Viande bovine
Retenir les bêtes tant que les prix ne remontent pas
La Fédération nationale bovine (FNB) appelle les éleveurs à retenir leurs animaux en ferme. Une réaction suscitée par des prix toujours à la baisse et ce, malgré l’opportunité de débouchés autres que la restauration, entraînée par la crise sanitaire actuelle.
C’est par un communiqué publié le 10 avril que l’affaire a été officialisée : La Fédération nationale bovine (FNB) a appelé les éleveurs à retenir au maximum leurs animaux en ferme, afin de protester contre le silence du gouvernement et l’attitude, jugée « irresponsable » des acteurs de l’aval de sa filière. On le sait, la question des prix est un torchon qui brûle depuis déjà plusieurs mois entre des éleveurs, appelés à fournir des efforts en matière de montée en gamme de la viande qu’ils produisent, et des acteurs de marché accusés de pratiquer un discours absolument pas en accord avec les actes. Pour résumer : les efforts produits en élevages ne se traduisent pas sur les prix de vente de la viande. La situation se trouve aujourd’hui encore aggravée par la crise sanitaire du Covid 19. Celle-ci, qui s’est traduite par la fermeture de la restauration collective et de la restauration hors domicile, aurait pu aussi entraîner une réorientation, au moins partielle, de la commercialisation de la viande vers d’autres canaux (grande distribution, marchés…) ce qui aurait pu permettre un maintien des prix. Ce n’est pourtant pas ce qui s’est produit.
Demande d’un prix minimum
Dans son communiqué du 10 avril, la FNB pointe « l’attitude irresponsable des acteurs de l’aval de la filière viande bovine qui ont provoqué une nouvelle baisse du prix payé aux éleveurs alors même que les consommateurs achètent de plus en plus de viandes bovines françaises, en GMS, depuis le début du confinement ». La fédération a donc demandé au ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation d’instaurer un prix minimum payé aux éleveurs, à hauteur de leurs coûts de production « pour garantir le maintien de la production de viande bovine sur les territoires et assurer un approvisionnement de qualité aux consommateurs français. » Une demande restée sans réponse. C’est la raison pour laquelle, face à cette inaction, la FNB demande aujourd’hui aux éleveurs de conserver, autant que possible, leurs bêtes jusqu’à l’obtention d’une remontée des prix. « Nous avons le sentiment de nous faire balader», constate, face à cette situation, Emmanuel Bernard, éleveur dans la Nièvre et vice-président de la FNB, «par des gens qui, un jour, nous expliquent qu’on ne mange plus de viande, qu’on n’exporte plus, que nous avons un déséquilibre matière et qu’il faut lancer du stockage privé… On a une filière qui semble incapable de prendre du recul sur une situation évidemment compliquée à gérer avec la fermeture des restaurants qui supprime des débouchés mais, que je sache, les Français sont toujours 67 millions à manger, sur le plan du pouvoir d’achat, au mois de mars, il n’y avait pas non plus de problème, on pouvait donc trouver des solutions. Il faut faire preuve d’imagination, sortir des schémas habituels de réflexion et ça, les acteurs avals de la filière ne le font pas. On a eu des exemples de réactions rapides et créatives de débouchés, à travers la vente directe, par exemple, mais pour ce qui concerne notre filière, on a surtout eu l’impression qu’on faisait avant tout peur aux gens. Et quand on a peur, on ne réfléchit plus à des solutions de sortie de crise… »
Faire évoluer les modes de fonctionnement
Le vice-président de la FNB a bien conscience que face à la crise actuelle, la réorientation des débouchés ne peut se faire d’un claquement de doigts, mais il regrette l’impossibilité pour ces acteurs de la filière, de changer leurs modes habituels de fonctionnement. « Prenez l’exemple des masques qui nous manquent tant en ce moment : je suis impressionné par l’ingéniosité des gens qui, face à la pénurie, se débrouillent pour en fabriquer eux-mêmes. Je pense que la filière aurait dû faire preuve de la même imagination pour éviter la baisse des prix que nous connaissons. On a su que se faire peur ». L’exemple à ses yeux le plus flagrant de cette tendance aura été l’attitude envers l’Italie : « sur les broutards, tout le monde s’attendait à une catastrophe et finalement, avec les Italiens, tout fonctionne, même s’il faut prendre des précautions. Les prix sont restés les mêmes, les Italiens sont démoralisés par l’attitude de la filière bovine française qui va jusqu’à brader des jeunes bovins à l’export alors que les Italiens ne demandent pas ça ! Au bout du compte, aujourd’hui, et même si nos trésoreries ne sont pas au mieux, on en est parvenus à la conclusion qu’il valait peut-être mieux retenir nos bêtes, et se serrer la ceinture pour empêcher la baisse des prix, afin de faire comprendre à la filière que nous ne sommes pas prêts à vendre nos animaux à n’importe quel prix ! » Une action de ce type est relativement inédite et pas simple à mettre en œuvre alors que la profession est déjà préoccupée par des risques de sécheresse. Du coup, les éleveurs, qui paraissent motivés pour mener cette action, auront-ils les moyens de leur ambition ? Il est vrai aussi que la période actuelle, sur notre région, n’est, traditionnellement, pas marquée par des sorties d’animaux très importantes, ce qui peut rendre la chose plus viable. En conclusion, Emmanuel Bernard rappelle trois données chiffrées qu’il a toujours en tête et qui illustrent l’absurdité de la situation actuelle : « nos compatriotes consomment 1,05 million de tonnes de viande bovine française par an, la France en exporte entre 240 000 et 280 000 tonnes par an, et en importe entre 330 000 et 350 000 tonnes. Donc, en théorie, si nous fermons les frontières, nous devenons déficitaires en viande bovine. Les choses ne sont évidemment pas aussi simples, mais si les gens veulent que les éleveurs français puissent continuer à travailler, il faut quand même leur apporter des gages et leur permettre d’être plus sereins… »
