Prairies temporaires
Un levier pour optimiser le coût alimentaire des élevages allaitants ?
Afin de tendre vers l’autonomie fourragère et protéique, la ferme du Lycée Agricole de Quetigny, située à Tart-le bas, a décidé en 2015 d’intégrer dans son assolement des prairies temporaires. Cette modification de système a été suivie par la Chambre d’agriculture de Côte-d’Or afin de répondre aux questions suivantes : quelles sont les caractéristiques nutritionnelles de ces fourrages ? Quelle valorisation dans les rations ? Quels impacts sur les performances zootechniques et sur le coût alimentaire ? Cet article vous apporte les premiers éléments de réponse à ces questions.
Caractéristiques des prairies temporaires implantées
Les deux parcelles ont été semées avec un mélange multiespèces afin de maximiser la production de biomasse sur l’ensemble de la saison végétative et d’avoir une bonne couverture de sol afin de limiter au mieux les adventices.
Des prairies temporaires pour tendre vers l’autonomie fourragère…
Le graphique 2 présente les rendements obtenus durant l’année 2017 pour chacune des deux parcelles. La parcelle en trèfle violet/fétuque élevée a produit 9,3 t MS/ha sur 2 coupes malgré le fait qu’elle possède un sol acide et hydromorphe. Quant à la seconde parcelle, son sol sain et profond ainsi que l’apport de compost ont permis la réalisation de 4 coupes pour un rendement total de 14,9 t MS/ha. En comparant avec les prairies permanentes qui produisent en moyenne 4 à 5 t MS/ha sur la première coupe, nous pouvons constater au travers de cet essai qu’avec leur rendement élevé, les prairies temporaires sont un levier pour tendre vers l’autonomie fourragère.
… mais aussi vers l’autonomie protéique !
• Parcelle 1
Si on se fie aux quantités semées de chaque espèce et au peuplement théorique (Cf. graphique 1), on pourrait s’attendre à avoir un fourrage beaucoup plus riche en MAT grâce à la présence importante de trèfle violet lors du semis. Or, à cause du sol hydromorphe et acide, la fétuque élevée a pris le dessus sur le trèfle violet. Les espèces présentes lors de la récolte n’ont pas systématiquement la même proportion que celles initialement semées. Ainsi, comme nous le révèle les analyses de fourrage, le foin produit sur cette parcelle est équilibré entre l’azote et l’énergie qu’il contient et est compatible avec une distribution à volonté. Il est également plus dense en protéines et en énergie qu’un foin de prairie permanente.
Ce fourrage a été distribué à volonté durant tout l’hiver aux génisses de 1 et 2 ans. Les animaux recevaient comme correcteur énergétique 800 g/j/animal de maïs grain aplati mais aucun correcteur azoté. Pour les génisses de 1 an, la ration apportait quotidiennement 5,6 UFL, 555 g de PDI soit 99 g PDI/UFL et une DERm de 0,82. Le GMQ a été de 615 ± 159 g et en fin d’hiver le lot pesait en moyenne 475 ± 36 kg à 15,4 mois. Ce GMQ correspond à un système de vêlage à 3 ans. Or, en cas de vêlage plus précoce ou d’offre en herbe printanière limitée, ne permettant pas de croissance compensatrice, il est possible de densifier énergétiquement la ration tout en maintenant un ratio PDI/UFL d’environ 100 à 110 g pour obtenir un GMQ plus élevé.
Quant aux génisses de 2 ans, leur capacité d’ingestion plus importante leur a permis de mieux valoriser le fourrage. Le GMQ moyen pour le lot a été de 761 ± 176 g et, au 13 février 2018, 24 des 26 animaux constituant le lot avaient pu être inséminés. L’âge et le poids moyen à l’IA sont respectivement de 26,2 mois et de 614 ± 28 kg (soit 72% du poids adulte).
