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Énergie

Méthanisation : Un réseau plus propre pour du gaz « vert »

Lorsqu'on parle des productions énergétiques liées à l'agriculture, l'un des principaux points faibles est le raccordement de la production au réseau de distribution. Pour le gaz issu de la méthanisation, GRDF investit en ce sens, en usant d'une technologie plus vertueuse pour l'environnement. Exemple en Côte-d'Or.

Par Berty Robert
Méthanisation : Un réseau plus propre pour du gaz « vert »
La technologie employée par GRDF pour la pose de près de 3 km de canalisation permet de réduire fortement les émissions de CO2.

En ce 10 juin, sous la pluie, une énorme machine fait son office, lentement mais avec régularité, le long d'une parcelle de blé située à Hauteville-lès-Dijon. Ici, GRDF pose près de 3 km de réseau pour raccorder un méthaniseur au réseau principal de distribution. La machine creuse une tranchée et simultanément une conduite de gaz y prend place. Dans la foulée, la tranchée est rebouchée. Ce chantier n'est pas comme les autres : GRDF y met en œuvre, pour la première fois en Côte-d'Or une technologie innovante d'installation de réseau, plus respectueuse de l'environnement. La canalisation est en polyéthylène, enrubannée dans une membrane. Le grand intérêt de cette technologie de pose de canalisation, c'est qu'elle est beaucoup moins émettrice de CO2, comme l'explique Éric Passetti, directeur territorial GRDF pour la Bourgogne-Franche-Comté (BFC). : « au km, on passe de 8 t d'émission avec une technologie classique, à 1 t ici. On économise également l'évacuation de 350 t de gravats et de sable. » Et comme c'est un gaz « vert » qui va circuler dans ce conduit, le jeu est doublement gagnant d'un point de vue environnemental.

Réseau géolocalisable

Au-delà de cet aspect, cette technologie améliore aussi la sécurité des réseaux : le géotextile qui enrubanne la canalisation comprend un petit fil traceur en inox qui permet le géo-référencement du réseau. Ce dernier devient donc plus facilement géolocalisable. « Un de nos enjeux, poursuit Éric Passetti, c'est de diviser par 2 les émissions de GRDF lors de ce type de travaux, à l'horizon 2030. Mais tout cela nécessite d'avoir, au préalable, étudié le sol sur lequel on travaille, puisque cette pose ne peut pas se faire dans n'importe quel type de terrain. » Ce tuyau va permettre de transporter le gaz renouvelable produit par un méthaniseur porté par six agriculteurs (voir encadré) jusqu’à réseau de distribution principal du gaz. Ce méthaniseur doit produire 13,5 GWh de biométhane, ce qui permettra d'alimenter 750 foyers. Débutés le 11 mai, les travaux devraient se conclure fin juin. D'autres chantiers de même nature sont prévus puisque si, actuellement en BFC, 28 méthaniseurs injectent leur gaz dans le réseau GRDF (7 % de la consommation des habitants de BFC) dans les trois années à venir, c'est entre 60 et 70 nouveaux méthaniseurs qui vont se mettre à injecter dans le réseau. La construction de 220 km de réseau sera donc nécessaire, selon GRDF, pour un montant d'investissement de 28 millions d'euros.

Objectif 20 %

Tous ces réseaux ne feront pas forcément appel à cette nouvelle technologie, mais ce sera le cas à chaque fois que le sol le permettra. Des configurations du type de celle d'Hauteville-lès-Dijon, avec une unité de méthanisation éloignée du réseau principal, se reposeront inévitablement sur d'autres sites. « Il faudra créer des raccordements, précise Éric Passetti, des maillages ou des renforcements de réseaux et nous privilégierons au maximum la technologie du polyéthylène enrubanné. » À ce jour, en Côte-d'Or, la part du biométhane dans la consommation totale de gaz, est de 16 % mais on devrait être à plus de 20 % en 2028. Le méthaniseur d'Hauteville-lès-Dijon va entamer le remplissage de ses cuves de méthanisation à l'automne et si tout va bien, l'injection de gaz devrait débuter fin 2026.

Six exploitations associées

Les exploitations impliquées dans le méthaniseur d'Hauteville-lès-Dijon (EARL Franet, Gaec Estivalet-Bureau, Gaec Haag, Mathieu Lhuillier, Victor Dubuet et Jacques de Loisy) sont à Hauteville, Etaules, Corcelles-les-Monts et Flavignerot, toutes proches de la métropole dijonnaise. La construction de l'unité de méthanisation a, elle aussi, suivi une logique de préservation de l'environnement, grâce au travail de l'entreprise locale Roger Martin, qui a réalisé tout ce qui est terrassement. 60 000 t de déblais ne sont ainsi pas sortis du chantier mais y ont été réutilisés. « Les intrants du méthaniseur, précise Jacques de Loisy, sont des Cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive) et, en majorité du seigle, qui pousse bien sur ces terres caillouteuses, sans besoin de produits de protection. Une fois le seigle récolté, certains des exploitants vont resemer des cultures de printemps avec un cycle assez court. En ce qui me concerne, le seigle est semé en mélange avec de la luzerne, une légumineuse qui capte l'azote de l'air. Cette luzerne sera récoltée en une ou deux coupes pour donner des fourrages aux animaux. La luzerne est une culture qui peut rester deux ou trois ans en place et qui permet d'assurer un couvert permanent du sol ».