Une Dotation Jeunes Agriculteurs enfin à la hausse
Le 30 juin, Jérôme Durain, président du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, s'est rendu dans une ferme de Côte-d'Or. L'objectif était d'officialiser, avec les représentants des Jeunes Agriculteurs, la revalorisation de la Dotation Jeunes Agriculteurs.
C'est autour d'une bonne table, dans une grange du gaec de La Croix, à Liernais, dans l'ouest de la Côte-d'Or, que les Jeunes Agriculteurs de Bourgogne-Franche-Comté (JA BFC) avait donné rendez-vous, mardi 30 juin, au président du Conseil régional. Jérôme Durain appréciait manifestement cet esprit convivial. Il faut dire qu'il cadrait bien avec la bonne nouvelle qu'il était venu officialiser : la revalorisation, à hauteur de 65 000 euros, de la Dotation Jeunes Agriculteurs (DJA). Ce dispositif est essentiel à l'accompagnement des agriculteurs qui s'installent. C'est un vrai coup de pouce alors qu'il doivent faire face à d'important investissement sans qu'en face, il y ait toujours les revenus nécessaires. Cette augmentation de la DJA sera effective à compter de septembre. Pour Jérôme Durain, comme pour Thomas Lemée, président des JA de BFC, il était important de marquer le coup.
Réaffirmer un soutien
Pour la Région, c'est l'occasion de réaffirmer un soutien à l'agriculture, et notamment au renouvellement des générations, bienvenue après des années de tension sur la question de la gestion des fonds Feader (un dossier encore loin d'être clos néanmoins). Et pour les JA, il apparaît nécessaire de montrer que la lutte, le combat, les manifestations ne servent pas à rien et que, par le biais d'un engagement de chaque instant, des résultats sont obtenus, qui profitent à tous les agriculterus, syndiqués ou non. Avec ce montant de DJA, la Région BFC se place tout simplement en tête des Régions de France dans ce domaine. « Notre objectif, soulignait Jérôme Durain, n'est pas seulement d'installer davantage de jeunes agriculteurs, c'est surtout de bien les installer. Cela signifie leur donner les moyens de construire des exploitations solides, viables et pérennes, capables de traverser les aléas économiques et climatiques. C'est un message fort : ici, nous faisons de l'installation des jeunes une priorité et nous leur donnons les meilleures chances de réussir. » Il faut voir d'où l'on vient : l'ancienne DJA se montait à 45 000 euros. « Les JA nous ont poussé, à raison, poursuit le président de Région, en considérant que le renouvellement des générations en agriculture était central. Nous sommes une grande région agricole. Avec la DJA précédente, on tablait sur 400 et 500 jeunes installés par an, mais nous somme un peu en dessous de 400. Il fallait donc trouver des solutions et l'une d'entre-elles, c'est de majorer la DJA. Nous devons stabiliser ce niveau d'installation, mais si possible l'augmenter, au-delà de 400 installations annuelles en BFC. »
« Nous avons fait « tapis »
Au-delà de cette majoration, les JA insistent aussi auprès de la Région sur le renforcement de l'accompagnement des jeunes installés et pour que ces installations soient durables. L'augmentation de la DJA résulte d'une « ventilation » revue des fonds européens dont la Région a la gestion. « Nous avons fait « tapis » sur la DJA » résume Jérôme Durain, utilisant l'image du joueur de carte qui joue son va-tout, pour illustrer ce qu'il considère comme un signal fort. Le président de Région ne manquait pas non lus l'occasion de rappeler que la DJA seule ne suffit pas : il faut aussi créer un contexte général favorable aux débouchés des produits agricoles, aux filières, rappelant à ce titre les travaux menés dans le cadre des conférences sur la souveraineté alimentaire, ou le plan d'engraissement de la Région. « Il faut tout un panel d'outils et de solutions pour que les agriculteurs puissent continuer à travailler ici et aient envi de s'installer... » Pour Thomas Lemée, président des JA BFC, l'enjeu primordial c'est l'installation et le renouvellement des générations : « La DJA est un outil qui a toujours fait ses preuves et les gens qui s'installent restent beaucoup plus dans le métiers, comparé à d'autres secteurs d'activité, parce que nous avons un accompagnement solide. La DJA revalorisée, c'est aussi permettre aux agriculteurs de s'adapter aux défis climatiques, de franchir plus facilement des seuils de coûts de reprises d'exploitations de plus en plus importants. » Le représentant syndical rappelle par ailleurs un autre fait : le pourcentage de celles et ceux qui choisissent de s'intaller en agriculture aujourd'hui et qui ne sont pas issus du milieu agricole ne cesse d'augmenter. L'agriculture attire de nouveaux public qui, là encore, exigent un accompagnement à la hauteur. Les JA de BFC, qui reconnaisse l'effort louable de la Région BFC sur la DJA, ne veulet toutefois pas en rester là : « Le président Durain a dit qu'il avait fait « tapis », note Thomas Lemée, mais nous, nous pensons qu'il reste encore des marges de progression pour aller plus loin dans cette logique de soutien à l'installation. Nous travaillons au quotidine avec le Conseil régional pour trouver toutes les possibilités de renforcement de l'accompagnement à l'installation des jeunes. » Reste que, sur bien des dossiers, les délais d'instruction au niveau de la Région, restent encore trop long. Thomas Lemée l'a promis : la satisfaction sur la DJA n'empêche pas une vigilance accrue sur d'autres domaines.
Une Dotation Jeunes Agriculteurs enfin à la hausse
L'avenir s'ouvre pour Pierrick Tournier et Thomas Brochot
Pierrick Tournier et Thomas Brochot, son petit-cousin, vont rejoindre, en tant que nouveaux associés, leurs pères respectifs, Claude Tournier et Laurent Brochot, au sein du Gaec de la Croix, à Liernais, en janvier 2027. A ce titre, ils bénéficieront de la nouvelle DJA. L'exploitation dispose d'une sole de 444 ha. En élevage, la ferme accomplit aujourd'hui 165 vêlages en Charolaises. Les animaux sont engraissés sur place. L'arrivée des deux jeunes devrait se traduire par une augmentation des vêlages pour atteindre 185. A cet ensemble va s'ajouter un atelier de volailles de chair de 40 000 poulets. Pierrick et Thomas sont actuellement plongés dans la finalisation de leurs dossiers d'obtention de la DJA. « Cette DJA revalorisée, c'est un gros plus pour nous, reconnaît Pierrick Tournier. C'est une pierre à l'édifice des gros investissements que nous devrons réaliser. » Pour le poulailler, cet investissement devrait tourner autour de 800 000 euros. « On remercie les JA qui ont fait le forcing auprès de la Région, tient à rappeler Thomas Brochot, pour les pousser à diriger les reliquats d'aides disponibles sur la DJA. » Les deux jeunes agriculteurs ont aussi le projet de monter un dossier Plan stratégique national (PSN) pour accompagner la création de leur poulailler, mais ils espèrent que les problèmes de gestion de ces types de dossiers qui ont pu marquer ces dernières années, seront résolus. Ils sont aussi conscients qu'ils se lancent dans un contexte plein d'incertitude, sur les cours de la viande bovine, sur les délais entre la naissance d'un veau et sa commercialisation une fois engraissé, et sur les charges en hausse sur le carburant, le matériel et les engrais. Sur ce dernier point, néanmoins, l'atelier volaille permettra de récupérer les fientes qui seront valorisées en amendement pour les terres, réduisant d'autant les nécessités d'achat d'engrais.