Demande d’un prix minimum
Dans son communiqué du 10 avril, la FNB pointe « l’attitude irresponsable des acteurs de l’aval de la filière viande bovine qui ont provoqué une nouvelle baisse du prix payé aux éleveurs alors même que les consommateurs achètent de plus en plus de viandes bovines françaises, en GMS, depuis le début du confinement ». La fédération a donc demandé au ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation d’instaurer un prix minimum payé aux éleveurs, à hauteur de leurs coûts de production « pour garantir le maintien de la production de viande bovine sur les territoires et assurer un approvisionnement de qualité aux consommateurs français. » Une demande restée sans réponse. C’est la raison pour laquelle, face à cette inaction, la FNB demande aujourd’hui aux éleveurs de conserver, autant que possible, leurs bêtes jusqu’à l’obtention d’une remontée des prix. « Nous avons le sentiment de nous faire balader», constate, face à cette situation, Emmanuel Bernard, éleveur dans la Nièvre et vice-président de la FNB, «par des gens qui, un jour, nous expliquent qu’on ne mange plus de viande, qu’on n’exporte plus, que nous avons un déséquilibre matière et qu’il faut lancer du stockage privé… On a une filière qui semble incapable de prendre du recul sur une situation évidemment compliquée à gérer avec la fermeture des restaurants qui supprime des débouchés mais, que je sache, les Français sont toujours 67 millions à manger, sur le plan du pouvoir d’achat, au mois de mars, il n’y avait pas non plus de problème, on pouvait donc trouver des solutions. Il faut faire preuve d’imagination, sortir des schémas habituels de réflexion et ça, les acteurs avals de la filière ne le font pas. On a eu des exemples de réactions rapides et créatives de débouchés, à travers la vente directe, par exemple, mais pour ce qui concerne notre filière, on a surtout eu l’impression qu’on faisait avant tout peur aux gens. Et quand on a peur, on ne réfléchit plus à des solutions de sortie de crise… »
Faire évoluer les modes de fonctionnement
Le vice-président de la FNB a bien conscience que face à la crise actuelle, la réorientation des débouchés ne peut se faire d’un claquement de doigts, mais il regrette l’impossibilité pour ces acteurs de la filière, de changer leurs modes habituels de fonctionnement. « Prenez l’exemple des masques qui nous manquent tant en ce moment : je suis impressionné par l’ingéniosité des gens qui, face à la pénurie, se débrouillent pour en fabriquer eux-mêmes. Je pense que la filière aurait dû faire preuve de la même imagination pour éviter la baisse des prix que nous connaissons. On a su que se faire peur ». L’exemple à ses yeux le plus flagrant de cette tendance aura été l’attitude envers l’Italie : « sur les broutards, tout le monde s’attendait à une catastrophe et finalement, avec les Italiens, tout fonctionne, même s’il faut prendre des précautions. Les prix sont restés les mêmes, les Italiens sont démoralisés par l’attitude de la filière bovine française qui va jusqu’à brader des jeunes bovins à l’export alors que les Italiens ne demandent pas ça ! Au bout du compte, aujourd’hui, et même si nos trésoreries ne sont pas au mieux, on en est parvenus à la conclusion qu’il valait peut-être mieux retenir nos bêtes, et se serrer la ceinture pour empêcher la baisse des prix, afin de faire comprendre à la filière que nous ne sommes pas prêts à vendre nos animaux à n’importe quel prix ! » Une action de ce type est relativement inédite et pas simple à mettre en œuvre alors que la profession est déjà préoccupée par des risques de sécheresse. Du coup, les éleveurs, qui paraissent motivés pour mener cette action, auront-ils les moyens de leur ambition ? Il est vrai aussi que la période actuelle, sur notre région, n’est, traditionnellement, pas marquée par des sorties d’animaux très importantes, ce qui peut rendre la chose plus viable. En conclusion, Emmanuel Bernard rappelle trois données chiffrées qu’il a toujours en tête et qui illustrent l’absurdité de la situation actuelle : « nos compatriotes consomment 1,05 million de tonnes de viande bovine française par an, la France en exporte entre 240 000 et 280 000 tonnes par an, et en importe entre 330 000 et 350 000 tonnes. Donc, en théorie, si nous fermons les frontières, nous devenons déficitaires en viande bovine. Les choses ne sont évidemment pas aussi simples, mais si les gens veulent que les éleveurs français puissent continuer à travailler, il faut quand même leur apporter des gages et leur permettre d’être plus sereins… »