• Parcelle 2
La première coupe a été réalisée avant le stade début floraison des graminées et a permis la constitution de stocks de qualité. Une récolte plus précoce aurait permis d’obtenir un fourrage de meilleure valeur alimentaire mais au détriment du rendement. Le stade de récolte en première coupe dépend donc de vos besoins en fourrages, des autres fourrages qui composent vos rations et des catégories d’animaux concernées. Quant au rythme d’exploitation des repousses, il est nécessaire de faucher tous les 40 à 60 jours pour maximiser la valeur alimentaire du fourrage. Les analyses nous montrent que cette parcelle a permis la production de fourrages riches en protéines et en azote soluble mais par conséquent déséquilibrés. Ils peuvent alors servir de correcteur azoté dans la ration mais doivent être rationnés afin de ne pas engendrer de troubles métaboliques. En effet, une ration trop riche en azote soluble et en protéines par rapport aux besoins des animaux et à l’énergie apportée peut pénaliser la reproduction (diminution du taux de fécondation, augmentation du risque de mortalité embryonnaire précoce…) et augmenter de l’IVV.
Dans le cas de l’exploitation du Lycée Agricole de Quetigny, ce fourrage est rationné et est distribué aux vaches allaitantes suitées en complément de foin de prairie permanente. Les vaches reçoivent du maïs grain comme correcteur énergétique mais pas de correcteur azoté. A noter qu’avec ce type de fourrage, l’utilisation d’une céréale à paille comme de l’orge à la place du maïs grain serait préférable pour mieux valoriser l’azote soluble libéré dans le rumen et limiter la production d’urée à l’origine des troubles de la reproduction. De plus, dans l’hypothèse où le fourrage ne permet pas de corriger suffisamment la ration en protéines et que l’apport d’un correcteur azoté soit nécessaire, il faudra opter pour un tourteau faiblement soluble (tourteau de soja, colza, tourteau tanné…).
Pour les multipares, les rations distribuées quotidiennement étaient les suivantes :
A noter que les multipares sont séparées des primipares. En effet, ces dernières ont comparativement aux multipares des besoins supérieures et une capacité d’ingestion moindre. Elles recevaient donc une ration plus dense en énergie. Quant aux veaux, ils étaient complémentés à volonté sous la mère avec un mélange fermier maïs grain/tourteau de colza dosant 17% MAT. Les croissances hivernales ont été suivies dans le cadre du contrôle de performances et sont synthétisées dans le graphique 6.
Et d’un point de vue économique ?
Au niveau du coût alimentaire, est-il plus rentable pour cette exploitation de tendre vers l’autonomie protéique avec les prairies temporaires ou vaut-il mieux utiliser du foin de prairie permanente complémenté avec une céréale et un correcteur azoté (tourteau de colza) ? Afin de répondre à cette question, une simulation économique a été réalisée. Tout d’abord, le coût de production des différents fourrages a été calculé avec précision dans le cas de cette exploitation. Par exemple, le coût de production de l’enrubannage 1ère coupe de la parcelle 2, du foin de la parcelle 1 et du foin de prairie permanente sont respectivement de 87, 96 et 126 €/t MS. Puis, pour comparaison, des rations apportant la même quantité d’UFL et le même ratio PDI/UFL (PDIN limitant) ont été simulées avec foin à volonté, tourteau de colza (250 € t MB) et maïs aplati (170 €/t MB). Le calcul a été réalisé sur la base d’un animal moyen pour chaque lot et laisse apparaitre une économie sur le coût alimentaire de 8771 € dans le cadre de l’exploitation pour l’hiver 2017/2018.
Or, plusieurs points viennent nuancer ce résultat :
Le rendement en matière sèche des prairies temporaires étant élevé, le coût de production du fourrage se retrouve fortement dilué. Dans un contexte pédoclimatique moins favorable, le coût de production ramené à la tonne de MS serait plus élevé tout comme le coût des rations.
Dans le cadre de cette exploitation, les prairies temporaires occupent une surface de 15 ha initialement dédiée aux cultures. C’est donc des charges d’alimentation en moins mais du produit « grandes cultures » en moins ! Or, il y a un véritable effet agronomique lorsque l’on introduit des prairies temporaires dans son assolement (fertilisation, lutte contre les adventices…) que l’on ne chiffre pas dans l’essai.
