Sur les cours des bovins, un vrai sentiment de trahison
Des agriculteurs de Saône-et-Loire, du Jura et de l'Ain ont aussi répondu à l'appel à manifestation lancé par la Fédération nationale bovine. Emmenés par leurs FDSEA, ils se sont rassemblés devant l'abattoir Bigard de Cuiseaux.
« Cette baisse des prix résulte d'une volonté claire, nette et précise des opérateurs. » Pour Michel Joly, éleveur de Saône-et-Loire et trésorier de la Fédération nationale bovine (FNB), le doute n'est pas permis. Avec une centaine d'éleveurs venus de Saône-et-Loire, mais aussi du Jura et de l'Ain, emmenés par leurs FDSEA, il était devant les grilles de l'abattoir Bigard de Cuiseaux en ce 28 juillet. Et il ne cachait pas le sentiment qui prévaut dans les rangs des agriculteurs : « Il n'y a rien, objectivement, pour expliquer un tel dévissage des prix aujourd'hui. Dans les rangs des éleveurs il y a un vrai sentiment de trahison. » Avec des cours en baisse compris entre 1 euro et 1,20 du kilo observés ces derniers jours, c'est une impression de coup de poignard dans le dos qui se dessine. « Certains pays d'Europe de l'Est, explique sur place Jonathan Janichon, éleveur, membre du bureau de la FNB et président de la FDSEA de l'Ain, qui exportaient des animaux au Moyen-Orient, ont fait le choix, avec le blocage du détroit d'Ormuz, de reporter ces animaux sur des marchés européens, notamment en Allemagne. Le marché allemand a dévissé et les opérateurs français ont utilisé ce prétexte pour entraîner la même dynamique chez nous. En ricochet, les Italiens ont fait de même ce qui conduit à cette baisse du prix des broutards français. Les justifications avancées ne sont pas cohérentes : ils invoquent une baisse de consommation, qui ne s'observe pas. La consommation reste égale, même si elle s'érode lentement sur le long terme. Cela ne saurait justifier l'actuelle baisse des cours. »
Incompréhensible
À cela s'ajoute le fait que cette logique économique, destinée à faire des bénéfices à court terme, se cumule à la sécheresse actuelle qui pénalise énormément les éleveurs. L'attitude des opérateurs est d'autant plus incompréhensible que les effets de la décapitalisation bovine en France, observée depuis une dizaine d'années, se font toujours sentir, et qu'on manque aussi d'animaux en raison de la faiblesse des installations et des problèmes sanitaires récents qui ont entraîné des abattages. « À court terme, pour ces opérateurs, poursuit Jonathan Janichon, c'est bénéfique : ils nous achètent de la viande pas chère qu'ils revendront quand les prix vont remonter, mais cette stratégie, délétère pour l'élevage, est aussi dangereuse à terme, pour le maintien des outils d'abattage et donc pour ces mêmes opérateurs. Les mécanismes de vente ne se font pas sur trois semaines, ni sur trois mois. S'ils stockent de la viande qui leur aura coûté 10 euros et que dans un an, ils la vendent 12 euros, ils auront fait énormément d'argent. Que des entreprises gagnent de l'argent n'est pas un problème en soi, mais s’ils font une grosse plus-value, je n'imagine pas ces opérateurs se rendre chez les éleveurs en leur disant : « on va vous compenser l'argent qui vous a manqué l'an dernier… » On sait très bien qu'une fois engrangé chez eux, l'argent va y rester. L'élevage qui va tomber aujourd'hui à cause de cette attitude, on ne le remettra pas en route demain. »