu garanti pour chaque actif agricole, indépendamment des aléas de la production et des marchés. Les normes sanitaires et environnementales, qui génèrent du travail supplémentaire, doivent être rémunérées. Philippe Poutou veut également lutter contre le surendettement en réduisant, voire effaçant les dettes. Les subventions doivent favoriser la transition écologique et non les mégaprojets. Le candidat souhaite par ailleurs lutter contre le pouvoir des grands groupes de l’agroalimentaire et de la grande distribution en imposant des prix plancher à la production, en interdisant les OGM et le brevetage du vivant, et en redonnant de l’importance aux semences paysannes. Le NPA entend supprimer tous les freins réglementaires qui empêchent de semer des semences de ferme ou de les échanger. Une politique sera aussi mise en place au niveau des élevages, pour préserver les anciennes races et encourager la reproduction naturelle.

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