Les deux parcelles ont été semées avec un mélange multiespèces afin de maximiser la production de biomasse sur l’ensemble de la saison végétative et d’avoir une bonne couverture de sol afin de limiter au mieux les adventices.
Des prairies temporaires pour tendre vers l’autonomie fourragère…
Le graphique 2 présente les rendements obtenus durant l’année 2017 pour chacune des deux parcelles. La parcelle en trèfle violet/fétuque élevée a produit 9,3 t MS/ha sur 2 coupes malgré le fait qu’elle possède un sol acide et hydromorphe. Quant à la seconde parcelle, son sol sain et profond ainsi que l’apport de compost ont permis la réalisation de 4 coupes pour un rendement total de 14,9 t MS/ha. En comparant avec les prairies permanentes qui produisent en moyenne 4 à 5 t MS/ha sur la première coupe, nous pouvons constater au travers de cet essai qu’avec leur rendement élevé, les prairies temporaires sont un levier pour tendre vers l’autonomie fourragère.
… mais aussi vers l’autonomie protéique !
• Parcelle 1
Si on se fie aux quantités semées de chaque espèce et au peuplement théorique (Cf. graphique 1), on pourrait s’attendre à avoir un fourrage beaucoup plus riche en MAT grâce à la présence importante de trèfle violet lors du semis. Or, à cause du sol hydromorphe et acide, la fétuque élevée a pris le dessus sur le trèfle violet. Les espèces présentes lors de la récolte n’ont pas systématiquement la même proportion que celles initialement semées. Ainsi, comme nous le révèle les analyses de fourrage, le foin produit sur cette parcelle est équilibré entre l’azote et l’énergie qu’il contient et est compatible avec une distribution à volonté. Il est également plus dense en protéines et en énergie qu’un foin de prairie permanente.
Ce fourrage a été distribué à volonté durant tout l’hiver aux génisses de 1 et 2 ans. Les animaux recevaient comme correcteur énergétique 800 g/j/animal de maïs grain aplati mais aucun correcteur azoté. Pour les génisses de 1 an, la ration apportait quotidiennement 5,6 UFL, 555 g de PDI soit 99 g PDI/UFL et une DERm de 0,82. Le GMQ a été de 615 ± 159 g et en fin d’hiver le lot pesait en moyenne 475 ± 36 kg à 15,4 mois. Ce GMQ correspond à un système de vêlage à 3 ans. Or, en cas de vêlage plus précoce ou d’offre en herbe printanière limitée, ne permettant pas de croissance compensatrice, il est possible de densifier énergétiquement la ration tout en maintenant un ratio PDI/UFL d’environ 100 à 110 g pour obtenir un GMQ plus élevé.
Quant aux génisses de 2 ans, leur capacité d’ingestion plus importante leur a permis de mieux valoriser le fourrage. Le GMQ moyen pour le lot a été de 761 ± 176 g et, au 13 février 2018, 24 des 26 animaux constituant le lot avaient pu être inséminés. L’âge et le poids moyen à l’IA sont respectivement de 26,2 mois et de 614 ± 28 kg (soit 72% du poids adulte).
• Parcelle 2
La première coupe a été réalisée avant le stade début floraison des graminées et a permis la constitution de stocks de qualité. Une récolte plus précoce aurait permis d’obtenir un fourrage de meilleure valeur alimentaire mais au détriment du rendement. Le stade de récolte en première coupe dépend donc de vos besoins en fourrages, des autres fourrages qui composent vos rations et des catégories d’animaux concernées. Quant au rythme d’exploitation des repousses, il est nécessaire de faucher tous les 40 à 60 jours pour maximiser la valeur alimentaire du fourrage. Les analyses nous montrent que cette parcelle a permis la production de fourrages riches en protéines et en azote soluble mais par conséquent déséquilibrés. Ils peuvent alors servir de correcteur azoté dans la ration mais doivent être rationnés afin de ne pas engendrer de troubles métaboliques. En effet, une ration trop riche en azote soluble et en protéines par rapport aux besoins des animaux et à l’énergie apportée peut pénaliser la reproduction (diminution du taux de fécondation, augmentation du risque de mortalité embryonnaire précoce…) et augmenter de l’IVV.
