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Conférence technique fourrage au Marault

«Pas d’élevage sans fourrage», une journée qui tombe à pic…

«La valeur n’attend pas le nombre des années»... la citation est souvent galvaudée, mais là elle prend tout son sens. Quatre jeunes étudiantes et étudiants en BTS à l’EPL Cosnes-Plagny-Nevers, viennent d’en faire brillamment la démonstration en organisant dans le cadre de leur PIC (projet initiative et communication) une journée technique sur une thématique essentielle en ces temps d’errance climatique et économique : «Pas d’élevage sans fourrage».
Par Anne-Marie Klein
«Pas d’élevage sans fourrage», une journée qui tombe à pic…
Les quatre organisateurs de l’événement autour de la production fourragère et l’engraissement à l’herbe : Romane Anglade, Damien Roche, Amélie Boissinot et Dorian Lefaux.
Dommage que le temps exécrable de ce jeudi 14 mars n’ait pas permis d’utiliser au maximum tout le potentiel de la ferme du Marault qui avait été mis à leur disposition. Dommage aussi que la thématique n’ait pas attirée plus de professionnels adultes qui auraient certainement trouvé là matière à réflexion et à évolution. Les quatre mousquetaires de la production fourragère, Romane Anglade, Amélie Boissinot, Damien Roche et Dorian Lefaux, étudiant en BTS Acse au lycée de Challuy (58), ont en tout cas été bien inspirés de choisir ce thème pour leur PIC. Ils ont trouvé la bonne formule en invitant au bon moment et dans le bon lieu les bons intervenants. Leurs aînés ne font pas toujours aussi bien.

Viser l’efficacité alimentaire
La conférence du matin a été particulièrement éclairante, déjà en dressant le bilan de la sécheresse 2018 et ses conséquences zootechniques. La pousse de printemps a bien été au rendez-vous mais pas la repousse. Le sur-pâturage fréquent, pendant les long mois de sécheresse qui ont suivi, a dégradé les prairies et limité d’autant le potentiel fourrager. La faible valeur alimentaire des fourrages n’a pas été sans conséquence sur l’amaigrissement des vaches, certains retards de croissance chez les jeunes, des troubles de la reproduction et globalement un état carencé difficilement compensé par une complémentation très onéreuse. Ce constat dressé par Amélie Brisson, responsable du pôle élevage à la Chambre d’agriculture 58, la question était ensuite posée de l’impact de la situation 2018 sur la prochaine récolte de la saison 2019.
Après une année fourragère en demi-teinte et en regard des besoins, la production d’un fourrage de qualité s’impose comme une évidence, avec son corollaire : un sytème fourrager efficient. La Chambre d’agriculture 58 a trouvé là l’occasion de rappeler les points cardinaux d’une récolte de qualité : une gestion de récolte optimisée, des prairies entrenues dans un objectif autant qualitatif que qantitatif et la volonté de considérer l’herbe et «la production fourragère dans son ensemble, comme une culture à part entière». Premier conseil : savoir d’où l’on part. Le bilan fourrager permet de faire un point technique objectif. Après il faut apprendre à jouer sur tous les leviers et utiliser toutes les ressources disponibles. Une bonne gestion fourragère nécessite «une bonne dose d’opportunisme». Il faut aussi dépasser la seule vision quantitative des stocks : «le rendement ne doit pas se faire au détriment de la valeur alimentaire, il faut plutôt rechercher l’optimum entre la quantité et la qualité». Car toute baisse de qualité des fourrages se paie économiquement par une augmentation de la complémentation.
Sur ce chapitre, le bulletin Herbe diffusé par les Chambres d’agriculture s’avère un allié précieux, en publiant régulièrement les sommes de températures comme autant d’indicateurs fiables pour les interventions. Pour les graminés comme pour les légumineuses. Les habitudes ont la vie dure, mais dans un contexte climatique perturbé, il faut être de plus en plus pointu techniquement (interventions, matériels, espèces et association d’espèces...) pour éviter le gaspillage, tout en assurant une valeur alimentaire optimale qui évite les achats de concentrés, y compris en engraissement.

Bien «bichonner» ses prairies
L’engraissement à l’herbe, c’était le second thème proposé par les organisateurs de cette journée très verte. L’intervention d’un cabinet de conseil, BDM, cabinet indépendant d’expertise en ration alimentaire, a quelque peu bousculé certaines idées reçues sur l’engraissement et les conditions d’obtention d’un GMQ satisfaisant. L’intervenant, Yan Mathioux, conseiller chez BDM, s’est attaché à démontrer que la ration à l’herbe constitue de fait pour un ruminant le meilleur aliment : 0% d’amidon, bas coût alimentaire, bonne image pour le consommateur, en adéquation avec le bien-être animal du fait du pâturage, etc. Rien que des avantages, si l’on considère la physiologie des animaux et donc la nécessité pour un ruminant de ruminer 8 heures par jour. L’efficacité alimentaire passe par une bonne rumination, donc «l’entretien d’un milieu chaud et humide peuplé de micro-organismes actifs». La qualité de la digestion est essentielle et elle se vérifie «de visu» : «la bouse a toujours le dernier mot sur l’ordinateur» sentence le conseiller. Autre avantage en ces temps de vaches maigres pour les trésoreries, l’engraissement à l’herbe favorise la marge, sachant que «le premier niveau d’autonomie protéique» se trouve dans la prairie. Il vaut mieux réussir ses prairies plutôt que d’acheter de la graine, sachant qu’un kilo de matière sèche équivaut à 500gr de tourteaux... c’est autant d’économies. Pour y parvenir, le conseil à façon permet d’affiner la ration en fonction de l’existant, du potentiel, de l’organisation et des objectifs de chacun... «Une prairie naturelle bien bichonner peut produire jusqu’à 18 points de protéines...»
La conduite à l’herbe et l’engraissement à l’herbe sont appelés à devenir des musts pour la production allaitante, c’est «une voie qualitative qui permet la différenciation», à l’image des marques et des labels. Une conclusion s’impose donc pour l’intervenant : «l’herbe à un bel avenir» pourvu qu’on lui accorde la même attention et la même technicité qu’à n’importe quelle autre culture.