La Région et la Chambre d'agriculture régionale en partenaires
La Chambre régionale d'agriculture de Bourgogne-Franche-Comté et le Conseil régional ont conclu un partenariat. Il implique des fonds à destination de l'agriculture, pour beaucoup déjà prévus. 24 millions d'euros d'aides régionales viennent tout de même en surplus.
La Chambre régionale d'agriculture de Bourgogne-Franche-Comté (BFC) et le Conseil régional de BFC ont conclu, le 26 mai, un nouveau partenariat autour d'une enveloppe budgétaire globale de 150 millions d'euros. Un montant qui réclame toutefois d'être détaillé. Ce partenariat concrétise la double volonté de Vincent Lavier, président de la Chambre régionale d'agriculture, et de Jérôme Durain, son homologue du Conseil régional, de retisser des liens très malmenés ces dernières années entre la collectivité régionale et le monde agricole. La gestion, très problématique, du Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) ayant laissé des traces, et si la question semble avoir progressé en fluidité, elle n'est pas encore réglée complètement. Toutefois, pour Vincent Lavier, travailler en bonne entente avec un acteur comme la Région apparaît indispensable, dans une période où l'agriculture est plus que jamais en attente d'une vision politique de long terme. « Lorsqu'on est capables de porter des dossiers ensemble, souligne Vincent Lavier, on parvient à les faire aboutir. J'ai en mémoire la fameuse Mesure agroenvironnementale et climatique - Zones intermédiaires (MAEC-ZI) qui est née chez nous. Nous étions parvenus, à l'époque, à la « vendre » au ministre de l'Agriculture de l'époque, Julien Denormandie. Elle nous a amené 45 millions d'euros, une somme qui a pu irriguer nos territoires. Cela nous permet aujourd'hui d'aller chercher une somme complémentaire. »
24 millions d'euros sur trois ans
Fin mars, Région et représentants agricoles sont également montés à Bruxelles afin de faire valoir les spécificités de la BFC auprès des instances européennes, alors que les discussions sur la future PAC (2028-2034) s'annoncent rudes. Mais comment se décompose l'actuel partenariat ? « Le Conseil régional, précise Vincent Lavier, annonce que 150 millions d'euros de financement sont mis à disposition, mais il ne s'agit pas de 150 millions d'euros en plus pour irriguer nos territoires : il y a une somme relativement importante (60 millions) qui sera consacrée à la formation, avec les lycées, et à la promotion des métiers. Il y a aussi le Feader, qui reste le gros budget agricole de la Région BFC (66 millions), quant aux aides régionales à l'agriculture, elles se montent à 24 millions d'euros sur trois ans. Avec la convention signée le 26 mai, on porte l'ambition d'aller un peu au-delà de tout cela parce que nous avons besoin d'actions fortes, structurantes sur nos territoires. Le challenge c'est aussi de donner des perspectives aux jeunes qui vont s'installer et dieu sait si nous en avons besoin. »
Simplification ?
Pour sa part, Jérôme Durain, président du Conseil régional, reconnaît que l'enveloppe globale « est d'abord une sanctuarisation des crédits que la Région consacre à l'agriculture. Nous essayons d'articuler cette action de financement avec des priorités politiques communes avec la Chambre régionale d'agriculture : l'installation des jeunes, le développement des filières, la sécurisation du revenu des agriculteurs. Mais nous croisons aussi ces priorités de fond avec des sujets d'actualité lourds autour de l'eau, notamment. » Le Conseil régional s'appuie sur l'enveloppe de 150 millions d'euros pour bâtir sa nouvelle feuille de route agricole. Il a prévu un plan régional, présenté d'ici la fin de l'année et dédié au bio pour consolider l'offre et répondre à la reprise de la consommation. Pour ses aides agricoles, la Région prévoit un soutien prioritaire aux filières déficitaires (fruits, légumes, volailles, protéines végétales). La feuille de route prévoit aussi des « dispositifs de sauvegarde » pour les exploitations en difficulté, mais qui restent à construire. Autre aspect important contenu dans le partenariat : l'affichage d'une volonté de simplification dans les procédures, de la part du Conseil régional. « On est là sur une constante de l'action publique, précise Jérôme Durain. Nous sommes convenus avec les instances de la Chambre d'agriculture que cette simplification devait être un des axes de progrès dans notre relation. Il y a évidemment un effet Feader, mais je crois important que nous soyons plus directs, moins compliqués dans nos approches. C'est d'ailleurs une autre façon de dire que l'important, c'est d'abord d'instaurer une relation de confiance. Cette simplification est un sujet que nous travaillons sur tous les champs d'intervention de la Région, au-delà même de notre relation avec les agriculteurs. » Reste que, dans un premier temps, les agriculteurs de BFC, qui ont appris à évaluer les volontés régionales sur les actes et pas sur les intentions, jugeront de la solidité de ces volontés à la vitesse avec laquelle les dossiers en souffrance du Feader seront réglés.
Compléter des financements ? Ok, mais pas tout seul
Le Conseil régional de BFC a été approché par les services de l'État, afin de compléter le cofinancement national de 40 millions d'euros du Feader, redirigé sur les MAEC, dans le but de soutenir les zones intermédiaires. « Les MAEC étaient des compétences Région qui sont reparties à l'État, et qui reviennent à présent aux Régions, constate Jérôme Durain. C'est un aller-retour qu'il faut prendre avec un peu de distance… On sollicite beaucoup les Régions pour des cofinancements et je pense que nous devons nous garder de tout financer systématiquement. Je ne suis pas hostile à ce que la Région puisse prendre sa part, mais il faut que ce soit compris dans un collectif d'intervenants publics. Si d'autres apportent leur obole, c'est une demande que l'on pourra examiner. Nous serons présents si on peut boucler un financement avec d'autres partenaires publics (agences de l'eau, autres collectivités, autres crédits d'État…) Pour l'instant, on cherche un terrain d'entente. »