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Sécheresse

«Un phénomène qui empire»

Franck et Julien Jeannin, dans l’Auxois, évoquent la sécheresse et ses conséquences dans leur ferme de polyculture-élevage.
Par Aurélien Genest
«Un phénomène qui empire»
Les éleveurs du village de Chazilly, devant leur hangar comptant déjà 300 bottes de paille en moins.
La sécheresse a commencé de se faire ressentir dès le 14 juillet dans le secteur de Pouilly-en-Auxois. «Nous avons eu un orage et ensuite, plus rien ou presque, aucune précipitation digne de ce nom», déplore Franck Jeannin, rencontré la semaine dernière à Chazilly. Des pluies étaient attendues à partir du 27 octobre : bienvenues, celles-ci n’allaient pourtant pas beaucoup changer la donne, le «mal» étant fait.

Abreuvement important
De très nombreux allers-retours ont dû être effectués cet été dans les prés, afin d’assurer l’abreuvement des 550 bêtes charolaises, veaux compris, du Gaec Jeannin. «Entre 10 000 et 15 000 litres d’eau ont été nécessaires par jour. Nous avons aussi des prés branchés au réseau : cela nous a enlevé du travail supplémentaire mais la facture s’en retrouvera d’autant plus salée», soulignent les deux frères, ayant bénéficié d’une aide précieuse pour la main-d’œuvre, venue de leur père et de leur cousin. «Cela a été un travail au quotidien depuis début août. Je ne sais comment s’en sont sorties les personnes qui travaillent seules. Les sécheresses se multiplient, nous avons à faire à un phénomène qui empire», confie Franck Jeannin.

Des céréales non vendues
Face à l’ampleur de cette sécheresse, la première réaction des éleveurs aura été de conserver davantage de céréales initialement destinées à la vente : «nous avons gardé l’intégralité de notre orge, cela environ 60 tonnes de plus qu’une année plus classique, soit un volume total d’environ 180 tonnes. Une partie du blé, près de 20 tonnes, a été conservée dans le même objectif. Le manque à gagner est conséquent et proche de 15 000 euros, mais cette solution était la moins chère pour passer l’hiver. Cette céréale sera la bienvenue, le froid va arriver et l’herbe ne pousse plus». Franck et Julien Jeannin n’ont pas encore réalisé d’achat supplémentaire pour leur cheptel : «nous espérons ne pas le faire. Pour cela, il faudra que le lâcher des bêtes soit précoce l’an prochain. De toute façon, les prix de la paille varient entre 120 et 130 euros/tonne, ces tarifs sont déraisonnables et inaccessibles. Chez nous, l’affouragement a été retardé le plus possible pour ne pas trop entamer les stocks. Il a tout de même fallu affourager de nombreuses semaines, en alternant avec du foin pour les animaux les plus sensibles. Heureusement, la récolte de fourrages a été globalement correcte cette année, à l’exception du maïs qui a enregistré des baisses de 30 à 50 % de volumes dans la plupart des fermes».

1,5 année de stocks
Comme tous les ans, le Gaec Jeannin tente de conserver une année et demie de stocks de fourrages pour faire face à d’éventuels coups durs : «nous empilons et tentons d’en mettre un peu partout. D’habitude, à cette période de l’année, notre hangar est rempli de paille. Il nous manque déjà 300 bottes par rapport à l’an passé. Et encore, nous avons la chance d’être polyculteurs-éleveurs : nous ne savons pas comment vont faire les personnes qui sont 100 % dans l’élevage, avec l’achat d’aliments concentrés, dans un contexte de cours de céréales qui ont flambé. Avec la rareté et les prix exorbitants de la paille, cela nous paraît malheureusement inévitable : il y aura des situations dramatiques dans nos campagnes».

Une perte de 40 000 euros ?

L’année s’annonce particulièrement difficile sur le plan financier. «Elle partait pourtant très bien, avec des moissons plutôt correctes et l’augmentation des cours céréaliers», rappelle Franck Jeannin, «mais nous avons vite déchanté avec cette sécheresse qui nous coûte cher. Pour ne rien arranger, le prix du carburant est reparti à la hausse, le GNR atteint un euro TTC, c’est inadmissible. Sur une exploitation comme la nôtre, cela représente une somme de 9 000 euros de plus par rapport à l’an dernier. Les nombreux allers-retours dans les champs, le travail difficile de la terre dure comme de la pierre vont gonfler encore plus la note du carburant. Pour l’eau, je ne comprends pas qu’il n’y ait aucun aménagement possible : il pourrait y avoir des aides pour les élevages, la possibilité de forer, des tarifs spéciaux pour les animaux ou je ne sais pas quoi. C’est un détail, mais un de plus : les vaccins FCO ne sont plus remboursés. Des coûts se rajoutent chaque semaine, cela devient très difficile dans le monde de l’élevage, le moral des agriculteurs en pâtit. Les cours des bovins sont également décevants. Le prix de vaches maigres devient catastrophique lui aussi, avec tous les animaux qui arrivent en masse sur le marché, faute à la décapitalisation liée à la sécheresse. L’État devrait prendre en mesure nos difficultés, taxer à outrance ne fonctionne pas. Le nouveau ministre ? On verra les actes, mais cela fait un petit moment je ne crois plus aux politiques. Il est très difficile de chiffrer aujourd’hui l’impact de la sécheresse sur mon exploitation, d’autant qu’elle n’est peut-être finie et nous ne connaissons pas encore toutes ses conséquences. 40 000 euros ? Nous n’en serons certainement pas loin. Si nous pouvions toucher les calamités, ce serait bien. Le dégrèvement de la TFNB, nous prenons également. Mais le trou global sera loin d’être bouché, malheureusement».