Dans le cas de l’exploitation du Lycée Agricole de Quetigny, ce fourrage est rationné et est distribué aux vaches allaitantes suitées en complément de foin de prairie permanente. Les vaches reçoivent du maïs grain comme correcteur énergétique mais pas de correcteur azoté. A noter qu’avec ce type de fourrage, l’utilisation d’une céréale à paille comme de l’orge à la place du maïs grain serait préférable pour mieux valoriser l’azote soluble libéré dans le rumen et limiter la production d’urée à l’origine des troubles de la reproduction. De plus, dans l’hypothèse où le fourrage ne permet pas de corriger suffisamment la ration en protéines et que l’apport d’un correcteur azoté soit nécessaire, il faudra opter pour un tourteau faiblement soluble (tourteau de soja, colza, tourteau tanné…).
Pour les multipares, les rations distribuées quotidiennement étaient les suivantes :
A noter que les multipares sont séparées des primipares. En effet, ces dernières ont comparativement aux multipares des besoins supérieures et une capacité d’ingestion moindre. Elles recevaient donc une ration plus dense en énergie. Quant aux veaux, ils étaient complémentés à volonté sous la mère avec un mélange fermier maïs grain/tourteau de colza dosant 17% MAT. Les croissances hivernales ont été suivies dans le cadre du contrôle de performances et sont synthétisées dans le graphique 6.
Et d’un point de vue économique ?
Au niveau du coût alimentaire, est-il plus rentable pour cette exploitation de tendre vers l’autonomie protéique avec les prairies temporaires ou vaut-il mieux utiliser du foin de prairie permanente complémenté avec une céréale et un correcteur azoté (tourteau de colza) ? Afin de répondre à cette question, une simulation économique a été réalisée. Tout d’abord, le coût de production des différents fourrages a été calculé avec précision dans le cas de cette exploitation. Par exemple, le coût de production de l’enrubannage 1ère coupe de la parcelle 2, du foin de la parcelle 1 et du foin de prairie permanente sont respectivement de 87, 96 et 126 €/t MS. Puis, pour comparaison, des rations apportant la même quantité d’UFL et le même ratio PDI/UFL (PDIN limitant) ont été simulées avec foin à volonté, tourteau de colza (250 € t MB) et maïs aplati (170 €/t MB). Le calcul a été réalisé sur la base d’un animal moyen pour chaque lot et laisse apparaitre une économie sur le coût alimentaire de 8771 € dans le cadre de l’exploitation pour l’hiver 2017/2018.
Or, plusieurs points viennent nuancer ce résultat :
Le rendement en matière sèche des prairies temporaires étant élevé, le coût de production du fourrage se retrouve fortement dilué. Dans un contexte pédoclimatique moins favorable, le coût de production ramené à la tonne de MS serait plus élevé tout comme le coût des rations.
Dans le cadre de cette exploitation, les prairies temporaires occupent une surface de 15 ha initialement dédiée aux cultures. C’est donc des charges d’alimentation en moins mais du produit « grandes cultures » en moins ! Or, il y a un véritable effet agronomique lorsque l’on introduit des prairies temporaires dans son assolement (fertilisation, lutte contre les adventices…) que l’on ne chiffre pas dans l’essai.
Votre conseiller bovins viande peut vous accompagner dans la réalisation de votre plan de rationnement.
Cette prestation, d’un montant de 250 € HT, comprend la réalisation de votre bilan fourrager, deux analyses de fourrages au choix, la réalisation d’un plan de rationnement adapté à vos objectifs et aux besoins de vos lots d’animaux ainsi qu’une visite de suivi.
Contact : Florent Gavard (06.49.81.32.38) - Matthieu Javelle pour les adhérents Bovins Croissance (06.85.23.36.85)
Contact : Florent Gavard (06.49.81.32.38) - Matthieu Javelle pour les adhérents Bovins Croissance (06.85.23.36.85)