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Le Gabni réuni en assemblée générale à Saint-Saulge

Une dizaine de projets de maraîchage bio dans la Nièvre

Comme de coutume, le Groupement des agrobiologistes de la Nièvre (Gabni) a tenu son assemblée générale, jeudi 20 février, dans les locaux de l’Iperma à Saint-Saulge. L’occasion de faire l’état des lieux de la ferme bio nivernaise et de s’intéresser à l’installation/transmission.
Par Emmanuel Coulombeix
Une dizaine de projets de maraîchage bio dans la Nièvre
L’AG annuelle du Gabni s’est tenue, le 20 février, à l’Iperma de Saint-Saulge.
En 2013, dans la Nièvre, l’agriculture biologique représente 127 exploitations plus 7 en conversion, pour une surface de 9132 ha dont 517 ha en conversion. Des chiffres à rapprocher et comparer avec les 3500 exploitations et 400 000 ha de la ferme Nièvre totale. Ainsi donc l’AB ne constitue qu’une infime partie de l’activité agricole départementale. Selon Laurent Barle, l’animateur du Gabni, le département a enregistré 5 nouveaux producteurs bio l’an dernier, [I]«ce qui est un peu inférieur par rapport aux années précédentes»[i]: 3 en maraîchage, 1 en élevage et 1 en production de petits fruits.

Le nombre d’installation/conversion ne suffit pas à compenser celui des arrêts de certification, au nombre de 7, [I]«qui touchent plus particulièrement l’élevage en système herbager»[i] selon le technicien. C’est donc un recul de 428 ha et de 220 vaches allaitantes l’an dernier, [I]«ce qui va nous amener à nous poser des questions sur le système d’élevage. Nous ne pouvons pas seulement transposer les critères de l’agriculture conventionnelle, il nous faut aussi nous interroger sur la qualité de la flore, le choix racial, les types de conduite...»[i] a lancé Laurent Barle, tout en nuançant son propos: [I]«notre pessimisme est à relativiser. 2013 a été une année particulière et transitoire. Ce sont des cas un peu particuliers qui sont tombés cette année»[i]. En réalité, 2012/2013 a vu se stabiliser le nombre total de surfaces, à 2,3% de la SAU départementale, et d’exploitations, à 3,8% de l’ensemble. [I]«2012/2013 a peu bougé en élevage et en grandes cultures et ne s’est pas traduite par des installations en maraîchage et en plantes médicinales, même s’il y a beaucoup de projets»[i]. Reste à savoir si la bio, dans la Nièvre, profitera en 2014 des effets du nouveau programme de développement Ambition bio, comme avait produit un regain d’intérêt le Plan Barnier (2007) en 2009 et 2010...

[INTER]«Pérenniser l’existant»[inter]
Selon l’animateur du Gabni, [I]«tous les indicateurs disent que le développement va reprendre en 2014 et 2015»[i]. La tendance est déjà amorcée au plan national et se vérifie en Bourgogne et dans la Nièvre en particulier. Si l’élevage et la polyculture-élevage devraient y continuer à stagner, le Groupement fait état d’une dizaine de projets en maraîchage et plantes médicinales. [I]«La ferme bio est de moins en moins représentée dans la ferme nivernaise mais il y a eu un doublement des surfaces et des fermes depuis 2009. L’enjeu est de pérenniser l’existant par un appui technique et commercial»[i]. Des réactions se sont alors faites entendre dans la salle. Xavier Niaux, producteur de lait de juments mérens à Poil dont il produit des cosmétiques bio, a souligné [I]«que le Plan Ambition bio sous-tend un doublement des surfaces là où la Fédération nationale de l’agriculture biologique (FNAB) promeut un doublement des producteurs»[i]. [I]«Il y a un gel des politiques pour redynamiser l’élevage et la polyculture bio en France»[i] a pour sa part regretté Gilbert Champagne. Quant à Jean-Paul Loisy, de la fromagerie du Val d’Osseux à Rouy, il a plaidé pour [I]«que nous limitions l’offre afin de favoriser la valorisation commerciale»[i], évoquant le prix du lait mais extrapolant à l’ensemble des filières bio. Et Laurent Barle de corroborer: [I]«nous devons pratiquer une politique de filières qui respecte l’équilibre entre l’offre et la demande»[i]... L’exemple des bovins a été cité: [I]«beaucoup de bovins bio sont vendus maigres et donc peu valorisés en bio, ce qui bloque les conversions»[i]. Quant au prix de vente du gras, le différentiel de prix s’est limité à quelques centimes de plus au kilo par rapport au conventionnel (de 3,50 euros à 4 euros), [I]«ce qui suppose de s’adapter, de vendre tous les morceaux, de renforcer l’autonomie alimentaire de l’exploitation, pour que cela rapporte de la valeur ajoutée à l’éleveur bio»[i]. Question de viabilité économique...

[INTER]Le maraîchage à la mode[inter]
L’installation et la transmission en AB, ou plutôt leurs freins, ont d’ailleurs servi de thème central à l’AG du Gabni. Sébastien Roumegous, conseiller maraîchage du Sedarb, en a présenté les chiffres bourguignons. [I]«Une ferme sur deux en France est sans repreneur. En Bourgogne, si 47% des fermes sont sans repreneur, cela grimpe à 57% en bio»[i]. Selon une étude de la CGAB de 2013, ce sont plus de 182 agriculteurs biologiques qui ont atteint un âge supérieur à 55 ans dans la région, dont 28 dans la Nièvre et notamment 16 en élevage et 5 en céréales. Là encore, les productions dites [I]«dominantes»[i] ne sont pas à la fête et la démographie, associée à une conjoncture économique incertaine, explique peut-être aussi l’érosion des candidats dans ces types de productions. Pour le technicien du Sedarb, pourtant, [I]«la transmission est un processus qui s’anticipe et se construit. On parle souvent du parcours du combattant de celui qui s’installe, beaucoup moins de celui du cédant»[i] a-t-il précisé. Il a rappelé des outils de diagnostic existent, tels que les Points info installation, l’Adear et le Civam, [I]«afin d’évaluer si l’exploitation est reprenable»[i]. Il a surtout envisagé que pour la transmission, il fallait savoir [I]«se donner du temps. Il faut 4 à 5 ans en moyenne pour que çà se passe bien, entre la réglementation, les mises aux normes et les aides Pidil»[i]. Il n’est donc jamais trop tôt pour y penser, d’autant plus [I]«qu’il faut faire correspondre l’offre et la demande, c’est-à-dire dissocier l’outil du projet»[i]. Les nouveaux porteurs de projets en AB ont-ils ainsi un profil quelque peu différent de celui de leurs prédécesseurs: [I]«Ils privilégient plus un projet de vie qu’un projet professionnel et cherchent une ferme à taille humaine, ils ont un problème d’accès au foncier, notamment du fait du manque de solvabilité auprès des banques, et ils ont un fort besoin spécifique de formation dans la filière envisagée en plus d’une expérience pratique»[i]... Enfin, depuis 2010, le Sedarb a constaté que le maraîchage représente dorénavant 54% des projets (80 personnes en Bourgogne), loin devant l’élevage (16%) et la polyculture-élevage (6%), et atteint même 85% des candidats sur la seule année 2013. Ce qui implique en outre, pour la ferme bio bourguignone, de nombreuses implications foncières, financières, techniques et économiques en décalage avec les pratiques jusqu’alors utilisées.