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Crise du porc et de l'élevage

Un problème breton, mais pas que...

Alors que les cotations ont repris sur le marché du porc breton, en dépit de l’absence des deux principaux opérateurs et sur un cours moyen en baisse, à 1,389/€, la crise porcine a fait l’objet de toutes les attentions du ministre de l’Agriculture qui a reçu le 18 août le président de la Cooperl, Patrice Guillet.
Par Jean-Baptiste Auduc
Un problème breton, mais pas que...
Ce mardi, tous les projecteurs étaient braqués sur le marché de Plérin
Après trois séances annulées, le marché du porc breton a tenu une séance le 18 août, en dépit de l’absence des deux principaux opérateurs, Cooperl et Bigard-Socopa. Le cours moyen s’est clôturé en légère baisse de 1,5 cent à 1,389 €/kg. 49 389 porcs étaient inscrits à la vente, 33 641 ont été vendus, 15 748 porcs n’ont pas trouvé preneur aux enchères. Compte-tenu de la situation tendue de ces dernières semaines les analystes ont constaté un excès d’offre. Le président de la FDSEA des Côtes d’Armor a manifesté son mécontentement devant cette baisse des cours, mais il a indiqué attendre la prochaine cotation (jeudi 20 août) pour engager de nouvelles actions.
Pendant ce temps là, Stéphane Le Fol, ministre de l’Agriculture a reçu le président de la Cooperl, ainsi que Coop de France. Patrice Drillet (Cooperl) s’est déclaré «satisfait d’avoir pu aller au fond de toutes les questions» et a apprécié que Stéphane Le Folle «n’ait fermé aucune porte». Il se félicite aussi que «les questions de compétitivité soient à l’ordre du jour du prochain conseil européen» des ministres de l’Agriculture qui se réunira le 7 septembre. Les propos du ministre sur les promotions, l’étiquetage et la dynamisation de l’export l’ont aussi «rassuré». Quant au cadran, dont il semble qu’il ait été peu question, le président de la Cooperl se dit prêt à entamer des discussions avec le président du marché du porc breton. La Cooperl rappelle d’ailleurs ses demandes pour la filière porcine : des mesures de dégagement du marché européen, l’étiquetage d’origine des viandes pour les produits transformés, un allègement sectoriel des «charges sur le travail», une compensation en France «de l’avantage fiscal que représente la TVA forfaitaire accordée aux producteurs allemands» et l’allègement de la réglementation française sur les installations classées (ICPE).

Coop de France renouvèle aussi sa demande de mesures «pour redonner de la compétitivité à l’agriculture et à l’agroalimentaire français» et avance quatre propositions face à la crise porcine : muscler les stratégies export, informer sur l’origine des produits, revoir le système de fixation des prix (via une rénovation du cadran), développer la contractualisation. Ces deux derniers points supposant «une importante restructuration des groupements de producteurs, trop atomisés».


En Bourgogne aussi la crise est profonde
En Bourgogne et dans l’Yonne notamment, l’élevage porcin est beaucoup moins présent que dans l’Ouest, mais subit les contre-coups de cette crise des prix qui s’inscrit dans une crise structurelle bien plus profonde, qui touche tout l’élevage français. Pour la première fois, les éleveurs doutent même d’avoir un avenir.

Les élevages de porcs sont nettement moins présents dans l’Yonne qu’en Bretagne (qui totalise 60% de la production française). Mais, en 5 ans, la moitié des éleveurs de porcs de l’Yonne ont arrêté cette production. Il en reste tout juste 30. Et l’optimisme n’est pas au rendez-vous : «Dans 10 ans, je ne suis pas sur qu’il y ait encore des éleveurs dans le coin» témoigne Emmanuel Bras, l’un des deux derniers éleveurs de porcs en plein air du département, se rappelant que «dans les années 90, le cours de la viande était favorable. Et les coûts des aliments étaient normaux. On était 12 éleveurs plein air dans une aire de 40 km. Maintenant, nous ne sommes plus que 2 ». La baisse du prix et du nombre d’exploitations, est plutôt la tendance actuelle. L’alimentation représente un poste de dépense important quand une exploitation porcine n’est pas autosuffisante : «Ce poste de dépense représente 60% du coût de production. De plus, une légère surproduction globale a entraîné une baisse des prix de vente» éclaire Catherine Chaland-Delvalle, en charge de ce dossier à la Chambre régionale d’agriculture. Du côté de Cirhyo, on pointe les normes qui poussent aux investissements. En 2013, la norme sur le bien-être animal a obligé nombre d’éleveurs à dépenser un argent devenu rare. Pour Emmanuel Bras, la crainte se portent du côté  des fosses à lisier : «Si je dois investir plus de 20 000 euros pour une nouvelle fosse, ça va être compliqué» avoue l’éleveur.

Une crise des prix
La Bretagne et notamment le marché de Plérin, fixe le cours français du porc pour toute la France. Et dans l’Yonne, aussi. Le groupement Cirhyo représente les éleveurs icaunais, mais aussi ceux d’une grande partie du Centre de la France. Il s’aligne donc sur les prix du marché de Plérin, avant la suspension de la cotation 10 août, à 1,40€/kg. «La crise est moins grave pour nous», assure Paul Poncet, directeur de site pour Cirhyo à Appoigny. «En effet, nous contrôlons toute la chaîne de production. Nous sommes actionnaires des abattoirs Tradival, ce qui permet d’absorber toute notre production» explique le directeur. «Ce qui est bizarre, ajoute Emmanuel Bras, c’est le double jeu de la Cooperl. La coopérative veut rémunérer ses adhérents tout en baissant les prix». «Ce problème breton reste breton» achève-t-il. La Cooperl, comme Cirhyo, dénonce la concurrence extérieure de l’Allemagne et de l’Espagne. «Comme le marché est international, il suffit qu’un pays produise plus pour dérégler le marché» analyse Catherine Chaland-Delvalle.

Les aides arrivent vite
En réponse à la crise plus générale de l’élevage français, l’État va débloquer plus de 600 millions d’euros pour les éleveurs en difficulté, pour soulager les trésoreries, dont 100 millions d’annulations de charges et de cotisations et 500 millions de reports. Cependant, nuance Etienne Henriot, président de la Chambre d’agriculture de l’Yonne : «il est difficile de régler les problèmes structurels qui touchent l’élevage en ce moment avec des aides conjoncturels». Traduction : les aides de cet été ne suffiront pas à rétablir la situation agricole française.