Moisson : « Tout est à la hausse sauf le cours de nos productions »
En ce vendredi 19 juin, beaucoup de céréaliers ont débuté leurs moissons dans l'Yonne. Parmi eux, nous retrouvons Jean-Claude Gonnet et son fils, Pierre, à Gisy-les-nobles, pour les escourgeons.
C'est en milieu d'après-midi, vendredi 19 juin, que Jean-Claude Gonnet et son fils Pierre ont commencé les moissons. Assis sur sa moissonneuse-batteuse, Jean-Claude commence à récolter les orges de printemps à visée brassicole. « Aujourd'hui les escourgeons sont arrivés à maturité. Fort heureusement, entre ses périodes de fortes chaleurs, nous avons eu un petit peu de précipitations, ce qui nous a permis d'atténuer le choc climatique et par la suite, ça a pu parfaire les cultures qui arrivaient bientôt en fin de cycle, comme l'orge de printemps. Pour cette culture, on est confiants, on sera dans une moyenne régulière qu'on a habituellement. Ce n'est pas la culture qui va la plus souffrir de la chaleur », témoigne-t-il. Avec près de huit assolements différents sur son exploitation de 185 hectares, le céréalier du nord du département se dit inquiet concernant les oléoprotéagineux. « Toutes les cultures de printemps, telles que les féveroles, les pois ou encore l'orge d'hiver vont être impactées par les fortes chaleurs que nous connaissons actuellement. Lors des premières chaleurs, au mois de mai, elles étaient sensibles. On se dit souvent que, lors des épreuves de Roland-Garros, il faut qu'il pleuve, c'est une référence. S’il pleut à cette période-là, on se dit que la récolte de petits pois sera bonne. Sauf que le climat n'en a pas décidé ainsi », commente-t-il, avant d'ajouter, qu'en ce moment même « on les voit se décolorer, car les petits pois se déshydratent ». D'une journée à une autre, « on voit blanchir, voire jaunir nos parcelles de pois, c'est spectaculaire à observer ». Jean-Claude Gonnet témoigne également de la difficulté de gérer le climat et la présence de la faune sauvage. « Dans la vallée de l'Yonne, nous subissons également la prédation des sangliers. Ces animaux-là sont friands de ces graines », explique-t-il, « nous avons donc dû clôturer nos parcelles concernées pour les protéger de la prédation ». Du côté de la production de blé, les fortes chaleurs ont avancé la récolte. Du jamais vu. « Aujourd'hui, en ce 19 juin, je connais des collègues qui récoltent le blé, dans les parcelles les plus séchantes bien entendu. On a près de dix jours d'avance par rapport à des années normales », lance-t-il.
Aux moissons, les agriculteurs anticipent sur le court terme
Au-delà de ces prévisions, le céréalier décrit un contexte actuel défavorable pour le monde agricole. « Tout est à la hausse sauf le cours de nos productions. Les températures sont à la hausse. Tout le monde souffre. A cela se cumule la hausse des charges, etc. Alors que nous commençons les moissons, nous subissons l'augmentation du GNR, et nous sommes obligés de nous y confronter, car c'est notre plus grosse consommation annuelle. C'est sans précédent. On n'a jamais vu des prix aussi élevés », manifeste-t-il en colère. Face à cette situation, les deux associés ont commencé à réfléchir « à nos assolements futurs, en prenant en considération le contexte actuel. Nous allons essayer de trouver des cultures à la fois moins exigeantes en azote et d'autres moins exigeantes en frais de séchage, comme le maïs ou le tournesol ». Pour autant, ils ont conscience qu'en maximisant leurs assolements, « on se doit d'avoir une diversité d'assolement pour percevoir et cumuler les fameux points de la PAC qui nous permettent d'avoir les aides supplémentaires ». À cela s'ajoute le fait qu'en « diversifiant les assolements, il est également très peu probable que vous soyez perdant, ni gagnant-gagnant. C'est un moyen de sécuriser nos revenus ». En se concertant, les deux céréaliers ont décidé de réintégrer « les féveroles d'hiver. C'est une culture économe en azote et les sangliers en sont moins friands, donc c'est plutôt bénéfique », informe-t-il. En reprenant ses esprits, Jean-Claude Gonnet revient sur les fortes chaleurs, qui impactent également la tenue du matériel. « Il faut être vigilant et commencer par un nettoyage complet de la moissonneuse, pour que la poussière ne s'accumule pas autour des organes travaillant à haute température », convient-il. Malgré ce nettoyage quotidien, il avance que cela ne « nous empêche d'avoir l'œil sur notre jauge de température, dans ces conditions-là ».