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Diversification

Poules pondeuses : répondre à la demande pour sécuriser ses revenus

En 2025, le Point Info Diversification annonçait une hausse importante des porteurs de projet en poules pondeuses. Aurélien Collignon, Marie et Nicolas Poinsot font partie des visages de cette diversification dans l'Yonne.

Par Charlotte Sauvignac
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Image générée par IA
La diversification dans une activité de poules pondeuses peut être un choix économique cohérent.

Au 5 juin dernier, Arnaud Delestre, président de la Chambre d'agriculture de l'Yonne, annonçait, au cours de la session habituelle que : « le développement de productions diversifiées se confirmait sur notre territoire, avec une progression notable des porteurs de projet, notamment en production d'œufs, qui représente plus d'un cinquième des passages au Point Info Diversification. Cette dynamique s'inscrit dans un contexte particulier. Les tensions observées en grande distribution, avec des rayons ponctuellement vides, traduisent certainement une pénurie structurelle, mais également des déséquilibres temporaires liés aux négociations commerciales, aux conditions de production et à l'organisation de la filière ». Cette annonce s'est confirmée, lors de notre rencontre avec Déborah Colard, responsable de la valorisation des ressources locales et en charge du Point Info Diversification de la Chambre d'agriculture de l'Yonne, le 22 juillet. Pour rappel, le Point Info Diversification (PID) est un dispositif d'information, d'orientation et d'accompagnement porté par les Chambres d'agriculture. Il s'adresse aux agriculteurs, futurs installés et porteurs de projets souhaitant développer une nouvelle activité ou diversifier les revenus de leur exploitation. Son rôle est d'apporter un premier niveau d'expertise sur les aspects techniques, réglementaires, économiques, commerciaux et administratifs liés aux projets de diversification. En 2025, le PID avait comptabilisé soixante-cinq agriculteurs ou particuliers ayant sollicité son aide afin de progresser dans leur réflexion pour la création ou le développement d'un atelier de diversification. « Les filières les plus concernées sont l'élevage de poules pondeuses (14 sollicitations) et l'agritourisme (7 sollicitations) », justifiait-elle. Entre 2024 et 2025, le PID a observé « un nombre de sollicitations multiplié par plus de deux. La progression du nombre de porteurs de projets est particulièrement marquée dans la filière de poules pondeuses qui constitue en 2025, la principale thématique de sollicitation du dispositif ». Cette augmentation du nombre de projets dans l'Yonne traduit « l'intérêt croissant des agriculteurs pour des ateliers de diversification relativement accessibles, répondant à une demande soutenue en circuit court et en produits locaux. Cette augmentation des demandes illustre, globalement, le dynamisme des projets de diversification sur le territoire et la nécessité d'un accompagnement de proximité permettant aux porteurs de projets de sécuriser leurs choix techniques, réglementaires, commerciaux et économiques ». Au cours de l'été, Terres de Bourgogne est parti à la rencontre de deux porteurs de projet en poules pondeuses.

Stabiliser ses revenus

Installé depuis 2006 sur l'entreprise familiale, Nicolas Poinsot reprend la partie grandes cultures, pendant que son frère s'occupe des vignes. Lorsque son père part en retraite en 2014, son frère part peu de temps après, séparant l'entreprise en deux structures distinctes. Nicolas Poinsot s'est retrouvé seul avec 500 hectares de grandes cultures. « Nous avons trois sites où nous cultivons environ une dizaine de cultures différentes, dont le colza, le blé, l'orge, l'avoine, la moutarde, les lentilles, le tournesol et la luzerne », détaillait-il le 3 août, à Thorey, sur son exploitation. En 2020, il a réalisé une conversion en bio et a décidé que 10 % de sa production serait en agriculture biologique. En prenant cette décision, il a décidé d'ajouter le sarrasin, le trèfle et le pois chiche à sa rotation de cultures. Son objectif principal était de « découvrir le système bio, son fonctionnement, le profit que l'on peut en tirer et également arrêter l'usage de produits phytosanitaires sur des parcelles au pied du village ». Malgré sa conversion, Nicolas Poinsot s'est rendu compte qu'il était de plus en plus difficile d'avoir une rentabilité économique stable. « On a beaucoup de contraintes agronomiques. Nous sommes dépendants des marchés mondiaux, et aujourd'hui, cela se ressent avec une hausse du prix des intrants et des engrais », manifestait-il. En discutant avec sa femme Marie qui travaille dans un centre d'appels, Nicolas Poinsot a décidé de se pencher sur un atelier de diversification en élevage. « J'ai toujours été un éleveur dans l'âme. Étant gamin, j'étais tout le temps au milieu des vaches du voisin. En grandissant, j'ai fait des études agricoles et j'ai décidé de faire un stage de six mois au sein d'une exploitation laitière en Nouvelle-Zélande. J'en garde un très bon souvenir, et j'ai toujours eu une affinité avec les animaux », se remémorait-il, un sourire aux lèvres. Nicolas Poinsot a donc commencé à regarder les marchés porteurs en élevage, en ce début d'année, et il est tombé sur le marché des poules pondeuses. « On sait qu'il y a de la demande en œufs, qu'il y a un marché à combler. L'autre point, c'est que les fientes des poulettes pourront me permettre d'acheter un tiers d'engrais en moins. Quand on parle de mondialisation, aujourd'hui, je sais que le grain que j'utiliserai retournera aux poules », ajoutait-il. Marie et Nicolas sont donc allés visiter un élevage de 12 000 poulettes en agriculture biologique. « On a tout de suite accroché. L'éleveuse est satisfaite du projet, elle est contente de l'aboutissement et a dû modifier son cadre de vie. De notre côté, on cherche à faire des journées plus courtes, entre cinq et sept heures par jour, tout en comptabilisant que ce sera 7 J/7 », développait-il. Le couple de Thorey a donc décidé de se lancer dans un projet de poulettes plein air de grande envergure avec un bâtiment de 2 100 m2 et 12 hectares de parcours, sur une parcelle appartenant à un voisin. « Pour contrer la chaleur, nous mettrons en place une ventilation dynamique avec des brumisateurs au sein d'un bâtiment isolant qui accueillera des poulettes qu'on gardera plus d'un an », expliquait-il. Côté débouché, le couple Poinsot a décidé de se tourner vers la structure CDPO qui assurera la vente des œufs en GMS. Les formations ont commencé à être réalisées, comme celle centrée sur la biosécurité et le bien-être animal. Ce projet est prévu pour début 2028.

