Une traite pas comme les autres
Trois éleveurs de vaches laitières, passionnés de football, nous racontent leur traite de demain en fin d'après-midi, alors que la finale de la ligue des champions se déroulera dans le même temps.
Celles et ceux qui n'aiment pas le football ne peuvent pas comprendre. Une finale de ligue des champions disputée par un club français, c'est très rare et ce genre de match vaut plus qu'un coup d'œil. En un demi-siècle, ce type de rendez-vous se compte sur les doigts d'une main. Pas de chance pour les éleveurs laitiers passionnés par ce sport, la finale PSG-Arsenal de ce samedi 30 mai débutera à 18 heures et non 21 heures comme d'ordinaire : cet horaire correspond également à celui de la traite… En abordant trois « footeux » à la fête du lait de Fromenteau, nous pensions en trouver un qui aurait avancé son travail. C'est visiblement raté… Mais pour ne rien vous cacher, nous n'étions pas si loin du but. Nous restons persuadés qu'aucune des trois traites évoquées ne débutera en retard !
Déjà fait, mais pas demain
Alain Terrillon avait déjà « fait ça » lors de certains matchs très importants, notamment lors de la coupe du monde 1998 : « Je ne vais pas avancer la traite cette fois-ci, je suis passionné par le foot mais peut-être un peu moins qu'avant, à cause de toute la dimension business que ce sport prend depuis un petit moment. J'ai sans doute un peu moins d'atomes crochus avec le football, donc je maintiens le début de la traite à 17 heures ! J'en aurai pour 1 h 30. Je vais donc rater la première demi-heure. Je me dépêcherai ensuite pour aller devant la télé… Mais j'aurai le téléphone sur moi pour suivre le début du match. Le score, je le connaîtrai en direct comme vous ». L’éleveur de 53 ans domicilié à Griselles, ancien joueur à Laignes et Montigny-sur-Aube, n'aurait avancé la traite qu'en cas de finale de coupe du monde disputée par les Bleus : « oui, cela aurait été le seul cas de figure où je me serais sans doute adapté, même si le jeu de Deschamps me fait moins rêver qu'avant ! ».
C'est Paris, donc…
Florian Lamarche, éleveur à Turcey, va lui aussi commencer la traite à partir de 17 heures : « On ne va pas traîner, mais on ne va pas changer nos habitudes. Nous aussi, nous aurons le téléphone sous la main. Mon frère est encore plus mordu que moi et c'est certain, nous allons tous nous dépêcher pour aller suivre le match après. Pour la première mi-temps, c'est râpé… Nous aurions avancé la traite uniquement si le finaliste avait été Auxerre, qui est notre équipe préférée ! Nous sommes allés les voir et les supporter pour leur dernier match à domicile de la saison. Ils avaient visiblement besoin de nous car ils ont gagné un match capital pour leur maintien, ce dernier est finalement acquis ! ». Pour en revenir à la finale de la ligue des champions, l'ancien joue de CCOF (Centre Côte-d'Or Football) et Sombernon, aujourd'hui âgé de 45 ans, va logiquement supporter Paris : « c'est un club français, c'est normal, nous serons tous à fond derrière cette équipe ! Mais cela reste Paris, donc nous ne décalerons pas la traite ! ».
Les vaches avant tout
Pour Émeric Loosli, éleveur de 42 ans basé à Chazeuil, la question de décaler la traite ne se pose pas : « J'aime le foot, j'y ai joué pendant 25 ans, à Selongey puis Vingeanne, je suis beaucoup les matchs à la télé, mais c'est sûr, je ne vais rien changer pour cette rencontre. Je vais débuter la traite à 17 heures comme tous les jours. Nous allons rater la première mi-temps nous aussi, mais aussitôt le travail terminé, nous irons voir la suite du match au foyer rural de notre village, qui propose une retransmission pour l'occasion. J'arriverai pour le début de la seconde mi-temps ». Les trois Côte-d'oriens sondés pronostiquent tous une victoire de Paris : Alain Terrillon voit bien un « 3-0 », Florian Lamarche cite un score de 2-1 ou 3-1. Émeric Loosli réfléchit davantage avant de lâcher un 2-0. « Le jeu du PSG est un régal pour tout amoureux du foot, que l'on aime cette équipe ou non », souligne Alain Terrillon.
Lui, ne va rien rater
Mickaël Clerget, éleveur à Courcelles-Frémoy, sera devant sa télé en temps et en heure, et peut-être même pour l'avant-match. L'homme de 53 ans pourra se le permettre grâce à ses trois robots de traite installés depuis plusieurs campagnes : « L'astreinte n'est plus la même qu'avant, je compterai néanmoins sur ma compagne et notre fils pour assurer le travail pendant ce laps de temps. Les autres éleveurs que vous avez interrogés dans cet article vont encore dire que je ne fous rien mais moi, au moins, je ne vais rien rater la moindre minute du match ! ». L'ancien joueur de l'USC Dijon, Quetigny, EF Villages, Véronnes et Aignay-le-Duc, qui a même évolué au niveau national dans les jeunes catégories, voit lui aussi une victoire du Paris-Saint-Germain : « Ce sera compliqué, mais un petit 2-1 serait pas mal, cela m'irait bien. Les Parisiens ont les capacités de le faire. Je prends de plus en plus plaisir à les voir jouer, alors que ce n'était pas forcément le cas avant. Nous avons besoin de gagner pour améliorer le maigre palmarès des clubs français dans les coupes d'Europe ». Mickaël Clerget suit régulièrement l'actualité du foot, même en dehors de ces matchs « historiques » : « je trouve que notre championnat a bien progressé. Nous avons eu un bel exercice avec quatre ou cinq clubs qui tirent tout le monde vers le haut. J'aime bien suivre des équipes comme Lille ou Lens, qui ont chacun des joueurs expérimentés comme Giroud ou Thauvin. Avoir de vieux briscards dans son groupe permet de tenir mentalement. En disant ça, je pense à Marquinhos qui joue depuis une paire d'années au PSG. Et il est toujours là ! ».