Une vision pour changer les règles de l'agriculture régionale
Ce qui manque le plus aujourd'hui à l'agriculture, c'est une vision de long terme, structurante. Le secteur vit de plus en plus mal l'instabilité permanente sur les plans politique ou réglementaire. À cela s'ajoute le changement climatique, sur lequel il n'a pas de prise. La présentation de l'Observatoire prospectif de l'agriculture en BFC permet de faire avancer la réflexion.
Pouvoir voir loin, c'est précieux, aujourd'hui en agriculture. Parce que les incertitudes sont nombreuses, sur les plans climatique, géopolitique, réglementaire… Une vision à long terme, c'est ce qui est attendu, mais c'est également ce qui est le plus difficile à bâtir. C'est pourquoi des outils tels que l'Observatoire prospectif de l'agriculture en Bourgogne-Franche-Comté (BFC) sont utiles. Voilà vingt ans que ce document existe et sa pertinence ne se dément pas. L'édition 2026 était présentée à Dijon le 9 juin dans le cadre de la conférence régionale agricole. Comme chaque année, elle résulte du travail conjoint des services de CerFrance, de ceux de la Chambre régionale d'agriculture et du Conseil régional de BFC.
Retravailler des synergies
Parmi les intervenants de la matinée, Philippe Dubief, président de CerFRance BFC et Jérôme Durain, président du Conseil régional, se rejoignaient sur cette nécessité d'apporter de la visibilité aux filières agricoles de BFC. Après être revenues sur les tendances qui auront marqué l'année 2025 dans les différentes productions, Valérie Delacre (CerFrance BFC) et Caroline Durivaux (Chambre régionale d'agriculture) ont exploré quelques pistes prospectives. À leurs yeux, il apparaît évident qu'à l'avenir, en cultures végétales, une diversification croissante des assolements va devenir indispensable, afin de diversifier les débouchés et donc de répartir différemment les risques. « Il va aussi falloir retravailler les synergies entre polycultures et élevage », poursuivaient les intervenantes, en citant l'exemple de la production de nourriture pour les volailles de la filière Coquy (coopérative Terre comtoise).
Travailler avec la recherche
Les solutions pour l'avenir de l'agriculture régionale devront aussi puiser du côté de la sécurisation des besoins en eau, de la production de plants de vignes adaptés génétiquement au changement climatique, de l'amélioration de la technicité en lien avec la recherche. Et tout cela devra se faire en communiquant auprès de la société dans son ensemble, dans un objectif de rapprochement entre citoyens au sens large, et agriculteurs, en montrant, notamment, les conditions réelles de production. « L'avenir, c'est aussi savoir écouter les signaux faibles émis par les consommateurs dans le but de faire des gammes de produits plus larges en termes d'accessibilité financière ». En résumé, peut-être moins de labels, de signes d'excellence, et plus de capacité à répondre aux attentes et possibilités financières de la plus grosse partie de la population. On le voit, les pistes proposées dans le cadre de cet exercice de prospective sont tout sauf simples à appliquer. Mais ne tenter aucune réflexion serait pire parce qu'en attendant, les filières animales sont confrontées à des défis sanitaires (FCO, DNC, grippe aviaire), la viticulture doit faire avec des rendements qui jouent au « yo-yo » d'une année sur l'autre, les grandes cultures sortent de trois mauvais exercices et en craignent un quatrième cette année, les coûts de productions explosent. Alors, des solutions, l'agriculture régionale est condamnée à en rechercher.