Ne pas mettre ses œufs dans le même panier

C'est à Bleury que nous avons rencontré, le 11 août, Aurélien Collignon, céréalier, installé depuis 2013 sur l'exploitation agricole de 80 hectares. Ce jeune installé convenait que la moisson 2026 n'avait pas été la plus mauvaise, avec en moyenne : « soixante qtx partout, hormis les colzas où je fais 33. Je m'estime heureux si je compare. Pour autant, avoir une exploitation de 80 ha cela peut être un peu juste en termes de revenus », avouait-il. S'il s'est tourné vers l'élevage de poules pondeuses, c'est avant tout « parce que j'en avais marre d'aller dans les magasins et de ne pas trouver d'œufs dans les supermarchés. En discutant avec Nicolas Poinsot, un ami de longue date, on s'est dit que l'œuf pourrait être un bon débouché ». En début d'année, Aurélien Collignon a commencé à se renseigner, via les réseaux sociaux sur la demande réelle en œufs dans l'Yonne. « Je voulais me faire mon opinion, alors j'ai commencé par aller sur Facebook. Au début, c'est bien, les gens sont intéressés par de la vente directe à Bleury. À la fin, j'ai arrêté parce que certaines personnes demandaient déjà combien les œufs allaient coûter alors que je n'ai même pas commencé la production », se souvenait-il, en rigolant. Venait ensuite le moment des visites d'exploitations. « Je suis allé voir un bâtiment de poules pondeuses à Aix-en-Othe, ce qui m'a permis de confirmer mon choix de me lancer dans la production d'œufs », ajoutait-il. En se tournant vers la parcelle qui jouxtait l'exploitation et le bord de route, Aurélien Collignon se projetait. « J'ai prévu d'installer deux bâtiments de 500 m2, avec un parcours extérieur par bâtiment, sur cette parcelle de 5 000 m2. Dans chaque parcours, il y aura des arbres fruitiers tels que des cerisiers, pommiers, pruniers et poirier. Chaque bâtiment pourra accueillir 500 poules, ce qui créera une production moyenne de 5 600 œufs par semaine », façonnait-il. Pour lui, les débouchés sont multiples : « j'ai fait appel à des GMS, comme Intermarché ou Leclerc, qui prendront au total 3 600 œufs par semaine, ce qui permet de sécuriser mes revenus. La production restante sera entièrement dédiée à la vente directe. J'ai prévu de construire un distributeur automatique devant mon exploitation disposée à côté de la grande route passante de Bleury, qui sera ouvert 24 heures/24 et 7 J/7 », montrait-il. Pour faciliter la récolte des œufs chaque semaine, le céréalier a décidé de disposer d'un « convoyeur manuel, c'est-à-dire que quand elles pondent, les œufs roulent directement sur un tapis. Une à deux fois par jour, je pourrais m'occuper de tourner la manivelle pour que les œufs arrivent dans le sas, facilitant le transport dans le local de conditionnement ». Tout autour de la parcelle, Aurélien Collignon a prévu de planter des haies pour créer de l'ombre pour ses poulettes et les protéger au maximum de la faune sauvage. Grâce à des subventions Feader, Aurélien Collignon a pu voir son projet prendre forme. Si tout se passe bien, il sera opérationnel en février ou mars 2027. Le 29 septembre, une journée organisée par la Chambre d'agriculture se tiendra, dans le cadre des mardis de la Diversification, sur la thématique des poules pondeuses, au sein de l'exploitation de Yannick Grandidier à Sarry.

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