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Viande bovine

« Stop à la sinistrose ! »

Sur fond de sécheresse et de cours de la viande affaissés, Emmanuel Bernard, vice-président de la FNB et président de la section bovine FDSEA revient sur la conjoncture de rentrée syndicale à la FNB.
Par Propos recueillis par Théophile Mercier et Stéphane Lafranchise
« Stop à la sinistrose ! »
Emmanuel Bernard, vice-président de la FNB et président de la section bovine FDSEA.
• Emmanuel, un point rapide sur la conjoncture du secteur bovin viande en cette rentrée syndicale…
Emmanuel Bernard : « Le contexte a peu évolué durant l’été tant sur le plan climatique que sur celui des cours. Une chose est claire néanmoins, l’état d’esprit dans les campagnes est altéré. Parce qu’il fait sec, très sec, parce que les prix des animaux, notamment ceux de la viande sont bas et parce que si l’on écoute chaque jour les semeurs de peur et de sinistrose qui passent dans les cours de ferme, il ne nous reste plus qu’à espérer un don du ciel pour croire en des jours meilleurs. Mais à y regarder de plus près, la vérité a un tout autre visage ».

• Quelques précisions…
E. B. : « Il ne s’agit pas de vendre du rêve aux gens mais simplement de rappeler deux ou trois éléments qui ne souffrent pas la contestation. On nous bassine à longueur de journée sur la baisse de la consommation de viande, mais une étude publiée par le Crédoc durant l’été démontre que les modes de consommation de viande évoluent très vite et qu’en milieu urbain, là où se concentrent 80 % des consommateurs de notre pays, la part de RHF ne cesse de croître et que dans ce mode de restauration, le burger a supplanté le jambon-beurre. L’étude dit aussi que la génération des 18-24 ans, mange du fait de cette évolution plus de viande que ses aînés. Une autre étude « Où va le bœuf » qui va sortir à l’automne laisse apparaître une tendance similaire. Alors je vais vous la faire courte : ça signifie simplement que plutôt que de vendre de la peur aux  gens, les acteurs de l’aval doivent se poser la question de l’adaptation à ces nouvelles tendances de consommation… et puis avancer sur le sujet, pas seulement en parler… ».

• Et sur le plan de la sécheresse, quelle vision, quelles actions vont être mises en place ?
E. B. : « La sécheresse elle est indéniable et les agriculteurs en souffrent, ça c’est clair. La quasi-totalité des éleveurs ont d’ores et déjà tapé dans les stocks hivernaux, les semis de dérobés pour récolter du fourrage ont été très difficiles voire impossibles, et les résultats des ensilages de maïs sont mauvais. On a donc au niveau de la FDSEA mobilisé l’État pour activer le dispositif des calamités et tout ce qui y est rattaché (dispositifs fiscaux, demande d’aide exceptionnelle, etc.). On va faire le boulot sur le sujet mais il ne faut pas se leurrer et résumer le problème plus général de l’élevage à l’aléa climatique ou sanitaire du moment. C’est tentant, ça fait le buzz dans la presse et puis après…
Non le vrai problème, c’est surtout le monde économique qui le génère. Parce que le maintien artificiel et volontaire des bas prix n’est pas lié à autre chose qu’à la concentration des acheteurs et de la grande distribution. La situation actuelle l’illustre pleinement parce que les statistiques d’abattage dans plusieurs pays sont en hausse, mais il n’y a pas de variation sur les cours pour autant. L’offre et la demande dans tout ça… on n’en parle même pas. Et quand on voit ce que risque de donner le chantier des États Généraux de l’alimentation, on se dit qu’il n’y a pas grand-chose à attendre de l’État, qui a laissé des décennies durant la distribution se concentrer et qui le moment venu d’assumer des choix forts pour le prix payé aux producteurs cède aux lobbys des Leclerc et compagnie. Il ne s’agit pas d’être fataliste mais d’appréhender la situation à laquelle nous sommes confrontés avec pragmatisme. En clair et au vu des tendances de consommation, l’enjeu de la RHF revient sur le devant de la table ».

• Des initiatives sont elles envisagées ?
E. B. : « La part de restauration hors foyer augmente et pour maintenir les équilibres économiques du modèle à bas prix, les opérateurs jouent sur l’importation de viande bovine pour pourvoir aux besoins de ce marché. L’importation de viande bovine a statistiquement bondi de 5 % ces derniers mois et en la matière, l’État et le politique ont une conduite à peine plus éthique que la GMS. Donc on va retourner au-devant de ces acteurs parce qu’ils constituent un débouché important et en progression constante de nos productions ».

•  Et sur le marché du vif, quelles tendances ?
E. B. : « L’export tire même si l’Algérie est fermée pour cause de fièvre aphteuse. Une délégation professionnelle s’y rendra en octobre pour tenter de trouver une solution. Et puis le travail continuera à Cournon avec les Turcs avec lesquels des discussions sont en cours pour effectuer des échanges en direct et via l’Espagne ou la Hongrie. Une délégation « sanitaire » viendra expertiser les modalités de quarantaines possibles et même si les dévaluations monétaires sont le principal argument des acheteurs pour justifier d’un débouché turc en stagnation et donc de petits prix, il faut bien se dire que si la dévaluation de la monnaie affecte notre compétitivité sur ce marché, elle affecte aussi celle des Irlandais ou des Sud-Américains. En somme il n’y a pas de sujet. Retenons seulement que sur le vif, l’export est complètement vital et que notre boulot syndical c’est de continuer à agir pour ouvrir ou rouvrir des marchés. On s’y attachera de manière concrète et ce sujet sera la thématique de la soirée élevage de la section bovine le 5 novembre à Châtillon-en-Bazois. Elle est en cours de construction ».